La présence très visible de la femme dans les institutions élues n’a pas généré un saut qualitatif dans la pratique politique de la femme en Algérie, a estimé Mme Louisa Driss-Ait Hamadouche, enseignante en sciences politiques à l’université d’Alger. Autrement dit, le saut quantitatif enregistré dans ce registre reste orphelin du bond qualitatif souhaité. Dressant d’emblée le constat selon lequel « les femmes n’ont pas encore atteint leurs vrais objectifs », l’universitaire a relevé que « la présence visible des femmes sur la scène politique n’a pas conduit à une meilleure pratique politique de la femme en Algérie». Pour ce qui est de la participation de la femme dans le champ politique sous l’ère du président Bouteflika, la politologue a souligné qu’il « a contribué à l’adoption des lois qui ont grandement facilité l’émergence des femmes en politique et notamment à travers l’établissement de ce qu’on appelle une discrimination positive à l’égard de ses femmes ». Mme Ait Hamadouche a noté, dans ce sens, que le système des quotas a permis une présence massive des femmes dans les institutions élues, au point que cette présence est l’une des plus importantes au monde, «mais cette présence quantitative n’est pas à elle seule suffisante pour faire une évaluation objective de la présence des femmes», estime-t-elle, expliquant que « sur le plan qualitatif, les différents parlements qui ont bénéficié de cette présence féminine importante n’ont pas montré qu’ils étaient plus efficaces et plus efficients qu’auparavant». Pour elle, «les deux dernières législatures ont été très faibles d’un point de vue de propositions de lois : les débats n’étaient pas plus contradictoires et plus critiques qu’auparavant, Les questions aux ministres n’ont pas connu un saut qualitatif, absence de commissions d’enquêtes… ». A propos de l’accès très limité de femmes aux postes de responsabilités en Algérie malgré les acquis dans le domaine professionnel, Mme Ait Hamadouche estime que «le faible saut qualitatif vient du fait du contexte dans lequel ces lois ont été adoptées». «En fait, bien que les femmes aient milité pour obtenir ce qu’elles ont obtenu – je ne dénie pas les efforts accomplis par les femmes pour avoir leurs droits -, ces lois adoptées en 2008 et puis en 2012 ont été adoptées dans un contexte qui fait que ces réformes ont été plutôt octroyées», a-t-elle ajouté. Mme Ait Hamadouche observe, dans ce sens, que «c’est le Chef de l’Etat lui-même qui a décidé à un moment bien déterminé, et le hasard n’est pour rien, qu’il fallait ouvrir le champ politique aux femmes». Cela signifie, pour elle, que «ces ajustements législatifs ne sont pas le fruit d’un rapport de force, mais plutôt le fruit d’une décision politique». Dans la même logique, elle a relevé que le fait que ces réformes sont octroyées et qu’elles ne sont pas le résultat d’un combat ou du militantisme, fait que « les chefs de partis ne se sentent pas obligés de placer les femmes en tête de liste ou comme présidentes de commissions ou responsables politiques». Ce qui fait que les femmes, comme beaucoup d’hommes, «n’ont pas investi le champ politique et elles ne se sont pas engagées dans une dynamique militante et de combat qui puisse les conduire à imposer leur présence en tant que leader politique», a-t-elle souligné. L’universitaire, qui relève que les femmes «sont marginalisées parce que le contexte politique ne permet pas l’émergence d’une véritable citoyenneté», soutient que «le 8 mars est le fruit d’un combat mené par des femmes pour la reconnaissance de leurs droits socioéconomiques et puis politiques. Sans lutte, il n’y a pas de résultats. Les droits ne sont pas octroyés». Elle a souligné, également qu’à l’heure actuelle, «il n’y a pas que les femmes qui sont marginalisées puisqu’on peut parler aussi des hommes et des jeunes», faisant remarquer que «les femmes sont considérées comme une minorité comme les jeunes, alors qu’en réalité, ces derniers ne sont pas minoritaires sur le plan démographique, mais plutôt au niveau des structures sociales». D’où son interrogation sur le taux insignifiant des jeunes qui militent dans les partis politiques : «Pourquoi nous enregistrons seulement 1% de la population des jeunes qui est militante dans les partis politiques ?», s’est-elle interrogé, estimant que «nous sommes dans un schéma politique qui empêche et décourage l’émergence de ce type d’acteur». Mme Ait Hamadouche est convaincue, à ce propos, que «pour être un leader dans un parti politique, il faut être d’abord un citoyen».<