La décision du chef de l’Etat de reporter le scrutin présidentiel, de ne pas s’y présenter et d’annoncer la nomination d’une nouvelle équipe au gouvernement représentent, à ne pas en douter, un geste d’ouverture républicaine en direction de l’opinion publique – qui s’est exprimée massivement depuis les marches du 22 février 2019 contre la perspective d’un cinquième mandat. C’est aussi un message de recadrage à toutes les parties d’opposition qui ont appelé depuis le début de la contestation à un départ hic et nunc du président.
A ces parties, il est précisé que la transition est une affaire trop sérieuse pour qu’elle soit lancée dans la précipitation ; d’où sa déclaration que, outre la nomination d’un «gouvernement de compétences » qui aura à charge de gérer les affaires du pays, il y aura sous sa houlette l’organisation et la conduite de la «Conférence nationale inclusive et indépendante» qu’il avait promis d’organiser dans la déclaration de candidature présentée par Abdelghani Zaâlane le 3 mars dernier. Ce document suscitera peut-être un débat durant les jours à venir puisque le chef de l’Etat affirme dans sa lettre, hier, qu’il « n’a jamais été question » pour lui de briguer un nouveau mandat en raison de son «âge » et de son « état de santé», n’était le devoir ultime auquel il se devait d’accomplir. Il restera en tous cas comme une information à prendre en considération pour ceux qui feront l’histoire des folles journées vécues par l’Algérie depuis ce fameux 22 février, une « date référence», comme l’a jugé sans erreur entre autres Louisa Hanoune.
L’essentiel, bien sûr, est dans le fait que cette conférence pour le changement de logiciel se fera sous la houlette du chef de l’Etat et de son nouveau gouvernement et qu’elle «sera dotée de tous les pouvoirs nécessaires à la discussion, l’élaboration et l’adoption de tous types de réformes devant constituer le socle du nouveau système » de gouvernance que les Algériens ont dit souhaiter. En d’autres termes, le président de la République, qui a entendu l’appel de l’opinion nationale pour le changement par une forte initiative d’apaisement et de sens aigu de la responsabilité, demeure le maître du jeu en ce qui concerne la préparation de ce changement qui devrait conduire à l’instauration d’une deuxième République. Ce sera l’ouvrage de la nouvelle équipe exécutive dirigée par le duo Bedoui-Lamamra et des compétences qui seront engagées pour la conférence nationale.