Décision pour le moins inattendue que celle prise hier par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, qui a annoncé avoir avancé les vacances du printemps au 10 mars, soit à partir d’aujourd’hui, au lieu du 21 du mois en cours.

Le ministère cherche-t-il ainsi à affaiblir la dynamique populaire déclenchée depuis le 22 février, en fermant l’un des espaces les plus mobilisés et impliqués dans le mouvement de contestation qui cadence la scène nationale pour le changement du système, à savoir l’université ? Dans l’Arrêté n° 220 datant du
9 mars, modifiant et complétant l’arrêté 804 du 2 septembre 2018 portant calendrier des vacances universitaires au titre de l’année universitaire 2018-2019, le département de Tahar Hadjar indique que « les vacances de printemps sont fixées dimanche 10 mars 2019 au soir au 4 avril 2019 au soir », tandis que celles de « l’été sont fixées du jeudi 11 juillet 2019 au soir au 2 septembre 2019 au soir ». Si pour ces dernières, l’enjeu n’est pas tellement important au vu de la situation que traverse le pays, pour les premières, au contraire, le lien est directement fait. En effet, les étudiants et les enseignants devaient sortir en congé le 21 mars pour revenir le 5 avril selon le premier calendrier publié dans l’arrêté 804 du 2 septembre. Ainsi, au lieu de deux semaines, le ministère offre ainsi à la famille estudiantine et à celle des enseignants 10 jours de plus. Près d’un mois de congé, histoire d’éloigner cette grande masse qui se mobilise en force lors des actions de rue pour le changement. En effet, les étudiants ont, depuis le 22 février, toujours été au-devant des manifestations, maintenant la pression sur le système, même en dehors des grands rassemblements organisés les vendredis. Ils étaient, rappelle-t-on, les premiers à manifester à travers pratiquement toutes les universités du pays, au lendemain du dépôt par Abdelghani Zaâlane, représentant d’Abdelaziz Bouteflika, du dossier de candidature de ce dernier au Conseil constitutionnel, le 3 mars. Pour les manifestations de vendredi, les étudiants ont été les premiers à rejoindre le terrain. Idem pour les enseignants universitaires qui ont marqué leur adhésion à ce mouvement populaire, ne lésinant sur aucun effort pour mobiliser. Outre l’action de terrain, cette élite ne cesse de s’organiser vu les déclarations signées par des chercheurs et docteurs appelant le pouvoir à se soumettre aux revendications du peuple.
Les étudiants répliquent
La décision du ministère de l’Enseignement supérieur qui ne concerne pas, faut-il le préciser, le personnel administratif, technique et de service, a suscité la colère au sein de la famille universitaire. Sur les réseaux sociaux, les étudiants et les enseignants défient la tutelle en annonçant d’ores et déjà ce qui semble être «une désobéissance», appelant à «rester dans les campus et les universités ». Hier, des appels à la manifestation ont été lancés, pour aujourd’hui, au niveau de toutes les universités du pays. «Ne tombez pas dans le pièges! Ils ont avancé les vacances universitaires à demain et ont rallongé sa durée pour étouffer le mouvement. Ne cédons
pas ! Ne cédons rien ! Rendez-vous demain (aujourd’hui, Ndlr) devant toutes les universités du pays », peut-on lire dans l’un des appels. «L’université est la nôtre, pas la leur», dénoncent les étudiants qui promettent une réplique forte. D’autres étudiants ont appelé à un rassemblement devant le ministère de tutelle ce matin à 9h30. Même les partis politiques à travers leurs cadres et députés y ont vu une manière d’étouffer le mouvement populaire. Pour Ramdane Tazibt, du PT, « les autorités affolées par l’ampleur (des manifestations) veulent donner un congé de longue durée à tous ». « C’est un système qui veut casser un thermomètre en pensant que la température va baisser », a-t-il commenté. De son côté, Atmane Mazouz du RCD a écrit « le ministère de l’Enseignement supérieur décide de revoir le calendrier des vacances des étudiants en annonçant des «vacances anticipées» dans l’objectif d’affaiblir la dynamique citoyenne de changement». Et d’ajouter : «Ne cédons pas et continuons la mobilisation». Le Conseil national des enseignants du supérieur (Cnes) s’est dit pour sa part, «surpris» par cette décision. Son coordinateur national, Abdelhafidh Milat, « a entamé les contacts pour tenir une réunion extraordinaire du bureau national ».