Comme il fallait s’y attendre, de nombreux Algériens, à travers les quatre coins du pays, sont sortis hier dans la rue pour exprimer, une nouvelle fois, leur désir de changement et leur opposition à la candidature du président sortant. Coïncidant avec la Journée internationale de la femme, les manifestations citoyennes ont gagné davantage en couleurs et en beauté, même si l’azur du ciel n’était pas au rendez-vous comme c’était lors des deux précédents vendredis.

Et une fois n’est pas coutume, les mots d’ordre et autres slogans, n’étaient pas ceux d’un
8 mars classique. L’heure n’était pas à la demande des droits, d’émancipation, d’égalité, mais plutôt à un « changement du système ».
Comme le souhaitaient les Algériens, les marches se sont déroulées dans une ambiance sereine, festive et bon enfant sous un encadrement policier vigilant. A Alger, le décor tendait à prendre place bien avant le moment de la grande convergence vers les grandes places. Hâtif à reconquérir la rue à nouveau, ils étaient des milliers à sortir, avant même l’accomplissement de la prière hebdomadaire de vendredi. Des dizaines de milliers sont arrivés à Alger-Centre (Place Audin, Boulevard Victor Hugo, Boulevard Mohamed V, Place du 1er-Mai,
Grande-Poste). Au fil des heures, toutes les rues et boulevards sont occupés par des foules compactes, au point d’avoir des difficultés de marcher ou d’avancer, ce qui fait que la manifestation avance très lentement. Sous un ciel couvert, la manifestation s’est déroulée dans une ambiance festive depuis les premières heures. Des femmes poussaient des youyous des balcons et des familles ont accroché sur les balcons des immeubles, l’emblème national en signe de soutien aux manifestants.
Les youyous fusent
de partout
Des personnalités publiques et politiques ont été, par ailleurs, constatées sur les lieux de la marche. L’on a pu reconnaître, parmi la foule, la figure emblématique de la révolution algérienne, Djamila Bouhired, le président du club sportif JSK, Cherif Mellal et le président du RCD, Mohcine Belabbas.
Pour sa première sortie dans la rue depuis l’expression de rue, Ali Ghediri, candidat à la prochaine présidentielle, déterminé d’aller au bout de son ambition a été chahuté. Le candidat indépendant a dû quitter la marche, tout comme Louisa Hanoune et Moussa Touati chahutés également par les marcheurs.
Pour sa part, le chef du MSP Makri, qui s’est retiré de la course présidentielle, a pris part pour le 3e vendredi consécutif aux marches populaires. Même ambiance dans le centre du pays. A Tizi Ouzou, la ville a été envahie par une foule immense. Ils étaient des centaines de milliers de marcheurs. L’esplanade qui fait face au portail du Campus Hasnaoua de l’UMMTO était envahie par une foule joyeuse et colorée au-dessus de laquelle flottaient plusieurs drapeaux aux couleurs nationales et de la bannière amazighe. Les citoyens étaient venus en famille prendre part à la manifestation qui s’est ébranlée avant même l’horaire prévu pour ne prendre fin que vers 17 h. L’ambiance était à la liesse et la communion parmi les marcheurs. «Je ne veux pas de fleurs, je veux une Algérie meilleure pour mes enfants», lit-on sur une pancarte portée par une femme au milieu d’un carré où dominaient des femmes dont la sortie à l’occasion du 8 mars, journée qui leur est dédiée, rime avec le changement. Une revendication portée par l’ensemble des manifestants qui ont protesté dans le calme et sans une présence remarquée des services de sécurité.
A Bejaïa, c’est une véritable marée humaine, estimée à des centaines de milliers de personnes, qui a déferlé. Coïncidant avec la Journée internationale de la femme, la marche a été caractérisée par la présence en force de la gent féminine aux côtés des hommes, sortis ensemble dans la rue, pour réclamer haut et fort, «un changement du système politique». Des femmes, des hommes et des enfants, munis d’emblèmes nationaux et des banderoles portant plusieurs mots d’ordre de la manifestation, dont « Djazaïr Houra Démocratia » (Algérie libre et démocratique vivra)…
On a remarqué parmi cette longue procession humaine, la présence de nombreux représentants d’organisations socioprofessionnelles, scindées en carrés, notamment des artistes, des syndicalistes autonomes, des membres de la famille révolutionnaire, des architectes, des étudiants, des associations féministes… Il faut dire que Béjaïa aura vécu une journée historique marquée par une ambiance de fête et de mobilisation citoyenne sans précédent, qui se veut aussi un moment de lutte pacifique.
A Boumerdès, la marche a été marquée par une forte participation où des milliers de citoyens sont encore sortis dans la rue en ce 3e vendredi de revendications. La mobilisation citoyenne était importante où toutes les catégorie de la société ont pris part aux marches organisées à travers une grande majorité des localités de la wilaya comme Bordj-Ménaïel, Boudouaou, Issers, Thénia,Naciria.

Fête et mobilisation citoyenne
A l’est du pays comme à Annaba, ils étaient plus de 25 000 manifestants à sortir dans les rues, avec une présence féminine record cette fois-ci en cette date symbolique pour les luttes des femmes. Un carré composé de quelques centaines de femmes a ouvert la marche du Cours de la Révolution jusqu’à la plage de Rizi-Amor (ex-Chapuis) avant de revenir vers la place centrale de Annaba.
Me Mustapha Bouchachi était en compagnie des avocats qui ont tenu à marcher en robes noires. Si certains ont apprécié la présence de ce militant et défenseur des droits de l’Homme, beaucoup d’autres manifestants ont interprété cela comme une manœuvre de récupération politique. Surtout après que Me Bouchachi ait pris part, avant-hier, à la réunion de l’opposition organisée par Ali Benflis. Vers 18h les manifestants ont commencé à se disperser, pendant que des groupes de volontaires ramassaient les ordures pour laisser la ville encore plus propre qu’avant le début des manifestations. Aucun acte de violence n’a été signalé et aucune arrestation n’a été enregistrée, selon les forces de l’ordre présentes sur place pour sécuriser la manifestation.
A Sétif, plusieurs milliers de personnes, dont la majorité sont des jeunes et moins jeunes, ont marché pour protester pacifiquement. Ces derniers venant des quatre coins de la wilaya se sont dirigés après la prière de vendredi vers le siège de la wilaya de Sétif. Sous le regard des services de l’ordre public, les manifestants se sont rassemblés devant le siège de la wilaya où ils ont scandé des slogans hostiles au système actuel. Selon les observateurs, le nombre des manifestants est plus important que les deux vendredis précédents. A El Tarf, les femmes ont marché en nombre en compagnie des hommes, des étudiants. Elles étaient par milliers à marcher le long des artères du chef-lieu de wilaya pour dire haut et fort leur envie de changement. Les manifestations ont marché pacifiquement pour rejoindre leurs concitoyens qui ont organisé comme les autres semaines un sit-in devant le siège de la wilaya. Les services de sécurité suivaient de loin le mouvement sans aucune intervention tant que la marche demeure pacifique, nous explique un officier. « Je manifeste ma colère », nous dit Farid un étudiant de l’université d’El Tarf. Même cas de figure à Guelma, Constantine et d’autres villes où citoyens sont aussi sortis massivement avec le même mot d’ordre que les autres wilayas.

Des revendications dans un esprit de civisme
A l’ouest, à Tlemcen, ce n’était pas un vendredi comme les autres. Le centre-ville de Tlemcen était noir de monde. Et pour cause, la marche du 8 mars a drainé plus de 20 000 personnes. Les femmes dont plusieurs en haïk, et les jeunes filles sont venues en force. Devant le dispositif de sécurité discret déployé au niveau du siège de la wilaya, des marcheurs scandaient : «Ya boulissiya, adahkou chouiya». A Mostaganem, la manifestation a été marquée par une présence imposante de l’élément féminin, de familles et de manifestants de différentes tranches d’âge. Des chants patriotiques ont été entonnés et des slogans hostiles au pouvoir ont été scandés. A Sidi Bel-Abbès, des centaines de femmes et d’hommes ont envahi la rue. Après la prière du vendredi, les manifestants ont brandi des pancartes sur lesquelles on pouvait lire, «nous marchons et continuons à marcher jusqu’au changement » sans cesser de chanter l’hymne national. Les éléments de la police et les hélicoptères ont surveillé de loin la marche pacifique. Enfin à Oran, même ambiance festive où des marées humaines ont défilé pacifiquement. Dans le sud du pays comme à Béchar, des milliers de citoyens se sont regroupés au niveau de la place de la République avant de marcher le long d’un itinéraire, à travers les artères du chef-lieu de wilaya. Lors de cette marche pacifique, les contestataires réclamaient dans une ambiance de fête le départ du système et une période de transition politique, qui sera dirigée par un gouvernement d’union nationale. A la fin de cette marche, des milliers de citoyens ont organisé un sit-in devant le siège de la wilaya, avant de se disperser dans le calme. Aucun incident n’a été signalé durant cette manifestation.