Au moment où le chef d’Etat-major de l’Armée, Ahmed Gaid Salah, affirmait l’engagement de l’institution militaire à garantir les conditions de sécurité pour le déroulement de l’élection présidentielle en temps voulu, la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme (Laddh) a appelé, elle, au report du scrutin du 18 avril, estimant que le climat n’est pas favorable. Aux candidats à la course, l’organisation a demandé aussi de se retirer, réitérant à la lumière de la conjoncture actuelle son plan de sortie de crise qui passe par une période de transition. Pour la Laddh, le verdict concernant l’élection présidentielle «est déjà donné». «Il est sans appel ; contre le 5e mandat et pour le changement du système», a expliqué l’organisation (aile Hocine Zehouane) dans un communiqué, ajoutant que «la volonté populaire s’est exprimée dans la rue, à travers des marches pacifiques sans interruption et touchant toutes les franges de la  société et toutes les wilayas du pays». La Laddh, qui dit ne pouvoir «que se joindre à la dynamique citoyenne pour le changement et se mettre du côté du peuple en lutte», l’élection présidentielle est considérée «comme un danger pour le pays». Cette échéance «ne peut être maintenue dans un tel climat, elle doit être ajournée», a clairement plaidé la Ligue.
La Laddh estime qu’à ce stade, «la balle est dans le camp du gouvernement» dont la responsabilité «est entièrement engagée». Ce dernier, a, selon elle «l’obligation de répondre aux doléances toutes légitimes de la rue» et «doit respecter le droit de manifester pacifiquement». L’organisation de défense des droits de l’Homme met en garde, sur sa lancée, «contre l’utilisation de la force et la répression» face à la dynamique citoyenne pacifique qui a montré, jusque-là, son degré de responsabilité et de maturité.
Par ailleurs, appelant l’opposition, la classe politique et la société
civile à «s’impliquer» sur le terrain pour «accompagner cette dynamique et contribuer à l’organiser» pour une solution politique, pacifique et démocratique, la Laddh s’adresse aux candidats à la magistrature suprême, les invitant à «se retirer d’une course à risque pour le pays et déjà perdue».
L’élection présidentielle prochaine, de l’avis de la Ligue, est «largement discréditée» et par leur retrait, les candidats vont «consolider la cohésion de cette dynamique (citoyenne)».
Quant à l’alternative à cette position, la Laddh réitère son plan de sortie de crise «déjà soumis au gouvernement à maintes reprises, mais jamais écouté». Il s’agit d’une solution politique de refondation nationale démocratique et sociale (qui) doit être amorcée en urgence, explique l’organisation.
Laquelle solution passe par «une période de transition pour la sauvegarde du pays», où il y aura l’ouverture d’un large dialogue regroupant toutes les sensibilités de la société, afin de permettre au pays de «préparer le changement dans la sérénité». Cette période qui «doit être limitée dans le temps», ajoute la Ligue, «doit déboucher sur une nouvelle Constitution-cadre qui sera le garde-fou et l’arbitre», loin du jeu majorité-minorité, et refléter le consensus national.
Le changement passera outre la Constitution-cadre par un autre préalable qu’est «le serment» que doivent prêter l’ensemble des acteurs politiques pour respecter les règles du jeu démocratique, l’alternance au pouvoir et le respect du choix du peuple. Et c’est à la réunion de ces conditions que «des élections authentiques libres et démocratiques peuvent être organisées au terme de la période de transition», explique la Laddh. Enfin, l’organisation se dit «prête à toutes les initiatives de concertations et de médiations» pour contribuer à une sortie de crise, appelle «à la mobilisation» pour la marche de demain 8 mars et invite la population «à rester dans le strict cadre pacifique et organisé».n