Beaucoup de projets de film sur Léon l’Africain n’ont pas dépassé le seuil de simple projet en raison du manque de scénario véritable et aussi d’argent et de moyens de production. Pourtant, depuis quelque temps, on ressort l’idée. C’est le cinéaste Abderrahmane Sissako qui se serait mis au travail et espère mener le nième projet jusqu’au bout.

Le matériau sur Léon l’Africain est riche. On se réfère toujours au roman d’Amin Maâlouf, édité en 1996, en somme incontournable. Mais il y a mille archives encore à consulter dans les bibliothèques sur l’œuvre de Léon l’Africain, ses voyages, ses aventures. Un film sur Léon l’Africain n’est pas le genre de film vite écrit, vite tourné.
Aberrahmane Sissako, qui a des attaches au Mali et en Mauritanie, a désormais, si la chance est avec lui, la tâche de faire revivre à l’écran celui qu’on appelait le «Marco Polo africain» parfois, mais qui était en réalité un pur Andalou.
Formé au Vgik à Moscou (Institut cinématographique fédéral de l’Etat) entre 1983 et 1989, Abderrahmane Sissako a reçu éloges et prix pour beaucoup de ses films. Notamment « Octobre » (1994), « La Vie Sur Terre » (1999), « Timbuktu » (2014). Dans l’heureux cas où son scénario est accepté par un producteur, il devra tourner le film en Espagne (Grenade), Maroc (Fès), Italie (au Vatican, à Rome, Venise, et en Sicile), à Tombouctou… Il devra reconstituer des scènes de la Reconquista qui a chassé son héros et sa famille d’Espagne, pour, plus tard, se retrouver dans les mains du Pape Léon X au Vatican…
La vie de Léon l’Africain mériterait vraiment un film. Hassan Ibn Muhamed Al Wazzan, son vrai nom, est né à Grenade à la fin du XVe siècle, vers 1489 (personne ne sait sa date de naissance exacte). Chassé d’Espagne, il s’est établi avec sa famille à Fès. Il fait alors de solides études à la Qarawine, la fameuse université de Fès. Au cours d’un voyage en Méditerranée, il est capturé par des pirates siciliens au large de l’île de Djerba, en Tunisie. Les pirates l’offre au Pape Léon X qui, aussitôt le baptise chrétien à la Cathédrale Saint-Pierre de Rome et lui donne le nom de Jean Léon l’Africain.
A partir de là, les aventures commencent. Léon l’Africain étudie l’Italien, le latin et voyage en Egypte, Soudan et en Turquie. Il retourne au Maroc, à Sijilmassa. Il écrit beaucoup et publie un dictionnaire arabe, hébreu et en latin. Il rédige son fameux ouvrage «Description de l’Afrique», publié à Venise en 1550, fruit de ses périples dans le continent noir. Un livre traduit aussitôt en anglais, français, allemand, néerlandais et en espagnol.
Par la suite, c’est une énigme totale. Jusqu’à ce jour, personne ne sait ce qu’est devenu Léon l’Africain après son départ d’Italie, est-il retourné à Fès ?
Personne ne sait où il a fini sa vie. C’était un témoin majeur, essentiel de l’histoire puisqu’il a très probablement vu le sac de Rome par les troupes de Charles-Quint, et d’autres évènements importants encore. Hassan Al Wazzan était un proche du Pape Léon X mais en même temps ami des frères Barberousse ! Cet Andalou arabe était souvent comparé à Pline, qui a écrit «Histoire Naturelle», et à Ptolémée pour sa fameuse Géographie. Hassan Al Wazzan était un authentique géographe et jusqu’à la fin du XIXe siècle, en Europe, on a établi des cartes de l’Afrique à partir de ses propres découvertes. On comprend tous les cinéastes qui ont eu le désir de mettre en film la vie de cet Andalou cosmopolite tenté par les vastes horizons d’Afrique.n