Dans le cadre de son ciné club du samedi et en hommage à la femme algérienne à l’occasion du 8 mars, la Cinémathèque algérienne a projeté en avant-première le documentaire «Le Retour des Cigognes» de Yazid Arab, qui a suivi de près un groupe de jeunes filles défilant dans les rues d’Alger en haïk algérien. Le documentaire est également une performance artistique de l’artiste Souad Douibi et des filles « Belaredj » (cigognes), toutes en haïk d’un blanc immaculé.

Le public peu nombreux à découvert une nouvelle facette du haïk, ce coupon de tissu de couleur blanche qui couvrait le corps de la femme algérienne, surtout les Algéroises de l’antique citadelle. Au-delà de son aspect fonctionnel, le haïk symbolisait aussi le respect, la dignité et surtout la pudeur. Cette étoffe, dont la femme ne pouvait sortir sans et encore moins s’en passer, sublimant amplement sa beauté avec une touche de sensualité. La large étoffe qui la couvrait de la tête aux chevilles lui donnait l’allure d’une cigogne. Même, si chez nos aïeules, de la plus âgée à la plus jeune, le haïk était sacré, avec le souffle de la modernité il a été remisé au placard ou au fond des armoires, dont il ne ressort que pour des occasions exceptionnelles. Afin de tenter de faire revivre le haïk, faisant partie de la tradition algérienne, Souad Douibi, artiste plasticienne, organise avec le groupe «Belaredj» des défilés haïk, en pleine rue et dans les grands boulevards en Algérie et à l’étranger. Le documentaire relate le mouvement de jeunes femmes se revendiquant comme «les avant-gardistes du haïk», passionnées de ce symbole féminin algérien authentique. Sur grand écran, les spectateurs ont découvert comment Souad Douibi et son groupe sont la cible d’attaques via les réseaux sociaux et dans la rue par des groupes féministes et des extrémistes religieux. Pour les uns, c’est une façon de brimer la femme, pour les autres, ce tissu blanc d’antan ne sied pas avec leurs perceptions religieuses du voile.
Lors du débat qui a suivi la projection, Yazid Arab affirme que «ce documentaire a deux voix, une littérale et l’autre abstraite. Moi je n’interviens pas». En précisant : «Je ne fais pas de film historique ou médiatisé, ou sur ce qui se passe en ce moment. Ce qui m’a intéressé, c’est que le haïk était porté par toutes les franges de la société.» Il expliquera aux présents que c’est lors du défilé des jeunes filles avec cette tenue traditionnelle à Alger qu’il a eu l’idée d’en faire un documentaire. Il souligne à ce sujet que «cela m’a tout de suite attiré. D’ailleurs le public a été nombreux à les apprécier. Cela m’a aussi donné l’idée de faire un documentaire car le sujet le mérite amplement.» Il précise toutefois : «Je ne voulais, en aucun cas, parler de l’histoire du haïk. Mon film est très simple, j’ai surtout voulu parler de ces jeunes filles et leur démarche à promouvoir cet habit ancestral.» A propos des images d’archives qui parlent de la cigogne et de la Casbah d’Alger, le réalisateur explique qu’il a réussi à avoir ces images par L’Institut national de l’audiovisuel (INA), en France. «J’ai pu les avoir grâce à une amie de l’INA… ces images sont datées de 1949. En Algérie, nous avons toujours rencontré un problème pour accéder aux archives», a-t-il indiqué. En marge du débat, le réalisateur nous confie : «J’ai déjà travaillé avec de grands noms du cinéma français, comme Hervé Bourges, Jérôme Sesquin ou encore Bruno Ulmer. D’ailleurs, je suis sur un film fiction dont le tournage débutera au mois de mai prochain.» Yazid Arab nous annonce que cette nouvelle production s’intitule «Prends-moi sous ton aile» et traitera du phénomène de l’émigration mais via les réseaux sociaux. Et de conclure : «Aujourd’hui, on arrive à se marier et à aimer grâce à internet. Ce film narrera l’histoire d’un jeune Algérien, qui épousera une femme d’un certain âge, afin d’avoir une vie meilleure.»n