Pour Abderrahmane Mebtoul, expert international, l’Algérie traverse avant tout une crise de « gouvernance », ce qui implique d’avoir une « vision stratégique » du devenir de l’Algérie à l’horizon 2030. Le pays a, selon lui, « toutes les potentialités » pour dépasser les tensions politiques, sociales et économiques actuelles. Mais, a-t-il ajouté, on doit s’attaquer à « l’essentiel » et non « au secondaire », conformément à une loi des sciences politiques, 20% d’actions bien ciblées ont un impact de 80%. Mais 80% d’actions mal ciblées ont un impact de seulement 20%. Il explique que le pays « a besoin pour sa crédibilité nationale et internationale, et vu les tensions géostratégiques au niveau de la région et les tensions budgétaires inévitables entre 2019-2020-2025, de rassembler tous ses enfants dans leur diversité et non de nous diviser, nécessitant un minimum de consensus économique et social qui ne saurait signifier unanimisme, signe de décadence de toute société, afin de stabiliser le corps social. Les réformes, en réhabilitant la bonne gouvernance, sont la base du développement». De son point de vue, face aux inévitables tensions budgétaires et enjeux géostratégiques 2019-2025-2030, la réussite des réformes doit reposer, sur quatre axes : «Rassemblement, refondation de l’Etat, démocratisation et réformes économiques conciliant efficacité économique et une profonde justice sociale». Abderrahmane Mebtoul ajoute, également, que «la réforme globale est la condition indispensable à la production et aux exportations hors hydrocarbures, évitant ces subventions généralisées, sans ciblage et socialement injustes, ainsi que les assainissements des entreprises publiques répétés mais sans résultats probants». L’Algérie, acteur indispensable à la stabilité euro-méditerranéenne et africaine, peut faire aboutir, a-t-il souligné, « un processus de réformes inséparables d’une profonde démocratisation de sa société ». Il estime par ailleurs que dans le monde des affaires, les sentiments n’existant pas, « seules les réformes permettront la croissance économique et la réduction des lancinants problèmes du chômage et de la pauvreté ». Mais, a-t-il relevé, « tout obstacle à ces réformes ne fait que diminuer le taux de croissance, accroît l’insécurité du pays et, partant, contribue à la déstabilisation sociale et politique ». Le temps étant de l’argent, a-t-il noté, « tout retard dans le processus des réformes induira des coûts sociaux plus importants, et supportés par les plus défavorisés ».
L’expert est en outre revenu sur ces chiffres en spirale ascendante témoignant des difficultés croissantes que connaît le pays. Il rappelle ainsi le volume global du financement non-conventionnel qui a atteint 6 556 milliards de DA au 31 janvier 2019, dont 2 185 milliards de DA en 2017, 3 471 milliards de DA en 2018 et près de 1 000 milliards de DA en janvier 2019, avec un emprunt supplémentaire d’une valeur de 500 milliards de DA, dont une grande partie sera destinée à la Caisse nationale des retraites (CNR), représentant environ 28% du PIB.
Dans le même temps, a-t-il souligné, la dette publique, qui s’élèvait à plus de 36% du PIB à la fin de 2018, risque de conduire dans deux à trois ans à une « spirale inflationniste incontrôlée ». Aussi, l’Algérie est appelée à équilibrer ses comptes publics, promouvoir les investissements et assurer le financement des projets sociaux, entre autres. De même qu’elle doit agir pour opérer, a-t-il recommandé, un «profond changement » afin qu’elle puisse relever « les défis du XXIe siècle » caractérisés, en ce monde interdépendant en perpétuel mouvement, par « d’importants bouleversements géostratégiques tant dans le domaine sécuritaire, économique, politique, social que culturel ».