Les activités commémoratives de la 25e année de la disparition du dramaturge Abdelkader Alloula, ciblé par les balles des terroristes un funeste 10 mars 1994, avant de succomber à ses blessures le 14 mars 1994, ont débuté samedi dernier au Théâtre régional d’Oran (TRO) avec la présentation d’une nouvelle reprise  de la pièce «El-Adjwad» (les généreux) proposée par la compagnie artistique locale Istijmem.

Plusieurs jeunes comédiens, dont Rihab, la fille du regretté dramaturge, sont distribués dans cette production en partenariat entre le TRO et la Fondation Abdelkader-Alloula. La mise en scène est signée Jamil Benhamamouch, neveu d’Alloula, qui a choisi d’ouvrir sur une chanson au rythme du reggae, inaugurant ainsi l’œuvre qui explore la société avec humour en prenant prétexte des conditions professionnelles de ses personnages. Plusieurs anciens compagnons d’Alloula, présents à la représentation, se sont félicités de la reprise d’ «El-Adjwad » par la troupe Istijmem, à l’instar du comédien Abdelkader Belkaïd qui campa un rôle dans la première version, en 1985, et d’Azri Ghaouti qui fut metteur en scène-assistant du regretté dramaturge, rapporte l’APS.
«Arlequin valet des deux maîtres» le 16 mars à Oran et le 20 mars à Alger
Les activités de cette commémoration seront clôturées le 16 mars au TRO par la générale de la nouvelle version de la pièce «Arlequin valet des deux maîtres», mise en scène par Ziani Cherif Ayad d’après une adaptation du dramaturge Mohamed Bourahla, basée sur le texte d’Alloula, a indiqué le directeur du TRO. Il est à noter que la pièce sera présente du 20 au 22 mars sur les planches du Théâtre national d’Alger (TNA). Le montage de la pièce avait été entamé en novembre dernier au TNA au titre de la première phase des répétitions qui se sont poursuivies au début de ce mois de mars au TRO. Alloula avait traduit et mis en scène l’œuvre originale de l’Italien Carlo Goldoni (1707-1793), qui lui valut un franc succès en 1993. Lors de la conférence de la présentation de cette coproduction à Alger, le directeur du TRO Mourad Senouci avait expliqué que les motivations de l’adaptation par Alloula, à l’époque de cette pièce, sont toujours d’actualité. La première raison est qu’en 1993, le monde entier célébrait le bicentenaire de Carlo Galdoni, Alloula avait alors estimé, au moment où l’Algérie était isolée du reste du monde, qu’«en tant qu’Algériens nous faisons partie de l’humanité et c’est de notre droit de participer à cette célébration comme tous les théâtres du monde». Deuxièmement, Alloula avait aussi écrit que, dans le contexte sanglant de l’époque, il était important que face à la haine, il fallait semer l’amour, la thématique centrale de la pièce, dans le cœur de la jeunesse, en estimant qu’«en 1993, on vit le sang et la discorde, en opposition, on propose l’amour». Le troisième point mis en exergue par Alloula est le fait que la jeunesse n’avait pas de pièces divertissantes spécialement destinées pour elle et il est important d’offrir à ces jeunes des pièces de qualité qui leur parlent. C’est dans le même esprit, surtout du troisième point soulevé par Alloula, que le directeur du TRO avait ainsi expliqué que cette situation perdure aujourd’hui, car il y a très peu de créations théâtrales destinées à la jeunesse. Ainsi, il avait affirmé que «cette tranche d’âge qui vit, soit la préadolescence ou l’adolescence, est une tranche d’âge importante où se construit la personnalité des générations futures et qui n’a accès qu’à des divertissements où la réflexion est absente. Il est important que l’on puisse offrir des pièces de qualité qui leur sont spécifiquement destinées, où il s’agit de développer, partager et échanger des idées».