La plupart des wilayas du pays ont connu hier, une journée mouvementée. Des grèves suivies, parfois, par des manifestations ont été enregistrées dans les quatre coins du pays. Répondant à des appels anonymes lancés sur les réseaux sociaux, la majorité des commerces ont maintenu les rideaux baissés durant la matinée d’hier.

Le mot de grève a été largement suivi à Alger-Centre, Boumerdès, Béjaïa, Tizi Ouzou, Sétif, Bourdj Bou Arriridj, Oum El Bouaghi, Batna, Bouira, Ouargla, Biskra, Tlemcen, Chlef et autres.
Cependant, en début d’après-midi, le taux de suivi a baissé suite aux appels lancés sur les réseaux sociaux par des activistes pour l’arrêt de la grève. Des commerçants dans de nombreuses localités ont ouvert les portes de leurs magasins. Les stations de services ont repris progressivement le travail à partir de 13h.
Les travailleurs du secteur industriel en grève
Les travailleurs du secteur industriel public et privé ont adhéré massivement à la grève. Tôt le matin, les travailleurs de la zone industrielle d’Akbou à Béjaïa ont investi la rue après avoir abandonné les ateliers. Ils ont marché depuis la zone jusqu’au centre-ville d’Akbou. Toujours à Béjaïa, les travailleurs du port, du complexe agroalimentaire de Cevital et des autres unités industrielles de la région ont déserté leurs postes de travail pour rejoindre le mouvement de grève.
La même ambiance a été enregistrée à la zone industrielle de Bourdj Bou Arriridj où des centaines de travailleurs ont tenu un rassemblement de soutien au mouvement.
A la zone industrielle de Rouiba, la grève des travailleurs s’est transformée en affrontements avec les forces de l’ordre. En quittant leurs ateliers, les travailleurs des différentes unités industrielles de l’est d’Alger ont tenté d’organiser une marche vers le centre d’Alger, mais les éléments de la Gendarmerie nationale les ont empêchés d’avancer. Des grèves et des marches ont été signalées dans le secteur industriel à Annaba, Skikda, Adrar, Hassi Messoud, Tiaret et autres.
Les ports touchés par la grève
Le port de Béjaïa a été paralysé hier, par une grève générale menée sans préavis des travailleurs. Toutes les activités étaient à l’arrêt. Idem pour le port de Skikda qui a connu une paralysie totale. Tandis que les ports de Annaba, Djendjen et Alger ont enregistré un suivi mitigé de la grève.
Le secteur des services bloqué
La majorité des administrations et des banques publiques ont gardé leurs portes fermées.
Les communes par exemple ont adhéré massivement à la grève. A Tizi Ouzou en autres, le taux de suivi de la grève a atteint les 100%.
Le même taux est signalé dans la wilaya de Béjaïa et Bouira.
Les bureaux de postes ainsi que les banques ont préféré ne pas travailler. Les employés de la direction
d’Algérie Télécom à Alger ont préféré rester devant la poste pour marquer leur soutien au mouvement de grève. Les agences de l’entreprise dans les wilayas ont fait de même. Le transport urbain et inter-wilayas a connu aussi de grandes perturbations. Très peu de trains et de bus ont assuré le service durant la journée d’hier.
Tour d’horizon à travers les régions
A Tipasa, les habitants de la wilaya dont les commerçants ont répondu en masse pour baisser leurs rideaux restent désemparés face à l’appel de grève générale qui ne semble pas avoir leur adhésion tant celui-ci est entaché de flou.
La quasi-majorité des commerçants rencontrés par Reporters à Tipasa, Hadjout, Nador, Bou Ismaïl et des échos reçus des grandes villes de la wilaya, Cherchell, Koléa et Fouka sans oublier celles de l’ouest comptait reprendre le travail l’après-midi ne se sentant pas convaincus par cette mesure qui va punir les citoyens qui commencent déjà à se démener pour faire leurs achats et risquent de payer le prix cher avec le retour du bâton qu’est la pénurie qui va encore profiter aux barons de l’informel.
La peur était quasi générale chez les commerçants qui voulaient ouvrir mais qui ont eu peur des représailles. De qui, avez-vous peur ? leur avons-nous posé la question. On n’en sait rien, répondent-ils unanimement, peut-être des jeunes ou des groupuscules provocateurs peuvent venir nous attaquer ou s’attaquer à nos locaux si on ne ferme pas. La peur était tellement visible que la majorité sont restés aux abords de leurs commerces attendant juste le feu vert d’ouverture et d’autres ont ouvert à moitié leurs rideaux ou se sont carrément assis à l’entrée de leurs échoppes pour réagir en fonction du développement de la situation.
Les citoyens désemparés et dans l’expectative
Si les manifestations pacifiques avaient semblé avoir obtenu l’accord de la majorité de la population, cet appel à une grève de 5 jours ne convainc personne et encore moins les commerçants qui veulent gagner leur vie tranquillement et ne pas mettre leur commerce en danger. Faire des arrêts symboliques, d’une matinée une fois pas semaine par exemple, nous dira un fonctionnaire ne serait pas une mauvaise idée, mais de là à bloquer tout un pays qui ne travaille pas beaucoup déjà, il pense que c’est une erreur tactique qui risque de nous être fatale.
Les interrogations sont, également, très nombreuses quant aux auteurs de l’appel à la grève de 5 jours qui ne sert pas l’intérêt du pays et encore moins celle du citoyen qui va galérer pendant une semaine pour se nourrir. Les seuls commerces qui sont restés ouverts hier matin sont ceux des boulangers, des cafés, les pharmacies et quelques échoppes
de jeunes revendeurs de téléphone portable dont ceux de la marque chinois OPPO qui avaient, le week-end, appelé les revendeurs et les travailleurs de son siège à travailler normalement. Après l’euphorie des marches pacifiques qui ont touché toutes les communes de la wilaya, de nombreux citoyens commencent à exprimer de l’inquiétude face à l’avenir et appellent de leurs vœux une réaction des pouvoirs publics dans le sens de l’apaisement des esprits.

Ville fantôme à Tizi Ouzou !
Le mot d’ordre de la grève générale a été largement suivi dans la wilaya de Tizi Ouzou et aucun secteur d’activité n’a été épargné par le mot d’ordre qui a pris effet, hier, après avoir été lancé, il y a quelques jours, sur les réseaux sociaux, à la suite des marches populaires ayant débuté le 22 février dernier.

La capitale du Djurdjura comme les autres villes, agglomérations et localités de la wilaya était ville morte avec tous les commerces fermés et une circulation automobile réduite au maximum. Les fonctionnaires de l’administration publique (APC et wilaya) ont également déserté leurs postes. Le secteur économique s’est, lui aussi, mis en grève. Plusieurs entreprises du secteur public, à l’instar de l’Eniem, ont observé la grève qui a néanmoins causé quelques nuisances aux citoyens qui ont dû faire face à la montée subite des prix des fruits et légumes, suite au grand rush observé, la veille de la grève, au niveau des marchés pris d’assaut par les citoyens pour s’approvisionner en grande quantité. Autre désagréments, les populations issues des localités enclavées n’ont pas pu rejoindre leurs lieux de travail, faute de moyens de transport. Les gares routières étaient totalement vides. Ainsi, les établissements scolaires tous paliers confondus de l’éducation nationale étaient paralysés, puisque les enseignants n’ont pas pu rejoindre leurs écoles. Ce qui a obligé les responsables de l’administration de libérer les élèves.
A El Tarf, la quasi-totalité des commerçants ont répondu à l’appel lancé par les réseaux sociaux pour participer à la grève en baissant les rideaux de leurs magasins dès les premières heures de la journée d’hier. Même la Grande-Poste, la recette principale, les banques BNA, BADR BDL ont débrayé, sans compter certaines stations d’essences.
A Constantine, et malgré les appels au calme et le boycott de la grève, la presque quasi-totalité des commerces de première nécessité étaient fermés. Même les grossistes en produits parapharmaceutiques et les pharmacies sont restés portes closes. Des enfants renvoyés de leurs lycées et CEM erraient dangereusement entre les rares voitures. Une tension sur le pain était déjà perceptible dès les premières heures de la matinée, de même que de légères chaînes au niveau des stations d’essence. Nous avons joint Naftal Bounouara où il nous a été confirmé que la distribution de carburants continuera à se faire normalement. Mais au niveau de l’ex-Sonacome à Oued H’mimime, Khroub, construction de tracteurs, les travailleurs n’ont pas rejoint leurs ateliers, répondant aux mystérieux appels de la grève générale. Au siège central de la Cnas, les travailleurs ont passé la matinée à faire grève pour reprendre le travail quelques minutes après, suivant des mots d’ordre contradictoires de leurs représentants syndicaux de l’UGTA.
A Ali Mendjeli, nous avons voulu avoir la confirmation de la destruction de l’agence bancaire BNP, et de l’intrusion de policiers aux agences Actel et Cnas pour les inciter à participer à la désobéissance civile. Finalement, et après un parcours en voiture exempt de circulation, infernale d’habitude en début de semaine, il s’avère que la Banque française se porte bien, et qu’il y a eu, effectivement, des policiers qui sont allés rendre visite à plusieurs entreprises étatiques, mais seulement pour leur conseiller d’éviter de faire sortir dans la rue des véhicules siglés et éviter d’éventuelles agressions contre des signes et des logos étatiques. Ce que nous confirmera un responsable des agences Actel. A Oum El Bouaghi, les commerçants du chef-lieu de wilaya et des autres grands centres urbains de Ain Beida, Ain Mlila, Ain Fakroun, Ain Babouche ont répondu à l’appel de grève. Au moment où régnait l’ambiance d’une ville désertée, ce sont les lycéens qui sont entrés en action dans le mouvement en séchant les cours pour sillonner les artères de la ville. A Bordj Bou Arreridj, laiteries, boulangeries, épiceries, marchés… tout est fermé. Les rues sont désertées, hormis quelques groupes de badauds. Le syndrome a même touché les infrastructures de santé, qui habituellement ne désemplissent pas de patients.

Fièvre acheteuse et questionnement
A Tlemcen et ses environs, le mot d’ordre de grève lancé dans le cadre de la désobéissance civile a été largement suivi. Déjà, la veille (le samedi), les magasins d’alimentation générale, les boulangeries, les stations d’essence étaient pris d’assaut par les citoyens en prévision de cette grève. Une fièvre « alimentaire » s’est emparée des citoyens.
Ce dimanche, la rue commerçante El Qissaria ? était déserte ; la Grande-Poste du Bd Colonel était fermée. Les magasins ont baissé rideau. Les taxis ont disparu de la circulation et le transport public était réduit à sa portion congrue A. Chetouane, sur cinq boulangeries, une seule a fonctionné à titre de « service minimum ». La vente du pain de maison prospérait. Dans la file interminable, les discussions allaient bon train et les avis étaient partagés quant à cette grève. La plupart des commerces (alimentation générale, boucheries, fruits et légumes) ont boudé les chalands. Nonobstant, les cafés qui sont restés ouverts comme pour «absorber » tacitement les attroupements. A Boumerdès, la grève a été massivement suivie à travers le chef-lieu et dans toutes les localités de la wilaya. Les commerces, les transports, les entreprises publiques et privées, les institutions d’Etat et les établissements scolaires étaient fermés dès la matinée. A Béchar, l’appel à la désobéissance civile a été partiellement suivi par les commerçants et fonctionnaires de cette wilaya du sud. En effet, des dizaines de commerçants ont fermé leurs magasins. Aussi, nous avons appris que la visite du ministre du Tourisme et de l’Artisanat, M. Abdelkader Benmessaoud, à Béchar, prévue ce lundi a été reportée. Pour les observateurs, ce report serait lié à la situation actuelle du pays.
Dans la ville de Sidi Bel Abbés, l’activité commerciale a cessé de façon partielle après de nombreux commerçants, boulangers et bijoutiers du quartier Graba et autres cités du quartier Sidi Djilali ont baissé les rideaux, tandis que les commerçants du centre-ville, les administrations publiques, les banques et les bureaux de postes ont ouvert leurs portes au public. La grève des commerçants a mis dans l’embarras les ménages qui n’ont pas trouvé où faire leurs courses. Les transporteurs urbains et collectifs privés n’ont pas par contre suivi la grève. Dans la wilaya de Sétif, l’appel à la grève générale qui a été lancé ces derniers jours anonymement sur les réseaux sociaux a été partiellement suivi. En effet, dès les premières heures de la matinée d’hier, plusieurs commerces restaient fermés à l’exception de certaines boulangeries et supérettes qui ont assuré un service minimum. Par ailleurs, plusieurs pharmacies ont ouvert toute la journée d’hier à travers le territoire de la wilaya de Sétif. Fréquenté par des milliers des commerçants détaillants, le grand marché Dubai dans la ville commerciale d’El-Eulma est resté toute la journée d’hier fermé. Pour le transport en commun, les transporteurs privés ont adhéré à cette grève générale et les gares routières du chef-lieu et les grandes villes étaient désertes hier. A Annaba, la majorité des employés du secteur public ont organisé des sit-in au niveau de leurs lieux de travail respectif, pour démontrer que tous les secteurs sont avec le Hirak populaire. Tous les commerces sont fermés. Dans l’après-midi, l’entreprise portuaire de Annaba, ainsi que la banque privée Société Générale ont fini par boycotter la grève après y avoir pris part durant la matinée, a-t-on constaté.<