, ici, sur le territoire français, Zina Haraïgue, Michèle Pouteau, Fatima Hammoud, Hélène Cuenat, Didar Fawzy-Rossano, Jacqueline Carré, les évadées de la petite Roquette, figures d’une diversité militante adossée au combat pour l’indépendance algérienne ?

Par Abdelmadjid MERDACI *
Convoquer les itinéraires de militantes de la guerre d’indépendance algérienne commande de rappeler que la participation des Algériennes, des réseaux urbains du FLN aux maquis de l’ALN, constitue, avec le phénomène harki, l’une des transgressions de ce conflit aux fractures et enjeux multiples.
Comme l’avaient rapporté des combattantes de la Wilaya III de Grande-Kabylie, elles avaient même subi, sur instruction du colonel Yazourene, un humiliant test de virginité.
Au-delà des objectifs formellement consignés dans la proclamation du 1er Novembre 1954 – l’indépendance et la souveraineté nationales –, le cours réel de la guerre aura largement reconfiguré les rapports tant au sein des familles que plus largement au sein des différents groupes sociaux et des territoires.
La guerre aura notamment accéléré le processus d’urbanisation, déjà à l’œuvre, de la société autochtone comme elle infléchira, fut-ce plus souterrainement, une plus grande visibilité des jeunes Algériennes intégrées dans différents cycles de scolarisation et, pour quelques-unes, plus rarement dans le monde du travail. L’engagement militant des Algériennes dans la guerre posait aussi, dans des termes nouveaux, les questions de leur statut et de leurs droits qui pouvaient se prévaloir du capital politique acquis dans la lutte de libération. Ce capital politique aura été, dans l’ensemble, récusé par le système politique autoritaire en charge des affaires publiques depuis l’indépendance et son rappel devrait conforter la validation de la citoyenneté des Algériennes.
Lors du recensement de 1966 – le premier du genre depuis l’indépendance de l’Algérie – l’indicateur de l’emploi féminin se situait à moins de 2% de la population active et une étude récente du CRASC indiquait une notable évolution de l’intégration des Algériennes dans le monde du travail – autour de 18% – qui sans masquer les déséquilibres persistants fournissait de significatives données sur le processus de féminisation de corps de métier (médecine, enseignement, communication, notamment) en rapport avec l’émergence spectaculaire et sans doute irréversible des femmes dans l’espace public national.
Les statistiques du système éducatif algérien confirment la place désormais occupée par l’élément féminin dans la société qu’éclairent les inscriptions dans les universités algériennes qui donnent parfois un taux de féminisation des effectifs (jusqu’à 90% pour certaines filières), qui renseigne sur le caractère durable de ces mutations.
Le fait est que l’Ecole algérienne, quelles que fussent ses faiblesses, a sans doute plus contribué à cette évolution que le mouvement féministe dans ses diverses déclinaisons politiques et avait-on même enregistré, au début des
années 1990, les plus impressionnantes mobilisations d’Algériennes se sont tenues sous l’enseigne d’un islamisme radical minorant le statut des femmes. On peut considérer l’émergence des femmes dans l’espace public, au lendemain de l’indépendance, comme à la fois un fait majeur et irréversible qu’il convient de croiser avec d’une part l’approfondissement de l’urbanisation – qui passe de 40% en 1966 à plus de 80% au recensement de 2008 – et les transformations décisives du modèle de consommation.
C’est à la lumière de ces rappels qu’il est possible de questionner les conditions de transmission des mémoires militantes et plus singulièrement des mémoires des Algériennes engagées dans la guerre d’indépendance nationale.
Si la liturgie institutionnelle – construite sur l’occultation, l’instrumentalisation, la censure – réserve formellement une place dans le récit accrédité de la guerre aux femmes algériennes, c’est sur le registre idéal-typique de « l’Algérienne » dûment formatée par l’imaginaire guerrier. Cette construction institue une censure vigilante sur les conditions dans lesquelles des Algériennes avaient résolu de s’engager dans les combats politiques et militaires en faveur de l’indépendance.

Une première rupture
S’il est possible – et assurément d’un réel intérêt – de rechercher une traçabilité de l’engagement des Algériennes dans le champ politique, la borne de l’après-Mai 1945, pour apparaître la moins contestable, n’épuise pas forcément toutes les sources susceptibles d’en éclairer les parcours.
Au plan formel, c’est, en effet, dans les années 1940 que se créent les premières associations féminines algériennes : l’Union des femmes algériennes (UFA, 1944), proche du Parti communiste algérien, et l’Union des femmes musulmanes algériennes (UFMA, 1946), émanation du MTLD. Si l’objet de l’une comme de l’autre demeure éminemment politique, ces associations, pour mobiliser, accorder plus de visibilité aux femmes, n’en demeurent pas moins sans influence sur les enjeux politiques de l’époque et apparaissent comme soumises aux agendas de leurs formations. Elles auront eu toutefois le mérite de signaler les premières figures militantes – Mamia Chentouf, Kheïra Bouayed, Nefissa Hamoud, Salima Haffaf Benkhadda – au sein de l’UFMA ou Gaby Gaminez-Bénichou, Baya Bouhoune-Allaouchiche, Abbassia Fodhil pour l’UFA qui accueillait les militantes sans distinction ethnique ou religieuse.
Si le statut des femmes n’était pas ignoré – Messali Hadj en fait même l’objet d’une adresse aux dirigeants du Parti –, les militantes, souvent urbanisées, demeuraient minoritaires et relativement marginales par rapport aux conditions de vie de l’immense majorité des Algériennes, confinées dans l’espace domestique, généralement exclues du travail et du savoir. Il faut, à cet égard, relever le rôle pionnier de l’association « Ettarbya Oua Etta’lim », fondée en 1930 par cheïkh Benbadis et de son prolongement Ma’had Benbadis, qui ouvrirent droit à la scolarisation des jeunes algériennes.
L’histoire des décennies 1940-1950, qui à tous égards décisive, marquée par la violence de crises au sein du mouvement nationaliste, la répression massive, les décantations, les différenciations politiques entre les différents acteurs nationaux, fait peu de place aux engagements des femmes et rend aléatoire les transmissions mémorielles. L’itinéraire militant d’une Nefissa Hamoud que l’on retrouve à la fondation de l’UFMA, à Montpellier en 1956, engagée dans la grève initiée par l’UGEMA et plus tard dans les maquis de l’ALN, demeure exemplaire en ce qu’il marque d’abord l’exception. Si Djamila Boupacha militait dans les rangs de l’UDMA, Raymonde Peschard dans ceux du PCA, la filiation partisane aura peu été au principe de l’engagement. Est-ce alors plus les conditions de la guerre qui sont, le plus généralement, à l’origine de l’émergence de nouvelles générations militantes ? Les Algériennes sont engagées, dans les campagnes, par les processus d’implantation des marques et de soutien à l’ALN, et en milieu urbain (qui fournit les militantes les plus visibles) est-ce l’environnement familial ou territorial – le quartier, le village – qui fait fonction d’embrayeur de l’engagement ? Le vécu intime de l’oppression coloniale, la charge, en particulier, de la répression, le sentiment d’humiliation et d’injustice feront, le plus souvent, de l’engagement dans la lutte un choix personnel, favorisé aussi par des rencontres de proches déjà organisées dans les réseaux FLN.
Chaque itinéraire est ainsi un chapitre d’un roman national toujours interdit de publication par un autoritarisme arc-bouté à la certitude que le temps de l’histoire ne devait advenir et interpeller les fondements des pouvoirs en place.
La mise en résidence mémorielle surveillée des militantes de l’indépendance nationale est l’un des codes de cette censure de l’histoire et fait obligation à l’historien de lever les verrous de la simplification et de l’assèchement pour retrouver le sens et la diversité de leurs engagements.
La présente contribution s’appuie sur l’examen des itinéraires d’une vingtaine de militantes du FLN entre 1954 et 1962 qui ne constitue pas formellement un échantillon au sens que lui donne la recherche en sciences sociales. Comment, en effet, construire un échantillon représentatif en l’absence de documents de référence ? Mais, elle peut autoriser des éclairages pertinents sur une dimension encore méconnue de la guerre d’indépendance nationale.

* Historien

Des algériennes dans le combat (*)
Hamoud-Laliam Nafissa (1924- 2002)
Issue de la bourgeoisie algéroise, elle participe à la fondation de l’Union des femmes musulmanes algériennes, liée au PPA-MTLD. Elle est une animatrice de la grève des étudiants en 1956. Elle monte au maquis dans la Wilaya III, commandant de l’ALN. Arrêtée en 1957.

Peschard Raymonde (1927- 1957)
Militante communiste, membre de l’UFA, elle est expulsée de Constantine en juillet 1955 en raison de ses engagements. Rejoint le FLN en 1956. Accusée de complicité avec Fernand Yveton, elle est recherchée et rejoint les maquis du FLN sous le nom de Taous. Meurt au combat à Medjana, en 1957, dans un accrochage entre l’ALN et l’armée française.

Lavalette Eveline (1927-2014)
Rejoint le FLN en 1955 et participe à la fabrication du journal El Moudjahid, organe clandestin du FLN. Arrêtée en novembre 1956 et condamnée à une peine de prison.

Benhamou Marlyse (1928-2001)
Née dans une famille juive d’enracinement berbère ancien, les Ben Mochi. Elle est inscrite, dans les années 1940, dans les Jeunesses communistes d’Algérie. Elle fait partie des premiers contingents de Combattants de la liberté avant de rejoindre à titre individuel comme les militants communistes l’ALN. Elle est condamnée, en 1958, à vingt ans de prison par contumace. Après l’indépendance, elle publie des récits sous le pseudonyme de Myriam Ben.

Fiori-Steiner Annie (née en1928)
S’engage en 1955 dans les rangs du FLN d’Alger. Membre du réseau « Bombes ». Arrêtée en 1956. Condamnée à cinq ans de prison. Libérée en 1961.
Ouzegane (Fettouma) (1928-2018)
Rejoint le FLN en 1956. Arrêtée en 1958. Active dans les groupes de fida après sa libération en 1959. Militante féministe et figure de la défense des droits de l’Homme en Algérie.

Guerroudj Jacqueline (1929- 2015)
Epouse en 1948 Abdelkader Guerroudj, militant communiste algérien. S’engage dans le combat anticolonialiste. Arrêtée en 1957 sous l’accusation de complicité avec Fernand Yveton et condamnée à mort.

Saâdane Mériem (1932- 1958)
Née à Merouana. Membre des réseaux FLN de Constantine, infirmière à l’hôpital civil de la ville, se signale par son activité de syndicaliste. Arrêtée, torturée et exécutée en mai 1958 en même temps qu’une cinquantaine de militants enfouis le
27 juin 1958 dans un charnier à Djebel Boughareb.
Saâdaoui Fatima Zohra (née en 1933)
S’engage en 1955 dans les rangs du FLN à Constantine. Agent de liaison et soutien de réseau de fidayine. Arrêtée et torturée dans les camps de Hamma. Détenue à la prison du Coudiat de Constantine. Libérée en avril 1962.

Bisker Hafsa (née en 1933)
Fille de notable lettré, elle rejoint le FLN en 1955. Etudiante en pharmacie, elle est élue secrétaire générale de la section UGEMA d’Alger. Elle intègre le maquis en mai 1956 en application de l’appel à la grève des cours.

Bekkadour Zoulikha (née en 1934)
Etudiante à Alger, membre de la section d’Alger de l’UGEMA, elle participe à l’organisation de la grève de mai 1956. Arrêtée en novembre 1956, elle est expulsée d’Algérie en 1960.

Benziza Messika dite Zizi (1934-1959)
Fille d’une famille aisée de Merouana, lycéenne à Sétif, bachelière, étudiante à Montpellier. Rejoint le FLN en 1956 et intègre le groupe d’infirmières de la Wilaya II dirigé par les Docteurs Toumi et Khène. Meurt dans un bombardement en août 1959.

Lakhdari Samia (1934-2002)
Fille du cadi d’Alger, étudiante en droit à l’université d’Alger. Militante du FLN. Membre du réseau « Bombes ». Elle pose, en 1957, une bombe à la « Cafétéria ».
Greki (Anna) (1931-1966)
Collette Grégoire dite Anna Gréki, Fille d’instituteur, elle interrompt ses études supérieures à Paris pour rejoindre le combat pour l’indépendance. Militante communiste, elle est arrêtée en 1958. Expulsée d’Algérie après sa libération.

Drif Zohra (née en 1934)
Fille de cadi, étudiante en droit à l’université d’Alger. Militante du FLN, membre du réseau « Bombes ». Elle dépose la bombe au « Milk Bar », en 1957. Elle prend part aux contacts entre le FLN et Germaine Tillon. Arrêtée en 1957 en compagnie de Yacef Saadi responsable de la Zone autonome d’Alger. Condamnée à vingt ans de réclusion.

Belmihoub Mériem (née en 1935)
Elle rejoint le FLN en 1955 et soutient la grève des étudiants de mai 1956. Proche de Amara Rachid, elle est arrêtée et condamnée. Elle intègre les rangs de la Wilaya IV à sa libération.

Bouhired Djamila (née en 1935)
Appartenant à une famille aisée d’Alger, elle évolue dans un environnement familial nationaliste et rejoint le FLN. Agent de liaison et membre du réseau « Bombes ». Arrêtée et condamnée à mort. Un manifeste est publié à Paris en soutien à son engagement par l’avocat Jacques Vergès et l’écrivain Georges Arnaud. Le cinéaste Youcef Chahine lui consacre un film « Djamila, l’Algérienne » (1958).

Ighilahriz Louisette (née en 1936)
Lycéenne, elle rejoint la grève des étudiants en mai 1956. Elle s’engage dans les rangs du FLN la même année. Recherchée, elle rejoint le maquis. Blessée, arrêtée et torturée. Détenue dans différents prisons de France. Elle s’évade en 1962 de la prison de Bastia.

Bouattoura Mériem (1938-1960)
Fille d’une riche famille de commerçants, native de N’Gaous, s’engage, lycéenne, dans les rangs du FLN en mai 1956 et rejoint les maquis de la Wilaya II en décembre de la même année. Rejoint les réseaux FLN
de Constantine et intègre le groupe de Slimane Daoudi dit Hamlaoui. Meurt au combat le 8 juin 1960 dans un accrochage avec l’armée française au centre-ville de Constantine.

Saâdane Fadhila (1938-1960)
Née à Ksar El Bokhari. Cadette de Mériem, fille d’instituteur, bachelière. Elle rejoint le Front en 1957. Agent de liaison à Constantine, membre du groupe de Ammar Rouai, Ammar Kikaya et Malika Bencheikh El Hocine. Meurt au combat, le 17 juin 1960, dans un affrontement avec l’armée française rue Vieux au cœur de la médina.
Benbouali Hassiba (1938-1957)
Lycéenne au lycée Pasteur d’Alger, initiée au scoutisme, rejoint le FLN en 1956. Membre du réseau « Bombes ». Contrainte à la clandestinité à la suite de la découverte d’un atelier de fabrication de bombes. Réfugiée à la Casbah, proche de Ali La Pointe. Meurt en octobre 1957 lors de la destruction du refuge qu’elle partageait avec Ali la Pointe, P’tit Omar et Bouhamidi.

Bouazza Djamila (1938-2015)
Employée aux Chèques Postaux d’Alger, elle est membre du FLN et de son réseau «Bombes». Elle dépose une bombe au «Coq hardi », le 26 janvier 1957, veille de la grève des huit jours. Arrêtée et torturée en 1957. Condamnée à mort.

Boupacha Djamila (née en 1938)
Militante de l’UDMA, elle rejoint le FLN en 1956. Arrêtée, elle subit torture et viols qui suscitent une grande émotion à Paris. Un comité de soutien, animé par l’avocate Gisèle Halimi et l’écrivaine Simone de Beauvoir, alerte l’opinion et inspire une toile à Pablo Picasso. Condamnée à mort en juin 1961.

Hocine Baya (1940-2000)
Militante du FLN, membre du réseau « Bombes ». Conduit l’opération du stade d’El Biar. Arrêtée et condamnée à mort à l’âge de dix-sept ans.

Avoir vingt ans et à peine plus dans la guerre
Ne convient-il pas de rappeler aussi la mémoire de Saliha Ouatiki, assassinée à l’âge de douze ans par les militaires français lors des manifestations populaires du 11 décembre 1960 et celle de Fatima Bedar, tuée et jetée dans la Seine en octobre 1961 à Paris ? Et de Zoulikha Oudaï (1911-1957) de Cherchell, célébrée par Assia Djebar dans son récit « La Femme sans sépulture » (Paris, Albin-Michel, 2002), assassinée par l’armée française, jetée dans une basse fosse, dont le corps n’a été retrouvé qu’en 1984 ? Le militantisme dans les rangs du FLN fut, pour l’essentiel, l’affaire de la génération des années 1930. Les plus âgées en 1955, date-clé de l’engagement pour la plupart d’entre elles, avaient entre vingt-cinq (Jacqueline Guerroudj) et trente ans (Nafissa Hamoud-Laliam). La plus jeune des militantes, Baya Hocine, avait quinze ans en 1955. Ce qu’il faut marquer, c’est la précocité de l’engament féminin dans les rangs du FLN dans les années 1955-1956, alors même que les autorités françaises avaient la conviction qu’une troisième voie alternative au FLN était possible.

Des villes et des villages
L’origine géographique des militantes peut être un indicateur significatif de la réalité de l’implantation du FLN et de ses capacités de mobilisation. Aux côtés de métropoles comme Alger (Bouhired, Peschard, Bouazza, Boupacha, Hamoud, Lakhdari, Belmihoub) ou Constantine (Hadja Saâdaoui, Fatima Zohra Boudjeriou, Halima Benmeliek, les sœurs Troudi, Malika Hamrouche), les villes moyennes comme Tiaret (Zoulikha Bekkadour, Zohra Drif) Bou-Saâda (Hafsa Bisker), les villages, Merouana (Messika Benziza, Mériem Saâdane), Ksar El Bokhari (Fadhila Saâdane), Hadjout (Annie Steiner), N’Gaous (Mériem Bouatoura), Rouiba (Eveline Lavalette) informent sur une cartographie militante qui illustre la résonnance de la lutte pour l’indépendance dans les profondeurs de la société.
Les filles de la classe moyenne
Elles sont filles d’une bourgeoisie musulmane bien établie (Nafissa Hamoud, Samia Lakhdari, Zohra Drif), de notables lettrés (Mériem et Fadhila Saâdane, Hafsa Bisker), de riches commerçants (Mériem Bouatoura, Messika Benziza), elles signalent, contre les mythologies populistes prégnantes, l’adhésion (a-t-elle été par ailleurs longue à se dessiner et encore brouillée par les ancrages partisans ?) d’une classe moyenne algérienne, essentiellement urbaine qui devait conforter les assises et la légitimité du FLN. L’adhésion, en mai 1956, à l’appel à la grève des cours et des examens, particulièrement dans les universités françaises en confirmera le sens.

Des militantes lettrées
Etudiantes (Lakhdari, Drif, Bekkadour, Bisker, Benziza), lycéennes (Fadhila Saâdane, Mériem Bouatoura, Malika Kharchi, Fatma Bensemra, Houria Mostefai, Khadra Bellamine, Aicha Guenifi), employées (Djamila Bouazza, Djamila Bouhired), confortent la thèse d’un engament politique réfléchi, d’une part et, sans doute, du caractère personnel du choix de l’engagement.

Des Algériennes de toutes confessions
Le plus significatif, parce que le plus occulté, est la représentation des trois religions en usage dans la société algérienne (islam, judaïsme, christianisme) dans le groupe des militantes étudié, même si l’appartenance confessionnelle ne semble pas jouer un rôle direct dans l’engagement dans la lutte armée. Relever cette diversité confessionnelle, qui ne fut pas que féminine comme l’illustrent les martyrs de Maurice Laban, Hadj Ghrenaissia, Maurice Audin, Fernand Yveton ou Henri Maillot, replace sans ambiguïté la question nationale au cœur du combat initié par le FLN.

Montrer, écrire
Les militantes de l’indépendance se sont de fait soumises à la règle insoutenable d’un devoir de réserve qui, à y regarder de plus près, interdisait d’opposer les aspérités des engagements personnels au mythe du peuple héros, acteur collectif institué par le récit institutionnel. Elles auront peu écrit ou se sont peu exprimé. Djamila Amrane (née Danièle Minne, 1937-2017), moudjahida, veuve de chahid et fille de moudjahidine – Abdelkader et Jacqueline Guerroudj – aura été une pionnière par sa thèse et la publication de son ouvrage « Les femmes algériennes dans la guerre » (Paris, Plon, 1991) qui reste l’une des premières références sur le sujet.
Sa mère, Jacqueline Guerroudj a, quant à elle, porté témoignage de son engagement dans l’ouvrage « Des Douars et des prisons », publié en 1993 aux Éditions Bouchène, à Alger. Lucette Larribère-Hadj Ali rend compte dans une contribution marquée au coin de l’humilité de « l’Itinéraire d’une militante algérienne. 1945-1962 », (Blida, Éditions du Tell, 2011).
« Une vie pour l’Algérie » rapporte, sous la signature de la journaliste Hafida Ameyar, le récit des engagements d’Annie Fiori-Steiner, édité en 2011, par l’Association des Amis d’Abdelhamid Benzine.
Plus récents, « Juste Algérienne. Comme une tissure », d’Eveline Safir Lavalette (Alger, Barzakh, 2013), Yamina Cherrad Bennaceur, « Six ans au maquis » (Alger Éditions El Kalima, 2017), « Une femme au maquis » de Yamina Chellali (Alger, ANEP, 2018), et « Hadjira, la ferme Améziane et au-delà », signé par l’historienne Claire Mauss-Copeaux (Constantine, Média Plus, 2018) marquent, si besoin était, l’importance du travail qui reste à accomplir.
« Le Choix de l’Algérie », aux éditions Barzakh, à Alger, ouvrage à deux voix, n’est pas qu’un témoignage de l’engagement de Claudine et Pierre Chaulet, militants de la première heure qui prend place comme l’un des marqueurs de la construction nationale algérienne.
L’audiovisuel s’est peu saisi du sujet, mais il convient toutefois de signaler le film de Caroline Huppert consacré à l’affaire Djamila Boupacha (« Pour Djamila Boupacha », diffusé sur France 3, en 2012) et l’œuvre signalée de Youcef Chahine en pleine guerre, « Djamila l’Algérienne », avec la grande actrice égyptienne Magda, qui rendait hommage à Djamila Bouhired.
En Algérie, le documentariste Hassen Bouabdallah est allé à la rencontre de « Barberousse mes sœurs » (1985), portraits et témoignages de militantes sur leur combat et les conditions de leur détention.
Convoquer les mémoires de militantes de l’indépendance, de l’ensemble des acteurs en Algérie et ailleurs qui ont soutenu, participé à la guerre d’indépendance algérienne, contribue, aussi peu que ce soit, à la réhabilitation d’une histoire qui reste à écrire. n