Au moment où l’Etat a consacré une enveloppe financière estimée à plus de 1,2 milliard d’euros pour réaliser deux grands transferts « est » et « ouest » pour permettre l’irrigation d’une superficie de plus de 36 000 hectares, plusieurs milliers d’hectares de terre agricole fertile ont été dernièrement détournés de leur vocation.

C’est le cas de plusieurs terres agricoles dans la commune de Guelta Zergua, située à l’est de Sétif, tout près du transfert de l’est « Barrage Draa Diss ». En effet, sur plusieurs hectares de terre, des constructions illicites ont poussé comme des champignons ces dernières années. En dépit des dernières opérations de démolition des constructions illicites menées par les services de l’APC, plusieurs hectares de terres agricole ont été transformés par la mafia du foncier en lotissements urbains illicites, a-t-on appris d’une source qui a préféré garder l’anonymat. « Lors des dix dernières années, de nombreux hectares de terres ont été aménagés en lots de terrain. Ces lots ont été vendus par cette mafia illégalement », ajoutera notre interlocuteur. C’est le même constat pour la commune d’El-Eulma où des centaines d’hectares ont été illicitement détournés de leur vocation agricole. Les terres fertiles de Smara notamment, sur la RN5 reliant El-Eulma et Sétif, ont été agressées. Ainsi, le phénomène de la clôture en dur des terres agricoles a pris des proportions alarmantes. Le long de cet axe routier, des parcs pour la vente de matériaux de construction ont été installés. Par ailleurs, certains ont procédé à la construction d’unités de production, de hangars et de somptueuses villas bafouant ainsi la loi d’orientation agricole de 2008 qui interdit l’utilisation des terres agricoles à d’autres fins qu’agricoles. Les agriculteurs de cette région ont abandonné l’activité de l’agriculture, selon des informations en notre possession pour diverses raisons. Selon des agriculteurs que nous avons rencontrés, les conflits entre héritiers ont poussé les propriétaires à vendre ces terres agricoles. Par ailleurs, le manque d’eau a poussé aussi les agriculteurs à céder leurs terres à des industriels», expliquera un agriculteur. Pis encore, l’extension urbaine de plusieurs villes, à l’instar d’El-Eulma et Sétif, se fait au détriment des terres agricoles. C’est le cas de la ville d’El-Eulma qui ne cesse de s’agrandir pour occuper certaines terres agricoles, comme la ferme Hassani. C’est presque le même constat dans les communes de Guidjel, Mezloug, Aïn Arnat, El-Ouricia, Bazer Sakhra…
Les exploitations agricoles n’ont pas été épargnées
Dans le même sillage, les exploitations agricoles n’ont pas été épargnées de ces agressions récurrentes. En effet, des chiffres alarmants ont été dévoilés par la direction des services agricoles relatifs au massacre des terres agricoles dans la capitale des Hauts-Plateaux connue pour ces terres fertiles. Selon les statistiques établies par les services agricoles de la wilaya, 199 exploitations agricoles ont été agressées, soit 121 exploitations agricoles collectives (EAC) et 78 exploitations agricoles individuelles (EAI) réparties sur de nombreuses communes de la wilaya.
Selon le directeur des services agricoles de la wilaya de Sétif, Ali Zerarga, ce rapport a été établi par une commission composée notamment des représentants de la direction des services agricoles (DSA) qui ont visité toutes les communes de la wilaya.
Notre interlocuteur a ajouté que les P/APC ont été saisis pour réagir contre ces agressions contre les terres agricoles. Ainsi, 70 correspondances ont été adressées à ces derniers avec une copie au wali pour information. Aussi, pas moins de 172 mises en demeure ont été adressées aux propriétaires des exploitations agricoles. Pour lutter contre ce massacre, pas moins de 33 dossiers ont été traduits devant la justice. n