Depuis le lancement du processus électoral en cours, marqué incontestablement par des manifestations de rue pour un changement du système de gouvernance, des organisations catégorielles et représentations syndicales vivent une situation organique inédite qui a généré, dans certains cas, des malentendus internes et des dissensions. La vie de ces organisations est rythmée, en effet, par une série de déclarations et contre-déclarations en lien direct avec les manifestations citoyennes suscitées, elles-mêmes, par le contexte politique et électoral du pays. Même les organisations pourtant connues pour leur cohésion organique et dont les membres et autres sections faisaient preuve, jusque-là, de fidélité et de loyauté à leur direction n’ont visiblement pas résisté devant les manifestations. C’est le cas du Forum des chef d’entreprise (FCE), dont le président Ali Haddad, s’est vu obligé de réagir aux différentes déclarations émises par ses partenaires, mais aussi d’anciens membres de l’organisation. En effet et s’agissant du soutien du FCE à un cinquième mandat du président sortant, Ali Haddad a indiqué, avant-hier dans un communiqué, que la décision «a été adoptée à la majorité à l’issue d’une réunion du conseil exécutif», rappelant que cette position «a été approuvée par l’assemblée générale élective tenue en date du 15 décembre 2018». «Depuis, aucune opposition ni réserve n’ont été enregistrées», affirme le président du FCE, remettant ainsi en cause les démissions enregistrées au sein du Forum. La mise au point d’Ali Haddad est intervenue juste après le communiqué signé par «des membres du FCE originel», dont Omar Ramdane, président d’honneur, et Réda Hamiani, ancien président du Forum. «Le FCE originel ne peut rester sourd à l’expression populaire à laquelle il adhère complètement», avaient-ils écrit dans leur communiqué. Du côté de l’Ugta, l’heure n’est également pas à la sérénité et le soutien réitéré par le chef de la centrale syndicale, Abdelmadjid Sidi Saïd, à une candidature du chef de l’Etat rencontre des oppositions au sein des sections de l’organisation. La dernière émane de la section Ugta de l’Entreprise du métro d’Alger qui s’est démarquée de Sidi Said en apportant «son appui au mouvement populaire de protestation». Chez les organisations représentant ce qui est désigné par le vocable de «famille révolutionnaire» , les avis ne sont pas unanimes entre l’Onec et l’ONM. L’Organisation nationale des enfants de Chouhada (Onec) a salué la candidature du président Bouteflika, qualifiant son message d’initiative visant «la concrétisation des réformes et des aspirations au changement». « La feuille de route présentée par le président de la République, le moudjahid Abdelaziz Bouteflika, se veut une initiative pour la concrétisation des réformes et des aspirations au changement soulevées durant les marches, et ce à travers la tenue d’une conférence nationale consensuelle à laquelle nous allons prendre part avec toutes les parties concernées», a indiqué l’organisation dans un communiqué. Chez l’Organisation nationale des moudjahidine (ONM), c’est plutôt l’hésitation. L’organisation, après avoir affiché son adhésion à la continuité, a opéré une volte-face en rejoignant la contestation populaire. «La scène nationale connaît actuellement un mouvement populaire de protestation sans précédent mobilisant tous les pans de la société», avait souligné mardi l’organisation présidée par Said Abadou, pour qui la revendication fondamentale « est de tourner la page d’une accumulation de réalités douloureuses engendrées par des institutions qui n’étaient pas à la hauteur des aspirations légitimes de notre peuple». Les partis politiques n’ont pas été épargnés non plus par les soubresauts de la protestation populaire au vu des dissensions qu’elles ont vu naître dans certains partis, à l’image de l’ancien parti unique où sont enregistrées des démissions de militants et du FFS qui semble avoir mal encadré sa décision de retirer ses députés et sénateurs, jusqu’à créer une véritable confusion. Les formations politiques de l’opposition réunies jeudi au siège de Talaie El Hourriyet d’Ali Benflis, peinaient, elles aussi, à s’entendre sur la démarche à privilégier dans le présent processus électoral qui soulève bien des interrogations.