Sans doute découragé par la lenteur, voire l’absence de travaux, le wali de la wilaya de Constantine a invité le directeur général de l’AADL à venir constater par lui-même l’immense bourbier, et c’est un euphémisme, qu’est devenu le projet des 6 000 logements situé à Didouche-Mourad, à 15 km du chef-lieu de wilaya.

Erretba, le lieu censé accueillir des logements pour les souscripteurs AADL 2, est situé sur une colline abrupte caractérisée par une pente qui dépasse les 20 %. Erretba est une terre agricole, une terre végétale d’une profondeur de 8 mètres, au minimum, « ce qui la rend inéligible à toute construction, encore moins des immeubles et des routes », nous avait affirmé Mourad B. un architecte, lors de la visite au mois de janvier du ministre de l’Habitat, Abdelhamid Temmar. Ce site, critiqué par des ingénieurs et des architectes locaux, avant l’entame des travaux, se révèle un vrai gouffre financier et de… sottises. Les Chinois qui ont décroché la réalisation du plus gros lot d’Erretba ont plié bagages, en comprenant l’impossibilité d’aller au bout des travaux. D’ailleurs, les logements récents à Ksar Leqlal, situés sur un terrain similaire à celui d’Erretba, de beaux duplex, commencent à présenter de dangereuses lézardes malgré leur construction nouvelle. Le Directeur général de l’AADL s’est donc rendu, presque en catimini à Constantine, sans doute en raison des manifestations de la population, annonçant que les premiers logements seront livrés l’été 2019. Pas de date précise, ni comment rattraper le retard accumulé, et surtout par quelle baguette magique les problèmes des terrains meubles, glissants et en pente allaient être résolus. Saïd Rouba, le directeur général de l’AADL, se contentera de déclarer que « des dispositions pour faire avancer le chantier allaient être prises et des instructions fermes seront adressées aux entreprises sur le terrain », espérant rattraper le retard énorme enregistré dans l’édification de logements qui auraient dû être livrés et habités il y a des mois. Saïd Rouba promettra aussi de « libérer » les entreprises défaillantes, oubliant au passage que la quasi-totalité des entrepreneurs ont tout simplement abandonné les chantiers, sans demander leurs arrhes, devant les travaux d’Hercule qui les attendaient sur le site d’Erretba. Et de déclarer « qu’il allait suivre les travaux des 6 000 logements par vidéo » ! Mais sur place, les nombreuses nappes d’eau stagnante, les semelles fissurées et la gadoue permanente prédisent le pire. La plupart des engins, quant à eux, étaient prisonniers des nombreux «pièges» tendus par la nature qui n’a pas voulu abdiquer devant les transformations de sa tourbe. Et ce ne seront pas les instructions pour doubler la cadence des travaux qui vont arranger les choses, « car la nature même du terrain rend impossible toute construction. Cela pourrait se faire, mais dans des prévisions temporelles à multiplier, ainsi qu’un budget à revoir très abondamment vers la hausse. Et tout cela ne garantira pas des immeubles et des routes en bon état », nous affirmera encore notre interlocuteur architecte. Le wali de Constantine avait ameuté le Directeur général de l’AADL, constatant l’impasse dans laquelle s’est engouffré le projet d’Erretba, et selon ses proches collaborateurs, il aurait pensé tout haut sur place : « C’est un site difficile, très difficile », d’où sans doute le SOS émis à l’intention de l’AADL pour la mettre devant ses responsabilités.n