La rue n’en finit pas de gronder. Disons plutôt qu’elle murmure. Des exigences pour une vie meilleure et un avenir plus serein. Une protesta qui a fait sortir les Algériens par centaines de milliers. Mais une protesta qui a surpris toutes les chancelleries du monde de par son civisme et son pacifisme. Jusqu’à présent, il n’y a pas eu de manifestations aussi clean et aussi cool, pour rester dans le jargon du moment. Une leçon donnée à des pays se disant détendeurs de la démocratie, où les manifestations les plus anodines se transforment en émeutes, flash-ball, cocktails Molotov et bombes lacrymogènes garantis. En semaine, ce sont essentiellement des étudiants qui balaient aussi bien les préjugés liés aux sorties de masse, que les rues qu’ils parcourent. Un bel exemple d’éducation que les moins de trente ans ont donné à leurs aïeux.
Des pancartes pleines d’humour, des slogans corrects et sans noms d’oiseaux, et une certitude inébranlable quant à un examen consciencieux de leurs requêtes. Le message a été reçu 5/5 par Gaid Salah, le chef d’état-major de l’armée qui a, dans un discours prononcé il y a deux jours, «garanti la stabilité de l’Algérie… la sécurisation de l’élection présidentielle» et surtout que « le peuple a le droit d’être fier de son armée ».
Dans la rue, et depuis le 22 février, les manifestants offrent des fleurs aux policiers qui les encadrent. Il y a même eu des sandwichs qui ont changé de mains au cours de moments à marquer pour la postérité. Une prospérité qui passera par « l’examen » du 8 mars où, à travers les réseaux sociaux, on nous promet une marche grandiose. Ainsi soit-il, le peuple a le droit de manifester, d’exiger, mais tout doit rester dans le respect de l’autre et de son avis. D’autant que des forces, pas aussi occultes que ça, tapies dans l’ombre attendent le moment pour transformer la fête démocratique en soutien pour de vils desseins.
Le 8 mars doit rester la fête de la femme, celle qui enfante, celle qui élève et celle qui se bat au quotidien dans son travail et qui va manifester demain, comme elle le fait d’ailleurs depuis deux semaines. Nous aurons sûrement le plaisir de rencontrer l’icône de la bataille d’Alger, la Djamila Bouhired, et d’autres femmes engagées hier, aujourd’hui et demain. Vendredi, les manifestants devraient offrir plus de roses. D’abord à des agents de la Sureté nationale, puis à ces femmes, pour leur fête, pour la cérémonie qu’il faut préserver, puis pour le pays que l’on doit préserver. Nous n’en avons pas un autre de rechange.