Les avocats ont protesté hier dans les quatre coins du pays pour revendiquer le respect des principes de l’Etat de droit. Répondant à l’appel, lancé mercredi dernier par l’Union nationale des Ordres des avocats (Unoa), les robes noires ont organisé des rassemblements et des marches pratiquement dans toutes les wilayas.

A Alger, ils étaient plusieurs centaines à tenir un rassemblement au siège de la Cour d’Alger au Ruisseau. Les services de sécurité les ont empêchés de sortir dans la rue, ce qui a provoqué des bousculades et des altercations entre quelques avocats et les forces de l’ordre. Prenant la parole, le bâtonnier d’Alger a rappelé les revendications de l’Unoa et sa position par rapport à la révolte populaire en cours dans le pays. A Blida, les services de sécurité ont également empêché les avocats de quitter la Cour de justice de la ville pour aller manifester dans les rues. Toutes les tentatives des robes noires de sortir ont échoué. Des habitants de la ville ont tenu un rassemblement devant la Cour de justice de Blida en soutien aux avocats interdits de marcher. En effet, des dizaines de personnes ont scandé des slogans hostiles au pouvoir et demandé la levée de l’interdiction de marcher imposée aux avocats de la ville des Roses. Si à Alger et Blida, les avocats ont été empêchés de marcher, ce n’est pas le cas à Bouira, Oum El Bouaghi, Béjaïa et Tizi Ouzou et bien d’autres villes. Les avocats ont pu effectuer leurs marches sans aucune contrainte. Ils ont marché dans les rues en toute liberté, indiquent nos sources locales. A noter aussi que les marches des avocats à Guelma ont connu la participation des juges ainsi qu’à Ouargla, où les juges ont également apporté leur soutien au mouvement populaire. Un juge a même pris la parole devant la foule pour annoncer leur soutien à l’action des avocats et à la revendication du peuple algérien. Dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux, Maître Mustapha Bouchachi a rassuré le magistrat du soutien des avocats à leur démarche qui consiste à se démarquer du ministère de tutelle. Parmi les revendications exprimées par les avocats, figurent l’annulation de l’élection présidentielle, la formation d’un gouvernement d’union nationale, le rejet de la candidature du chef de l’Etat Abdelaziz Bouteflika et l’instauration d’un Etat de droit. Nous avons appris, par ailleurs, que l’Union nationale des Ordres des avocats envisage d’appeler à de nouvelles actions de protestation au cours des prochains jours, notamment si le Conseil constitutionnel maintient la date des élections.
Tour d’horizon de la mobilisation
A Tipasa, les avocats se sont retrouvés au cours d’un grand rassemblement devant le siège de la cour de justice avant de sillonner la rue principale en passant par le tribunal administratif où se préparent les élections du scrutin du 18 avril. Les avocats ont scandé des slogans appelant au respect de la constitution, de la volonté populaire qui s’est largement exprimée lors des marches pacifiques. Les manifestants ont entonné de nombreux chants révolutionnaires exprimant des revendications de liberté pour le pays et imprimant à leur marche un caractère révolutionnaire pour un changement pacifique dans l’intérêt du pays. A Béchar, des dizaines d’avocats, en robes noires, se sont regroupées à l’intérieur du siège de la cour, avant d’organiser leur sit-in. A Ghardaïa, plus de 70 avocats, dont une vingtaine de femmes, inscrits à la Cour de Ghardaïa et affiliés au bâtonnat de Médéa, ont organisé un sit-in sur l’esplanade de la mairie de Ghardaïa.
Drapés pour certains de l’emblème national, ils ont brandi des pancartes sur lesquelles on pouvait lire notamment, « non au 5e mandat », « La défense est la voix du peuple », « respect de la Constitution » et « les libertés constitutionnelles sont une ligne rouge ». Le sit-in s’est terminée comme il a commencé : pacifique et sans incidents à signaler.
A Sidi Bel Abbès, les avocats du bâtonnat ont également observé un sit-in devant le tribunal, pour exiger le respect des lois de la République et réclamer le départ du système. Ils ont ainsi boycotté les audiences de première instance et criminelle pour soutenir le mouvement populaire et les marches pacifiques, entamées depuis le 22 février dernier. Même topo à Mostaganem, où plus de 500 avocats venus de nombreuses villes ont improvisé une manifestation. A Oum El Bouaghi, c’est aux cris de « La li tazouir El Intikhabat », « La likhtirak doustour » que le collectif des avocats a entamé leur marche de protestation à partir du siège de la cour criminelle.
A Tizi Ouzou, et pour la deuxième fois, les avocats auxquels se sont joints les huissiers ont protesté dans la rue. Les marcheurs ont exhibé des drapeaux aux couleurs nationales et de la bannière amazighe, et des banderoles sur lesquelles on pouvait lire « Pour une rupture radicale avec le système » ; « La souveraineté populaire ne se négocie pas ». A Boumerdès, des dizaines d’avocats se sont rassemblés devant le siège de la cour pour réitérer les revendications exprimées par le peuple depuis le
22 février dernier et opérer un changement radical de gouvernance, tout en réclamant la réponse immédiate du pouvoir à la volonté populaire.
A Béjaïa, la marche a démarré du siège de la Cour de justice et a été marquée par la participation, surprenante, de quelques magistrats qui ont décidé de briser le silence et le devoir de réserve. En effet, les magistrats ont rejoint le rassemblement de protestation organisé par les avocats et les greffiers dans l’enceinte de la même institution judiciaire.
Lors de cette manifestation pacifique, le bâtonnier de Béjaïa, Me Salem Khatri, et le représentant des juges protestataires, Mabrouk Issaâd, ont pris la parole devant la foule pour interpeller les hautes autorités du pays quant à « la nécessité de satisfaire les aspirations du peuple algérien qui demande un changement de système politique ».<