Le chef d’Etat-major de l’Armée nationale populaire (ANP) Ahmed Gaïd Salah a une nouvelle fois affirmé, hier à Cherchell, l’engagement de l’institution militaire à garantir les conditions de sécurité nécessaires pour le déroulement de l’élection présidentielle d’avril prochain.

Si dans la première intervention, mardi, sur les mêmes lieux à savoir l’Académie militaire de Cherchell, il s’est contenté de prévenir sur les «risques de débordement des manifestations» autour du scrutin présidentiel, il a en revanche évoqué, dans sa seconde sortie, l’évènement qui focalise les attentions, à savoir l’élection présidentielle.
Relevant que « l’Algérie s’apprête à accueillir une importante échéance nationale», M. Gaïd Salah a souligné que «tout le monde sait qu’au sein de l’ANP et de l’ensemble des autres corps de sécurité, nous sommes résolument engagés à garantir à l’Algérie et à cet événement toutes les conditions de sécurité nécessaires afin de permettre à notre peuple d’exercer son droit et son devoir de vote dans un climat de sérénité, de quiétude et de stabilité». Il a estimé, dans ce sens, qu’il s’agit d’une « lourde responsabilité nationale que tout un chacun devra assumer ».
Indiquant que l’ANP est « consciente des problèmes sécuritaires que connaissent certains pays de notre environnement géographique proche et lointain», il a ajouté qu’elle «connaît pertinemment les dessous et les dimensions de tout ce qui se passe autour de nous avec tout ce que cela représente comme risques et menaces sur notre pays qui demeure ciblé par ses ennemis, et tant envié pour le bienfait de la sécurité dont jouit son peuple ».
Il a soutenu, par la même occasion, que cette conscience au sein de l’ANP fait d’elle une «Armée éveillée et vigilante, une Armée qui restera toujours le gardien loyal des intérêts suprêmes de la patrie conformément à la Constitution et aux lois de la République ».
Et de conclure que l’Armée saura être à la hauteur de « la responsabilité qu’elle est appelée à assumer dans toutes les conditions et les circonstances, car tout le monde sait que l’Algérie est forte avec son peuple et sûre avec son Armée».
La veille, pour rappel, le chef d’Etat-major avait prévenu sur les risques de débordement : « Le fait que l’Algérie a pu réunir les facteurs de sa stabilité, à travers l’éradication du terrorisme et la mise en échec de ses objectifs, grâce à la stratégie globale et rationnelle adoptée, puis grâce à la résistance résolue dont a fait montre le peuple algérien, à sa tête l’ANP, aux côtés de tous les autres corps de sécurité, a déplu à certaines parties qui sont dérangées de voir l’Algérie stable et sûre » Pour lui, ces parties veulent ramener le pays « aux douloureuses années de braises, lors desquelles le peuple algérien a vécu toute forme de souffrances et payé un lourd tribut» Il convient de noter que la première déclaration de Gaïd Salah n’avait pas laissé indifférents des acteurs politiques qui ont réagi aux propos du chef de l’ANP qui intervient dans un contexte politique tendu, marqué par la récurrence des manifestations de rue réclamant le changement. Le président du Mouvement de la société pour la paix (MSP), Abderezzak Makri, a évoqué une «ambiguïté» dans le discours du chef de corps d’Armée. «Les observateurs ont divergé sur votre dernier discours entre ceux qui y voient un soutien au peuple et ceux qui le considèrent comme une menace à l’encontre des manifestants», a écrit le chef du MSP sur sa page Facebook. «Mais quel que soit ce que vous avez voulu dire, les menaces pour la stabilité de l’Algérie sont la grande corruption, la fraude électorale, l’effondrement de l’économie nationale…», a-t-il répliqué. Pour sa part, Saïd Sadi, l’ancien président du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), « l’ANP a une opportunité historique pour être en synergie avec le peuple», relevant avoir décelé, dans le discours de Gaïd Salah, « des tentations de revenir aux années 90 et aussi une volonté de ne pas parler de l’élection présidentielle » tout en espérant que « l’ANP entendra la demande historique du peuple ».
De son côté, Djamel Zenati, militant et ancien député du FFS, a estimé, que « la sécurité du pays exige d’agir vite» et que l’institution militaire «doit favoriser l’ouverture immédiate d’un dialogue avec comme unique objectif la définition des modalités concrètes de départ du système ».n