Le message traditionnel du chef de l’Etat à l’occasion de la Journée internationale pour les droits des femmes, cette année, ne ressemble pas aux précédents. Et pour cause ! Le texte du président de la République restitue pour une large part l’ambiance politique singulière qui règne dans le pays et qui s’est caractérisée, hier, 8 mars, par un troisième vendredi de manifestations de rue hostiles à un nouveau mandat pour son auteur et appelant un changement en profondeur du système de gouvernance en vigueur dans le pays.

Dans sa première partie, le texte présidentiel ne sort pas de la thématique à laquelle il est consacré : la célébration de la « Journée de la Femme » en termes d’hommage appuyé au combat des Algériennes depuis les temps immémoriaux, mais dépourvu de toute indication ou déclaration en rapport aux revendications posées depuis des années, dont celle de l’abolition du code de la famille, notamment : un texte que le chef de l’Etat a amendé en mars 2015. A la place, l’affirmation que « la célébration dans notre pays de la Journée du 8 mars n’est pas une halte de revendication pour la consécration des droits de la femme » parce que « les Braves de l’Algérie ont acquis, depuis des siècles, leurs droits à travers leur participation héroïque à tous les combats du peuple algérien ».
Dans son hommage aux Algériennes, le chef de l’Etat convoque l’histoire et les grandes figures des luttes des femmes algériennes pour l’indépendance – « Lala Fatma N’soumer », « Hassiba Ben Bouali », les « Moussabilate » – grâce au combat desquelles les Algériennes d’aujourd’hui « ont acquis leurs droits, pleins et entiers, dans le cadre des préceptes de notre religion et de notre civilisation après que le drapeau de la République algérienne démocratique et populaire a été hissé haut dans son ciel ».
Une précision à travers laquelle on pressent tout de même une réponse aux revendications d’une abolition pure et simple du code de la famille dont les grandes dispositions, notamment en matière de mariage et de divorce, sont d’inspiration religieuse, rappelons-le. Pour M. Bouteflika, la femme algérienne, une fois l’indépendance recouvrée, «est devenue un partenaire actif dans la bataille de la construction et de l’édification, aussi bien dans les usines et les administrations que dans les écoles et les hôpitaux. Et à mesure que se sont généralisés l’enseignement et la formation aux filles de l’Algérie, leur place grandissait dans le monde du travail et de la créativité pour devenir, aujourd’hui, des entrepreneures à succès, des officiers supérieurs et des magistrates au point où il n’existe, désormais, aucun domaine qu’elle n’ait pas investi ».
Les femmes, « forts soutiens » de la réconciliation nationale
« La femme algérienne a été, également, un acteur actif lorsque l’Algérie a appelé ses enfants, filles et garçons, à la rescousse durant les années d’enfer de la tragédie nationale. Après l’accalmie, les femmes ont été les plus forts soutiens de la concorde, puis de la Réconciliation nationale pour le sauvetage de leurs enfants et de leur patrie. L’histoire retiendra la position exemplaire des mères des victimes du terrorisme, qui se sont mobilisées en faveur du rétablissement de la sécurité et de la paix afin qu’aucune autre mère ne pleure son enfant dans cette chère patrie», lit-on encore dans le message de M. Bouteflika. Et d’expliquer qu’ainsi, la célébration, en Algérie, de la Journée internationale de la femme est davantage une occasion d’évaluation qu’une journée revendicative ». En mentionnant tout de même que « le défi aujourd’hui est de se rapprocher de la parité Hommes-Femmes dans l’emploi, après l’égalité des salaires »
Dans sa seconde partie, consacrée à l’actualité politique et à ses développements possibles, il est souligné dans le message présidentiel sur un ton politico-sécuritaire de mise en garde que « l’Algérie continue à être confrontée à plusieurs menaces, de l’extérieur et autant de défis à l’intérieur». «Autour de nos frontières se jouent des crises et des tragédies induites par le terrorisme dans certains pays de notre voisinage», «alors qu’au niveau mondial (…)» le monde arabe «continue à être en bute à des conflits, des dissensions et même des tragédies sanglantes. Et même si Allah, dans sa grande bonté, a voulu que l’Algérie soit à l’abri de toute cette tourmente, nous nous devons d’être prudents et vigilants afin de préserver notre cher pays».
Selon le Président, « nombreux sont les haineux à l’étranger à regretter que l’Algérie ait traversé, grâce à vous Algériens et Algériennes, paisiblement et sereinement, la déferlante du printemps arabe.
Ces cercles, qui nous envient notre liberté, l’indépendance de notre décision et nos positions justes, n’ont jamais cessé de conspirer contre notre pays ». « Loin d’obéir à une logique d’intimidation, mes assertions procèdent d’un sens des responsabilités et d’un souci de fidélité au serment de préserver l’Algérie, ô combien glorieuse est-elle. Nous nous sommes attelés, à travers nos différentes lois, à l’élargissement des libertés et au raffermissement des droits des citoyens à la liberté d’expression et au droit de rassemblement pacifique, dans le cadre de la loi ».
Dans ce cadre, le chef de l’Etat, tout en saluant « la sortie de nombre de nos concitoyens et concitoyennes, à travers les différentes régions du pays, afin d’exprimer pacifiquement leurs opinions », a néanmoins appelé « à la vigilance et à la prudence quant à une éventuelle infiltration de cette expression pacifique par une quelconque partie insidieuse, de l’intérieur ou de l’extérieur ».<