Pourquoi l’industrie pétrochimique tarde à démarrer dans notre pays alors que son impact positif n’est plus à démontrer ? Une question qui a fait le tour de table lors d’un panel autour du thème « le développement de la pétrochimie en Algérie », inscrit au programme des conférences du Salon international North Africa Petroleum Exhibition et Conférence (Napec 2019) qui se tient au Centre des conférences d’Oran du 9 au 13 mars courant. Pour le paneliste Saïd Boukkobal, expert consultant, « la valorisation de nos ressources d’hydrocarbure est devenue impérative si l’on veut enfin se mettre à l’abri des fluctuations dues à la baisse des prix du baril de pétrole dont le pays dépend à plus de 95% ».
Et d’expliquer dans ce sens : « Il faut savoir que quand les cours du baril baissent ceux des produits issus de l’industrie pétrochimique ont toujours tendance à s’élever. A partir de cette donne, le pays aurait fort à gagner en développant au plus vite son industrie pétrochimique. » Comme il a rappelé que «des initiatives dans ce sens ont été enregistrées ces dernières années, mais rien de concret ne s’en est suivi, si ce n’est la capacité de production de méthanol au niveau de la raffinerie de Skikda qui est passée de 15 millions de tonnes par an à 18 MT/an. Sans compter la signature d’une joint-venture partenariat entre la Sonatrach et le géant mondial dans le secteur de la pétrochimie, à savoir le groupe français Total, pour la construction d’une usine de production de propylène dont l’entrée en production est prévue en 2020 avec une cadence de production élevée à partir de 2023 ». Ce projet peut rendre sceptique plus d’un observateur dans la mesure où, faut-il le souligner, Total et Sonatrach avaient convenu en 2013 de réaliser une usine pour la production de crakerch-méthane mais qui n’a pas à ce jour connu d’avancement,
« c’est à croire que le contrat a été résilié », a lancé Boukkobal. De ce fait, il dira : « C’est peut-être là un élément de réponse à la question pourquoi chez nous, l’industrie de la pétrochimie n’arrive toujours pas à décoller ?» Ce dernier, dans un franc parler, a enfin lâché : « Chaque fois que l’on croit que les choses ont avancé, on se retrouve à la case départ. En clair, et il est regrettable de le souligner, chaque nouveau responsable juge que tout ce qui a été fait par son prédécesseur est à abandonner et de passer à un autre plan de travail pour tenter de lancer le secteur. »
De son côté, Adil Ouriaghli, vice-président de Business Développement chez le groupe Total, s’est montré plutôt optimiste quant à l’idée de multiplier les activités de son groupe en Algérie. « Comme cela se fait dans d’autres pays où nous sommes présents », a-t-il révélé, et de citer au passage le projet de l’usine de propylène qui sera implantée à Arzew, mais point de mot sur le projet du cracker méthane.
Autre paneliste à intervenir, Belgacem Mayouf, conseiller auprès du ministère de l’Industrie et des Mines. Ce dernier a retracé le cheminement de l’industrie pétrochimique en Algérie. Ainsi, il a rappelé que si le pays a réalisé des avancées considérables en matière de production d’ammoniac et d’urée au point de répondre à la forte demande du secteur de l’agriculture et dégagé des surplus qui sont exportés, « il n’en demeure pas moins que pour ce qui concerne les polymères, dont le pays est grand demandeur, nous continuons d’en importer à grands volumes. Et pourtant, nous pouvons changer cette tendance dans la mesure où le pays dispose d’énormes potentialités qui lui permettraient de se rendre autonome en la matière. » Mais, selon Mayouf, « il s’agira pour ce faire de dénicher un opérateur étranger, leader dans le domaine de production de polymères, qui soit prêt à investir avec nous selon la devise gagnant-gagnant. » Lors des débats, il a été suggéré dans la perspective de rendre effectif le développement de la pétrochimie, de faire dans un premier temps un diagnostic et ensuite, «sans trop tarder», se projeter dans l’investissement à grande échelle.
« Nous sommes amenés à prendre des décisions qui puissent aller dans ce sens », se sont accordés à dire les panélistes.<