Les marches populaires et pacifiques que vit le pays depuis trois semaines «émanent du peuple et des Algériens, sans que ces derniers ne soient manipulés ou orientés par une quelconque partie étrangère». Tel est le constat fait, hier à Alger, par les invités de l’ONG Rassemblement actions jeunesse (RAJ), à savoir l’avocat et défenseur des droits de l’Homme, Mustapha Bouchachi, et l’enseignant à la faculté d’Alger III, Boudjemaâ Redouane.
«Il n’y a pas de main étrangère dans ce mouvement. Même la diaspora est sortie avec les mêmes mots d’ordre en brandissant des slogans en arabe et en tamazight hostiles au système. Preuve que le mouvement est populaire et sans infiltration étrangère», a affirmé
M. Bouchachi. «Le peuple s’est senti humilié», insiste le défenseur des droits de l’Homme. Pour Me Bouchachi, «l’Etat est en crise, puisque les gens au pouvoir ne trouvent pas une personne consensuelle apte à leur garantir une sortie saine». Et de rappeler qu’«un Etat ne se repose pas sur une personne mais sur des institutions». Abondant dans le même sens, Boudjemaâ Redouane soutiendra que le pays «vit une crise de système et non de personne». Il relève que le peuple a atteint un degré de conscience et de maturité politiques qui l’ont fait sortir dans la rue. L’enseignant universitaire considère que «la notion de gouvernance absolue», établie au lendemain de l’Indépendance, «a détruit le pays et son passé» et qu’elle «menace son présent et son avenir». Cette politique est «un danger absolu pour l’unité du pays», alerte l’enseignant. A ses yeux, le pays devrait aller vers un système de «gouvernance démocratique», en séparant les pouvoirs juridique, législatif et exécutif des institutions de l’Etat. M. Redouane évoque également la nécessité d’avoir «un contre-pouvoir», avec une forte société civile qui aura pour principale mission de surveiller les institutions de l’Etat et leur fonctionnement.
Sur le mouvement populaire, qui en est à sa troisième semaine, l’enseignant universitaire se dit «étonné» de voir des manifestants aussi pacifistes dans les marches. «J’étais surpris de ne pas voir les manifestants user de violences alors que c’est un peuple qui a été violenté depuis de longues décennies». La priorité pour l’instant, selon Me Bouchachi, est de gérer cette «période de transition», en associant tous les Algériens au dialogue. «Il faut que les activistes réussissent à accompagner ce mouvement populaire, en ouvrant la voie au dialogue et au débat pour permettre l’interaction entre la société civile, les partis politiques, les universités et autres espaces de concertations».
Un dialogue qui dégagerait des instances et des institutions de transition, poursuit-il. «On veut protéger ce mouvement pacifique, sans nous accorder nous-mêmes l’autorité parentale dudit mouvement».
Dans cette logique, le défenseur des droits de l’Homme invite la société civile à être «opérationnelle» pour l’aboutissement du mouvement pacifiste, «sans précipitation» parce que, prévient-il, le système en place «n’est pas encore délogé». Le processus de transition, explique-t-il, est bâti sur le consensus. «La plus grande menace est de reproduire un système sans assise sociale », avertit-il, en référence au report de l’élection qui vise à «reproduire le même système».