Une gigantesque panne d’électricité affectant le Venezuela depuis jeudi a contraint le gouvernement de Nicolas Maduro, qui y voit un acte de « sabotage », à suspendre, hier vendredi, la journée de travail et les cours, une mesure exceptionnelle dans ce pays plongé dans une grave crise politique et économique. Le président socialiste a pris cette décision « afin de faciliter la remise en service de la distribution de l’électricité dans le pays, victime de la guerre impérialiste sur l’électricité », a écrit sur Twitter la vice-présidente vénézuélienne Delcy Rodriguez.

Frontières fermées, hôpitaux surchargés car fonctionnant a minima avec des générateurs, vols suspendus à l’aéroport international Simon-Bolivar, rues désertes, coupures d’eau : depuis jeudi 16h50 (20h50 GMT), le Venezuela est en grande partie paralysé, a constaté l’AFP. L’économie du Venezuela, déjà très fragile, est également très touchée: les Vénézuéliens ne peuvent pas retirer d’argent aux distributeurs et les banques sont restées fermées vendredi. Dans ce pays où l’inflation est hors de contrôle, les transactions électroniques -suspendues vendredi- sont indispensables, y compris pour les achats courants comme le pain. Les coupures de courant sont habituelles au Venezuela, voire chroniques dans l’ouest du pays. Mais elles sont plus rares à Caracas, surtout de cette ampleur. Juan Guaido, l’opposant autoproclamé président par intérim et reconnu par une cinquantaine de pays, a attribué la panne à l’incurie du gouvernement en place et a de nouveau appelé les Vénézuéliens à défiler samedi. Depuis un an, le président Maduro a demandé aux forces armées d’activer un plan spécial de sécurité pour protéger les installations électriques, mais les pannes perdurent. Au-delà du Venezuela, cette coupure de courant gigantesque affecte aussi l’Etat frontalier brésilien de Roraima (nord), contraint d’utiliser des centrales thermiques pour fournir du courant à sa population de plus de 500.000 habitants. Une grande partie de l’énergie qui alimente habituellement l’Etat de Roraima provient de la centrale hydroélectrique vénézuélienne de Guri, l’une des principales d’Amérique latine, qui selon Caracas aurait été «sabotée».
Les experts accusent en revanche le gouvernement socialiste de ne pas avoir investi pour entretenir les infrastructures alors que la crise économique fait rage.
Sur Twitter, le président Maduro a accusé les Etats-Unis : « La guerre de l’électricité annoncée et dirigée par l’impérialisme américain contre notre peuple sera mise en échec. Rien ni personne ne pourra vaincre le peuple de Bolivar et de Chavez. Patriotes, unissez-vous! » « La coupure de courant (…) n’est pas la faute des Etats-Unis, de la Colombie, de l’Equateur, du Brésil, de l’Europe ou d’où que ce soit. Les coupures de courant et la famine sont le résultat de l’incompétence du régime de Maduro », a rétorqué Mike Pompeo, chef de la diplomatie américaine. « Pas de nourriture. Pas de médicaments. A présent, pas de courant. Bientôt, plus de Maduro », a-t-il conclu.n