Ce vendredi 8 mars, Journée internationale de la femme, s’est caractérisé, cette année, par des marches citoyennes qui ont rassemblé femmes et hommes, côte à côte, dans un contexte politique particulier et des plus tendus dans le pays.

La particularité de ce 8 mars 2019, est que les revendications vont au-delà des traditionnelles questions liées au code de la famille ou aux droits de la femme dans divers domaines. Ce sont des revendications qui vont dans la continuité de celles des marches des deux précédents vendredi, à savoir le 22 février et le 1er mars, et qui revêtent un caractère hautement politique, réclamant «le changement» dans la gouvernance du pays. La gent féminine a donc, cette fois-ci, opté pour des revendications autres que celles que nous lui connaîssons d’habitude. Des figures de proue parmi les femmes algériennes ont d’ailleurs affirmé leur totale adhésion à cette «fête pas comme les autres», à l’instar de Zohra Drif-Bitat, Louisa Hanoune, Nouria Hafsi et autres. En effet, la moudjahida Zohra Drif-Bitat avait clairement affiché son intention de rejoindre les manifestants et marquer sa présence en ce 8 mars algérien qui fera date. Elle a annoncé la couleur et déclaré sans ambiguïté qu’elle marcherait «pour l’Algérie libre et démocratique», avant d’expliquer ses motivations. «Je marche parce que, comme en 1954, du haut de nos montagnes des profondeurs de nos villes et villages et de l’immensité de notre cher pays, les chômeurs de notre peuple et de notre jeunesse nous interpellent et nous appellent à parachever la grandiose œuvre de notre Libération nationale et de notre indépendance si chèrement acquise», dit-elle dans sa déclaration. L’ancienne sénatrice qui soutient rester «fidèle au serment donné à nos valeureux martyrs», répond par «oui à une Assemblée constituante» et se montre hostile à la candidature du président sortant. Elle appelle, dans ce sens, au report de l’élection présidentielle du 18 avril prochain et préconise «la constitution d’un gouvernement de transition pour aller vers une Constituante et la mise en place d’une nouvelle Constitution pour une deuxième République». Elle estime que «l’Algérie a atteint un moment de rupture» et que «maintenant, il s’agit d’accompagner ce processus de changement émergent». Idem pour la moudjahida de première heure Louisa Ighilahriz, qui affirme que, malgré sa maladie qui l’a empêchée d’être présente durant toute la durée de la marche, elle a tout de même tenté de mobiliser le plus de personnes possible car «il y va de l’avenir du pays et les citoyens algériens ont le droit de manifester et d’exprimer leurs revendications». La position de Louisa Hanoune est claire. Elle clame depuis toujours que la journée du 8 mars n’est pas une fête destinée à faire oublier la situation des droits des femmes, mais bien une journée de militantisme. Aussi, dans le contexte actuel, le militantisme a pris une autre dimension bien plus importante car touchant à l’avenir du pays.  La première responsable du Parti des travailleurs (PT) qui soutient l’élection d’une Assemblée constituante qu’elle qualifie de souveraineté du peuple, appelle tout de même à garder le caractère pacifique des marches afin d’éviter de les «dénaturer» et de «provoquer l’irrémédiable». Pour sa part, la secrétaire générale de l’Union nationale des femmes algériennes (Unfa), Nouria Hafsi, a, elle aussi, rejoint les rangs de ceux qui saluent «le mouvement populaire et son caractère pacifique et civilisationnel appelant au changement». C’est pourquoi elle appelle à un dialogue réel et sérieux pour trouver des solutions aux aspirations citoyennes. Fatma Oussedik, sociologue, est loin de cantonner la présence féminine dans tel ou tel contexte. Elle choisit de rendre hommage à la femme algérienne en convoquant l’histoire. «Concernant la présence des femmes, écrit-elle, seuls ceux qui n’ont pas suivi l’évolution -comme l’histoire- de l’Algérie, peuvent être étonnés. C’est au XXe siècle, à l’occasion de la guerre de Libération, qu’elles sont sorties en nombre de l’univers familial et qu’elles se sont trouvées mêlées au destin politique de ce pays.»<