C’est la militante Guenanèche Aouicha, épouse Baghli Abdelghani (commerçant dans la rue de Mascara), sœur de Mohamed (compagnon de lutte de Messali Hadj), qui eut le privilège de broder, à l’âge de 11 ans, le premier drapeau national qui sera brandi à l’occasion du défilé nationaliste de Belcourt de 1937.

Genèse de cet acte « artistique » héroïque. « Mes parents m’ont acheté, en 1936, une machine à coudre de marque Singer, la seule marque qui existait à l’époque. Je me suis appliquée pendant une année à apprendre à bien l’utiliser. Malgré mon jeune âge, je me suis spécialisée dans la broderie et mes travaux suscitaient un vif intérêt auprès des femmes qui venaient me voir à l’œuvre à la maison. Mon frère Mohamed, qui était tailleur à l’époque et travaillait avec Bentabet Abdelkrim de la rue Basse, a remarqué la qualité avec laquelle mes tissus étaient brodés à la machine à coudre. Il a alors, à la veille de la grande manifestation de Belcourt, décidé de me confier la broderie du premier drapeau national que je voyais pour la première fois. J’étais bouleversée de devoir accomplir une telle tâche dont je n’imaginais pas à l’époque l’ampleur et la portée vis-à-vis du peuple algérien », raconte-t-elle dans un émouvant et non moins mémorable témoignage. C’est son frère Mohammed et Emilie Busquant, l’épouse de Messali Hadj, qui ont dessiné le drapeau et découpé le tissu vert et blanc avant de le confier au militant Abdelkader Bestaoui, artisan-brodeur travaillant le cuir. Quant à Guenanèche Aouicha, elle a réalisé ce qu’on appelle le point lancé, c’est-à-dire brodé tout l’intérieur et le pourtour du croissant et de l’étoile en rouge écarlate. Le drapeau est parvenu clandestinement, le 13 juillet 1937, dans l’après-midi à Alger où il fait son apparition publique le lendemain, soit le 14 juillet 1937. Après le rassemblement historique de Belcourt, l’emblème, bien plié, mis dans un sachet, est revenu à Tlemcen pour être remis à Kheïra Mamchaoui, la sœur de Messali Hadj qui habitait dans une maison située à Bab El Djiad, entre le quartier R’hiba et Ars Didou. Par précaution, cette dernière a caché le drapeau dans un trou du mur à l’intérieur de sa douera. Une genèse corroborée par Hadj Khaled Merzouk, ancien militant du PPA, écrivain, selon qui le drapeau algérien avec son croissant rouge et une étoile, fut confectionné à Tlemcen plus précisément le 21 août 1936 par la militante Aouicha Guenanèche. Ce drapeau a été ensuite façonné par la Française Emilie Busquant, épouse de Messali Hadj, qui l’a auparavant dessiné sur papier. Un dessinateur tunisien nommé Chadli Kheir Allah lui a donné une forme triangulaire. Ensuite c’est l’Etoile nord-africaine qui décide de lui donner la forme rectangulaire. Il faut savoir que le drapeau national fut hissé clandestinement, pour la première fois, à Tlemcen, à l’occasion de la tenue du premier camp fédéral, en juillet 1944, au niveau de la forêt des Petits perdreaux à Lalla Setti, où fut entonné le célèbre chant patriotique de « Min Djibalina ». Hadja Guenanèche Aouicha a aujourd’hui 93 ans ; elle est née le 17 mars 1926 à El Kalaâ supérieure (Tlemcen).n