La journée de demain, vendredi 8 mars, Journée internationale de la femme, s’annonce particulière en Algérie. Intervenant dans le contexte singulier que vit le pays au rythme des marches et revendications citoyennes, ce sera  à n’en pas douter un 8 mars au parfum très politique qui ne ressemblera pas à toutes les fêtes de la femme passées…

PAR INES DALI
A l’évidence, ce ne sera pas une fête ordinaire comme lors des précédents 8 mars, où l’on prenait une demi-journée de repos, où l’on se paraît de ses plus beaux atours pour aller se pavaner au centre-ville une rose à la main ou pour aller se trémousser à la salle Harcha ou à la Coupole sous les forts décibels de tel ou tel cheb, Yazid ou autres. Les aspirations des femmes, cette fois, ne sont pas seulement féminines. Elles revendiquent une vie meilleure dans sa globalité, pour elles, pour leurs enfants, pour leurs frères. En somme, pour les enfants de l’Algérie entière. C’est dans cet esprit qu’elles iront marcher demain après-midi pour rendre hommage aux luttes menées par les femmes à travers le monde, d’une façon générale, et dans le pays, d’une façon particulière. Mais pas que. Car au-delà des hommages et de l’affirmation des revendications féminines, la marche de demain servira certainement de marqueur et peut-être même de ligne de partage dans les développements que connaît le pays depuis février dernier. Ainsi, s’il est certain que ce 8 mars sera une journée où seront convoquées dans la capitale les pionnières parmi les femmes algériennes battantes, depuis Mamiya Chentouf jusqu’à Fadila Merabet, il est également certain qu’on se souviendra de tous les combats menés contre l’obscurantisme depuis le milieu des années 1980 et, notamment, durant la décennie noire, une période au cours de laquelle l’Algérie a payé un lourd tribut.
Les femmes algériennes ne l’ont pas oublié et pour demain, le troisième vendredi consécutif de marches citoyennes pacifiques, elles seront épaulées par leurs frères, leurs maris, leurs pères et leurs fils. Car les revendications ne seront pas seulement à caractère féminin, mais porteront le sceau de la société toute entière. Leila, une jeune fille de 25 ans, qui dit être à l’aube de sa carrière professionnelle, soutient qu’elle ira marcher le 8 mars non seulement parce que c’est la Journée de la femme et que le combat pour ses droits n’est pas encore fini, mais c’est aussi parce que la marche de cet vendredi vient dans le prolongement des deux dernier vendredi, des 22 février et 1er mars. Mohamed, père de famille, la soixantaine, affirme qu’il ira marcher avec sa femme, sa fille et son fils. «Ce n’est pas pour moi que je marche, dit-il, mais pour un avenir meilleur pour mes enfants.» Par ailleurs, des appels sont lancés à travers les réseaux sociaux pour sortir en famille et aussi pour prendre des roses et des bonbons afin de faire régner une ambiance bon enfant. «Nous sommes à la veille du 8 mars, et il nous faut faire en sorte que cette fête soit la fête de tout le monde et aussi de la réconciliation. Et qui mieux qu’une femme, une sœur, une maman, une épouse pour créer cette transition», a déclaré hier le professeur Chems-Eddine Chitour sur les ondes de la Radio nationale. Cependant, les mots d’ordre à observer de près concerneront la conjoncture politique et l’échéance présidentielle. Pour cette raison, deux éléments s’affirment d’ores et déjà comme des enjeux fondamentaux. Le premier est celui de la mobilisation, où les observateurs estiment que ce vendredi devrait rassembler davantage de monde que le 22 février et le 1er mars. Le second est la sauvegarde du caractère pacifique des manifestations afin d’éviter tout débordement pour que le débat soit et reste seulement politique.<