Par rachid maloufi
A moins de deux mois du scrutin présidentiel du 18 avril prochain, les développements de la scène politique nationale, marquée par la mobilisation populaire et les engagements pris par le chef de l’Etat, candidat pour un nouveau mandat, interpellent sur le rôle des forces politiques en présence. Si, du côté des partisans de la continuité et du 5e mandat, FLN, RND, MPA, TAJ et autres, qui, après une courte éclipse, se sentent libérés en retrouvant un certain confort dans le discours en relayant la lettre d’engagement du chef de l’Etat, tel n’est pas le cas dans le camp d’en face.
Débordée par la mobilisation de la rue, la classe politique, se réclamant de l’opposition, semble, elle, comme assommée et avoir perdu toute prétention de camper le rôle de leader ou de locomotive de ce mouvement. Certaines formations ayant même, d’ailleurs, dénoncé cette mobilisation avant de la rejoindre par la suite. Dans son message d’engagement, le chef de l’Etat, tout en insistant sur son implication (l’opposition) dans le processus de réédification nationale, n’en fait d’ailleurs pas, pour autant, un interlocuteur privilégié, conscient du nouveau rapport de force induit par la mobilisation populaire en cours. Bousculé par l’ampleur de la mobilisation, elle est, également, prise de court par le message du chef de l’Etat, qui inclut l’essentiel de ses revendications, sinon les principales, à savoir la révision de la Constitution, la mise sur pied d’une commission électorale indépendante qui se chargera de l’organisation des élections et son retrait de la course à la présidentielle. Balisant désormais le terrain de la confrontation, en s’engageant à organiser une conférence nationale indépendante juste après le scrutin du 18 avril, l’engagement du chef de l’Etat diffère ainsi la satisfaction de ses revendications et interpelle sa réaction au même moment qu’il réduit son champ de manœuvre. En effet, maintenant que le délai de dépôt des candidatures est consommé, ses marges de manœuvre s’amenuisent pour contrer le cinquième mandat qui constituait jusque-là sa principale revendication. De même que la possibilité d’une candidature unique est définitivement écartée, à moins qu’elle n’apporte son soutien à l’un des prétendants ayant déposé leurs dossiers.
Le syndrome
de Zéralda
Depuis que la candidature du chef de l’Etat a été annoncée le 18 février dernier, plusieurs réunions ont été tenues regroupant l’essentiel de cette classe politique sans pour autant permettre l’adoption d’une position commune envers cette élection, chacun campant sur ses calculs et ses stratégies. Le dépôt de son dossier de candidature (Bouteflika) dimanche et l’appel qu’il lui a adressé (l’opposition) pour participer à la conférence nationale d’après-scrutin, s’ils ont suscité chez elle une prise de conscience de la nécessité de réagir ne semblent pas, pour autant, lui avoir permis de dépasser son éparpillement. Lors de son dernier conclave sous la houlette de Abdellah Djaballah, et comme consciente d’être dépassée face à la nouvelle donne sur le terrain, qu’impliquent les engagements du chef de l’Etat, elle s’est rabattue sur la seule possibilité qui lui reste, l’invalidation de sa candidature en appelant à l’application de l’article 102 de la Constitution. Un objectif qui, toutefois, n’est pas facile à atteindre à moins de surfer sur les revendications avancées par la rue et d’aller vers un empêchement du scrutin. Ce qui est une tout autre affaire. Mise devant le fait accompli, voire neutralisée, et prise de court par le facteur temps, de quelles marges de manœuvre dispose-t-elle encore ? Ne lui reste-t-il pas, comme unique perspective, que de s’entendre sur un minimum à défendre lors de cette conférence nationale promise après le scrutin ? Et parviendra-t-elle d’ici là à dépasser ses divergences ? Le souvenir de la rencontre et de la plate-forme de Zéralda, tenue en grande fanfare, mais qui ont vite volé en éclats au premier test auquel elle s’était confrontée, fait toujours planer un doute.<