La circonscription administrative de Touggourt (190 km de Ouargla) a abrité les festivités officielles commémorant le 57e anniversaire des manifestations anti-séparatistes du 7 mars 1962 survenues après celles de Ouargla (27 février 1962) et précédant celles du 13 mars 1962 qui ont eu lieu juste après dans la commune de Taïbet et qui étaient les plus sanglantes. Onze martyrs et des dizaines de blessés sont tombés lors des soulèvements de Oued Righ.

Les 27 février, 7 mars et 13 mars 1962, ces soulèvements populaires qui ont eu lieu à Ouargla, Touggourt et Taïbet ont constitué un virage important dans l’histoire et un tournant décisif dans la guerre de libération. Le Sud algérien a connu durant les deux dernières années de la Révolution des événements importants qui ont contribué directement à accélérer la signature des accords d’Evian et la mise en place d’un cessez-le-feu immédiat marquant ainsi le début du processus de sortie de guerre. Les manifestations du 27 février 1962 sont les plus importantes. Voulant convaincre l’opinion internationale que le Sahara « non peuplé » n’appartient plus à l’Algérie, le projet colonial est vite tombé à l’eau. Quelques jours avant l’ouverture de la phase finale des négociations d’Evian, l’Armée de libération nationale (ALN) et bras droit du FLN a organisé, à Ouargla, une manifestation populaire monstre dans le but d’apporter une démonstration aux négociateurs d’Evian de la volonté du peuple de rejeter « les visées de la France coloniale » de séparer le Sahara du reste de l’Algérie. Quelques jours après, le même scénario se répète à Touggourt le 7 mars 1962 puis à Taibet (36 km de Touggourt et 201 km d’Ouargla), lorsque les habitants de la capitale de Oued Righ sont sortis massivement pour dire « non » au projet du colonisateur qui vise à séparer le Sud du reste du territoire. Hadj Touahir se souvient encore de ces soulèvements gigantesques observés par la population de la région pour exprimer son rejet de la politique coloniale visant à porter atteinte à l’intégrité du territoire national. Un des porteurs de l’emblème national ce jour-là, il en garde des séquelles physiques et psychiques.
Ces manifestations historiques sont l’expression claire du rejet de la population de Ouargla et de la région entière des desseins de la France coloniale visant à séparer le pays en deux en gardant la main sur le Grand-Sahara de manière à conserver un contrôle direct sur les ressources en hydrocarbures mais encore pour la poursuite des essais nucléaires qui se déroulaient sur les bases de Reggane et d’In Ekker, à l’époque, centres d’essais nucléaires aériens et souterrains et de lancement de fusées pour l’armée française. En réponse aux manœuvres de De Gaulle pour la promotion de son projet de séparation du Sahara du reste de l’Algérie, l’envoi d’une délégation comprenant des responsables français à Ouargla et la tenue d’une réunion urgente avec les collaborateurs, présidée par Hamza Boubakeur, dans le but de prendre le pouls de la situation et stimuler la population à accepter l’idée de la constitution d’une république sahraouie indépendante. C’est ainsi que le commandement de la Révolution algérienne de la 4e Région du sixième territoire (FLN attribué au Sahara le chiffre VI) ont décidé d’agir afin de faire face aux plans coloniaux visant à séparer le Sahara du nord de l’Algérie.
Cette contre-attaque s’est vite concrétisée par des soulèvements populaires le 27 février 1962 à Ouargla, constituant une réponse claire à l’intransigeance du gouvernement français et à son attachement au principe de la division de l’Algérie en deux parties : Un nord indépendant et un Grand-Sud maintenu sous son contrôle pour son importance stratégique et économique. Les gens du Sud, conscients des velléités du colonisateur, ont conduit ces soulèvements massifs qui ont mis en échec ce plan ourdi contre l’intégrité territoriale algérienne et l’unité du peuple. Une contre-propagande offensive et efficace mettant à nu les véritables intentions concernant le Sahara algérien. La présence d’une quarantaine de journalistes étrangers, parmi la délégation française qui s’est rendue ce jour-là à Ouargla, pour la couverture de la rencontre qui devait se tenir entre des responsables français, les onusiens et leurs collaborateurs dans la région, a très bien servi la cause nationale en consacrant une large couverture aux soulèvements populaires de Ouargla. A Touggourt, 8 martyrs sont tombés lors des manifestations qui se sont poursuivies jusqu’au 13 mars 1962 dans la commune de Taibet qui a enregistré lors de ces événements le bilan le plus lourd avec 13 martyrs et des dizaines de blessés, racontent des témoins.n