Par Wafia Sifouane
Stupeur et incompréhension, telles ont été les réactions des enseignants universitaires face à la décision du ministère de l’Enseignement supérieur d’avancer les vacances de printemps de douze jours. Une décision qui, en plus d’être complétement inattendue, n’a pas été justifiée par la tutelle.
Pour le Conseil national des enseignants du supérieur, aile Abdelhafid Milat, cette décision, qui est «une première» dans l’histoire de l’enseignement supérieur, est «purement politique». «Cette décision de fermer les universités est une décision purement politique qui a pour objectif principal de casser le mouvement de protestation des étudiants au sein des campus. Les autorités ont toujours eu peur des mouvements estudiantins, c’est pour cela qu’elles se sont empressées à l’étouffer même si elles savent que ces étudiants, qui ne pourront manifester au sein du campus, vont se fondre dans les manifestations populaires, le plus important pour la tutelle, c’est de maintenir le calme dans les universités», a indiqué le syndicaliste. Il a tenu à souligner le sentiment de crainte qu’éprouvent les autorités actuellement, «surtout après le succès de la grève nationale des enseignants universitaires à laquelle nous avons appelé le 5 mars dernier et qui a paralysé 18 universités sur l’ensemble du territoire national». Le coordinateur national du Cnes a annoncé que le syndicat compte réagir à cette décision «arbitraire» dans les prochaines heures. «Il est tout à fait clair que nous allons réagir. En ma qualité de coordinateur national, j’ai convoqué l’ensemble des membres du bureau national afin de décider de la meilleure réaction. Personnellement, je suis pour le rejet de cette décision, mais le dernier mot reviendra à la majorité», a-t-il conclu. De son côté, le Conseil national des enseignants universitaires, aile Abdelmalek Azzi, a également dénoncé la décision de Tahar Hadjar, la qualifiant de «complétement déconnectée» de la réalité. «Avancer les vacances de printemps, prévues le 21 mars, au 10 mars n’a rien de pédagogique. Il est clair et net qu’il s’agit d’une tentative d’étouffer les foyers de contestation estudiantins. Cela est vraiment ridicule et prouve que les autorités sont déconnectées de la réalité, car il ne s’agit pas d’un mouvement d’étudiants mais d’une dimension nationale», a-t-il indiqué, en ajoutant qu’il apportera la réponse du Cnes à cette décision dès aujourd’hui. Pour sa part, le Rassemblement actions jeunesse (RAJ) a qualifié la décision de Hadjar de «tentative du pouvoir pour affaiblir le mouvement populaire et pacifique en envoyant les étudiants en vacances avant le moment», peut-on lire sur la page officielle du Rassemblement. La section de l’université de Béjaïa de l’association a, d’ailleurs, lancé un appel à l’ensemble des étudiants
sur le territoire national à se présenter aujourd’hui à leurs universités et d’ouvrir les portes dans «une logique de désobéissance au ministère de l’Enseignement supérieur». Cet appel, largement relayé sur les réseaux sociaux, a vite trouvé écho auprès des étudiants qui comptent être nombreux aujourd’hui à occuper les campus pour dire «non» aux vacances surprises.<