L’opposition s’est réunie, jeudi, chez Ali Benflis à Ben Aknoun. A l’ordre du jour, l’évaluation de la situation du pays ainsi que la réflexion autour d’initiatives à même « de faire sortir le pays de la crise». La rencontre, qui a duré plus de 6 heures et à laquelle ont pris part de nombreux partis et personnalités, à l’instar de Abderezak Makri, Abdellah Djaballah, Abdelaziz Rahabi, Ali Beflis, Hider Bedrihem, Tahar Benbaïbèche, Sid-Ahmed Ghozali a été conclue par un appel « à une période de transition », tout en considérant « la tenue de la présidentielle dans les conditions actuelles comme un danger pour la stabilité du pays et l’unité de la nation ».
Les participants à la rencontre ont tout autant rejeté « avec force» toute « intervention étrangère dans les affaires internes du pays». Il faut dire que la rencontre de jeudi a été riche en déclarations et en rebondissements. S’exprimant en premier, Ali Benflis a expliqué d’entrée que « notre pays est plongé dans une grave impasse politique qui gagne en profondeur et en complexité jour après jour ». Selon lui, « la vacance au Sommet de l’Etat a permis à des forces extraconstitutionnelles d’investir les centres de la décision politique et économique nationale ». Estimant que « beaucoup d’acteurs agissent dans l’ombre », Benflis a regretté que « des décisions sont prises sans que nous en connaissions la source. Des individus, dépourvus de toute légitimité, profitant de leur seule proximité d’un président absent, ont usurpé les prérogatives présidentielles, et parlent et agissent en titulaires de fait du centre de la décision nationale». Par ailleurs, l’ancien chef de gouvernement a indiqué, en évoquant l’armée, qu’elle «ne saurait s’éloigner de la voix du peuple». Abdellah Djaballah de son côté a critiqué «les cercles du pouvoir politique en place » qui « se sont affrontés dès que s’est posée la question de la succession, mettant en danger la sécurité et la stabilité nationales ».
Djaballah n’a pas manqué à cette occasion d’appeler l’institution militaire à intervenir « pour garantir l’application de la Constitution à travers, notamment l’application de l’article 102 de la Constitution». Tahar Benbaïbèche abondera dans le même sens pour indiquer que «les institutions du pays sont inexistantes », et que « ni la présidence de la République ni le Parlement avec ses deux chambres, ni le Conseil constitutionnel ne sont fiables». «A qui doit-on s’adresser dans ce cas-là ? Qui est en mesure d’intervenir ? », s’interroge-t-il, avant d’estimer que « l’institution militaire doit intervenir d’une manière ou d’une autre ». « On ne lui demande pas d’utiliser la force, mais son intervention servira à ouvrir les portes du dialogue », lance-t-il.
De son côté, Abderezak Makri s’est félicité de la jonction entre les partis politiques et la société civile autour de l’impératif de «rejeter le système et le 5e mandat». Tout en saluant la convergence de l’opposition, Makri évoque un consensus de cette dernière autour de «l’impératif d’un report de la présidentielle».
Karim Tabbou quitte la réunion avec fracas
Karim Tabou, président de l’UDS, a quitté avec fracas la réunion de l’opposition. Sans crier gare, il s’est levé brusquement de son siège pour se diriger vers la porte de sortie. Tentant de le rattraper pour comprendre de quoi il retournait, Hider Bendrihem n’a pas réussi à raisonner Tabbou qui lui a juste rétorqué « Je ne peux pas me réunir avec ces gens-là » et a poursuivi vers la porte de sortie. Une fois à l’extérieur, Tabbou, visiblement très remonté, a lancé à la presse : « Les discours des participants est en total décalage avec les aspirations et revendications des Algériens. « Je viens ici écouter des gens qui se positionnent avec les même mécanismes du Pouvoir », tempête-t-il. Avant d’enchaîner : «On nous parle des élections, du Conseil constitutionnel et de l’article 102. Ils veulent reporter les élections et travailler avec les mêmes mécanismes du Pouvoir. Ce n’est pas ça que je suis venu écouter. Il faut qu’ils abordent les véritables changements auxquels aspire le peuple.».
De son côté, Sid-Ahmed Ghozali, l’ancien chef de gouvernement, a étonné avec son allocution. Il a, en effet, considéré que les partis réunis ne représentaient pas l’opposition au sens classique du terme puisque ne détenant aucun pouvoir ni prérogative. «Nous nous présentons comme une opposition mais, en réalité, nous ne sommes pas une opposition. Avec tous mes respects pour tout le monde, je ne vois pas en nous une opposition », a-t-il lancé, à la surprise générale. Son argument est que «l’opposition a des droits». «Qui parmi nous pense que ses droits en tant qu’opposant sont respectés ?», a-t-il interrogé avec dépit, avant d’y répondre : «Nous sommes des hommes et des femmes qui ne partageons pas les positions du pouvoir mais nous ne sommes pas une opposition.» Quoi qu’il en soit, l’ancien chef de gouvernement, qui a brossé un tableau des plus sombres sur la situation actuelle du pays, rejette toute participation à la prochaine présidentielle. n