Dans le cadre de sa diplomatie publique, l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (Otan) a invité des représentants des médias algériens afin de permettre un échange avec les différents acteurs agissant dans les pays partenaires. Dans son nouveau siège inauguré en 2017, une infrastructure qui a coûté plus d’un milliard d’euros, se voulant le symbole de l’unité des 29 pays composant cette alliance, différents thèmes ont été abordés.

De notre envoyé spécial à Bruxelles Moumene Belghoul

Les relations de l’Otan avec les partenaires du Dialogue méditerranéen, dont fait partie l’Algérie, et l’initiative de coopération d’Istanbul semblent bénéficier d’un intérêt particulier dans la stratégie de l’Otan qui se considère comme une organisation politico-militaire. Actuellement, cette organisation se donne trois axes fondamentaux : « la défense collective, la gestion de crise, la sécurité coopérative ». Sur cette dernière, l’Algérie est fortement sollicitée. Le concept d’interopérabilité est fortement rappelé, c’est la possibilité des forces armées de l’Otan avec les forces armées des pays partenaires à effectuer des exercices conjointement « pour gérer les crises ». L’Otan se félicite dans ce sens de 20 ans de coopération avec l’Algérie, et la traduction sur le terrain du concept de « sécurité coopérative ». Les menaces transnationales, la prolifération des armes de petit calibre comme celle de destructions massives et les moyens pour les délivrer, tout cela pose des défis communs entre les pays de la région de la Méditerranée. L’idée développée est de structurer la coopération avec les partenaires en se basant sur deux piliers : le dialogue politique et la coopération pratique. Le ton se voulant franc. L’un des représentants de l’Otan se refuse de considérer que la communication de son organisation comme de la propagande estimant qu’il est devenu difficile de manipuler l’opinion publique aujourd’hui que les moyens de communications sont devenus divers et pluriels. La qualité des 20 ans de coopération avec l’Algérie aura été possible grâce aux principes sur lesquels cette coopération est basée : la non-imposition et la non-ingérence dans les affaires internes des pays du dialogue méditerranéen. Dans un souci de « cohérence de la communication », il a été demandé aux journalistes présents lors des différents panels de ne pas citer les noms et les fonctions des intervenants. L’Otan semble tenir à un discours concordant. C’est que les controverses ne manquent pas. Les responsables de l’Otan continuent à insister sur le fait que l’intervention en 2011 en Libye n’est en rien une erreur, mais bien pour « sauver le peuple libyen de Kadhafi qui voulait le massacrer », et que cette intervention s’est faite sous couverture de résolutions de l’Onu. Sauf que cette intervention n’avait pas mandat pour faire chuter le régime. Le chaos actuel en Libye est imputé au fait que l’Otan n’avait pas mandat pour intervenir au sol pour une opération de « stabilisation », une carence considérée comme une « erreur de la part de la communauté internationale ». Cela fait débat, mais le fait est là, la déstabilisation en Libye met une pression supplémentaire sur les pays voisins qui ne sont en rien responsables de cette situation. Pour les experts de l’Otan, l’Algérie reste un pays plutôt stable de par ses structures étatiques et ses institutions. En Algérie il y a des élections, « on peut ne pas être d’accord avec le processus, mais il y a une certaine démocratie en Algérie », estime-t-on. La situation de tension politique actuelle ? « Il y a une dialectique démocratique, d’ailleurs après les manifestations les gens nettoient les rues à Alger, en Europe ce n’est pas le cas ». La stabilité de l’Algérie est très importante pour la région, estiment les experts de l’Otan. L’Algérie étant très active dans le dialogue méditerranéen et dans la coopération, « un pays qui a toujours attribué une valeur très importante pour que le dialogue politique et la coopération pratique doit progresser en parallèle ». Quelle lecture face aux défis sécuritaires dans la région ? A travers le partage continu des informations, l’Algérie revêt une importance particulière dans la lutte anti-terroriste et la sécurité aux frontières.

L’expertise de l’Otan pour la surveillance des frontières ?
La science et la recherche sont sollicitées dans les domaines sécuritaires. L’Otan a lancé un premier projet de coopération scientifique avec l’Algérie le 26 octobre 2017. Un programme qui devrait s’achever en 2020. « Pour la première fois le programme pour la science au service de la paix et la sécurité (SPS) finance un projet pluriannuel de recherche menée en collaboration avec l’Algérie. Cette activité vise entre autres à mettre au point un système de détection de pointe en appui à la lutte contre le terrorisme au travers d’une coopération pratique associant plusieurs partenaires. Des experts algériens de l’Ecole militaire polytechnique, des chercheurs-universitaires de l’université Savoie Mont-Blanc de France et ceux de l’Institut Royal de Technologies KTH de Suède travaillent de concert à la conception et à la mise au point d’un système de détection et d’imagerie de type « terahertz ». Un procédé novateur qui permettra de détecter des objets dangereux ou des explosifs pour protéger des lieux vulnérables contre les menaces d’attentats, comme les aéroports, les gares, des infrastructures stratégiques et les bâtiments officiels. Le programme en question réunit plus de 70 pays. L’Algérie coopère avec l’Otan selon ses priorités. Une coopération à double sens. Le partage d’expérience est effectif notamment dans le domaine de la lutte anti-terrorisme, de dé-radicalisation, de sécurité des frontières et de sécurité des infrastructures énergétiques. Sur ce programme travaillent des militaires, mais aussi des civils. Dans ce cadre, il y a eu des dépôts d’autres projets sur le concept de ville intelligente de l’université de Ouargla et bien d’autres. Plus encore, le programme SPS a aussi permis d’appuyer les activités de formation dans des domaines comme la non-prolifération, la sécurité énergétique, la sécurité des frontières, la sécurité environnementale, les procédures de radioprotection, la cyber-défense et la détection des mines, est-il noté. L’Otan avait proposé à l’Algérie à sa demande un projet SPS pour la surveillance de ses frontières. « La gamme de fréquences terahertz est un domaine scientifique qui a connu des progrès technologiques rapides et qui fait l’objet d’un intérêt croissant en raison des possibilités d’application dans de nombreux domaines », soulignent les documents de l’Otan. Les experts militaires algériens planchent sur ce projet avec l’aide des Français et des Suédois, pour mettre au point un système de détection adéquat pour un meilleur contrôle des frontières. Il s’agit également du renforcement des capacités organisé de concert avec l’Union africaine dans le cadre d’un programme défini en commun.

Le sempiternel ennemi
Sur l’établissement de l’Otan en Irak et en Afghanistan, deux zones géographiques instables, les experts de l’Otan estiment que cette présence est le fait de « sollicitation des deux gouvernements de ces pays ». L’Otan se refuse d’assumer, du moins politiquement, les interventions d’autres parties comme les Etats-Unis dans ces même pays d’Asie. « La mission de l’Otan est minuscule comparée à d’autres en Irak », estime-t-on. L’Alliance préfère regarder ailleurs, et chercher le sempiternel « ennemi ». La Russie cherche à organiser une piste parallèle pour la réconciliation afghane, « cela pourrait être néfaste dans certaines circonstances », estime l’Otan pour qui la possibilité de retrait de ces deux pays dépend de la disposition des armés de ces Etats à prendre le relais. La Russie de Poutine semble ainsi être l’une des plus grandes angoisses de l’Organisation nord-atlantique. Entretenant avec Moscou un rapport tendu, le discours des fonctionnaires de l’Otan reste empreint d’une hostilité feinte envers Moscou. La relation avec la Russie est loin d’être détendue. L’annonce par Vladimir Poutine de l’acquisition de nouveaux systèmes d’armements ne contribuant pas, selon l’Otan, « à la stabilité ». Une course aux armements pourrait s’enclencher de nouveau. « L’Otan est en train d’analyser l’impact de ces systèmes et la façon d’y répondre. Il y a des interrogations sur le futur du traité INF (Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire) ». Pour l’instant l’atmosphère n’est pas très détendue, mais pas jusqu’à se considérer à la veille d’une nouvelle guerre froide. « Il y a un dialogue ouvert avec la Russie, nous sommes prêts à répondre aux défis et prêts à tous les scénarios ».

A Tigentourine, l’Algérie a fait
ce qu’il fallait
La question de la définition du mot « terrorisme » étant toujours sujette à controverses au sein même de l’Onu, l’Otan ne semble pas en reste. Pour l’organisation atlantique, il n’y a pas de définition politique du terrorisme, mais bien une définition militaire. L’Algérie, qui fait partager son savoir-faire dans la lutte contre ce fléau, est considérée comme un exemple de coopération. « Il y a un dialogue politique et spécialisé pour continuer à s’engager encore plus », estiment des experts de l’Otan qui dit ne pas avoir de liste de groupes terroristes. Il n’y a pas ce type de classification comme c’est le cas par exemple de l’Union européenne. L’Otan se dit particulièrement préoccupé par les groupes terroristes ayant « un agenda international ». Les organisations révolutionnaires nationales ne rentrent pas dans ce cadre, notent les experts. Lutter efficacement contre le terrorisme nécessite un effort préventif : le développement socioéconomique et les projets d’éducation. D’un autre côté, l’Otan dit ne pas être présent militairement au Sahel, seulement « certains » membres de l’organisation y sont. Au même titre que d’autres entités comme le G5 Sahel, « une organisation fondamentalement régionale, qui mène ses propres opérations », et aussi la mission de l’Onu. Les questions de « menaces hybrides » intéressent désormais l’organisation atlantique. Il s’agit d’un type de conflit généralement présenté comme alliant guerre conventionnelle et non conventionnelle, guerre régulière et irrégulière, guerre de l’information et cyberguerre. En cas d’attaques contre une infrastructure énergétique par exemple, il faudrait être prêt à faire face efficacement. « Un pays comme l’Algérie se débrouille pas mal, comme l’a montré l’exemple de l’attaque de In Amenas (Tiguentourine), l’Algérie a fait ce qu’aurait fait n’importe quel pays dans ce cas. Et après une telle tragédie on tire les enseignements et on améliore les choses ». Pour cet expert de l’Otan, les installations de protection mis en place depuis par l’Algérie pour protéger ses installations énergétiques suffisent à dissuader toutes attaques de ce type. « Le point faible, c’est l’informatique ce n’est pas les infrastructures. Aujourd’hui, personne ne peut penser que l’Algérie n’est pas un fournisseur fiable » ajoute-t-il. L’émergence de la cyber-guerre n’a-t-elle pas déjà fondamentalement changé la nature de la guerre ? « Elle n’a fait qu’apporter une nouvelle dimension aux conflits », comme la dissuasion et la défense militaire. En cas d’attaques hybrides, la réponse devrait être particulièrement rapide. Il faudrait limiter les chances de sa réussite. La recherche de consensus entre les Etats membres de l’organisation pourrait ralentir cette réaction. « Nous essayons de revoir notre processus décisionnel. Echanger par exemple des informations entre l’Otan et des entreprises privées est extrêmement difficile ». L’attaquant a toujours un coup d’avance. Et l’échange d’informations demeure vital. L’utilisation de l’intelligence artificielle IA pourrait ainsi être un véritable modèle à élaborer pour lutter contre les attaques hybrides de type cyberattaques. Il y a un mouvement international pour réguler juridiquement le cyber espace à l’instar des règles de guerre classique. Pour l’Otan, il est important d’aider les pays partenaires victimes d’attaques à devenir plus résilients.n