Le processus électoral est ajourné suite à la décision, annoncée hier, du président de la République de reporter la tenue de la présidentielle 2019 et dans laquelle il renonce à sa candidature pour un 5e mandat.

La décision survient 24 heures seulement après le retour au pays du chef de l’Etat après un séjour médical en Suisse. Elle intervient aussi dans un climat de vive tension qui marque la vie du pays où se succèdent des marches populaires et des actions de grève à travers lesquelles est exprimé principalement un refus de la candidature du président en exercice.
D’aucuns estiment dès lors que cette décision de reporter la tenue de l’élection présidentielle est à considérer comme une réponse à la demande de la rue, qui a surpris par sa mobilisation aussi bien les tenants du pouvoir que le personnel politique de l’opposition qui s’est trouvé dépassé par l’émergence d’un acteur que personne n’attendait.
Car, à l’évidence, la rue a imposé un contexte national fait d’une succession de marches populaires à travers les quatre coins du pays, mais aussi en provocant des grèves au sein de diverses catégories sociales.
Universitaires, lycéens, avocats, enseignants et autres battaient ainsi le pavé pour réclamer «un changement du régime en place» en exprimant leur opposition pour un cinquième mandat du président.
Cette situation a généré également des remue-ménages et autres dissensions organiques au sein de nombreux appareils politiques et autres organisations associatives et patronales où les langues tendaient à se délier sur les enjeux et les appréhensions que présentait le scrutin présidentiel.
Manifestement, les trois vendredis de marches populaires n’ont pas été sans incidence sur le processus électoral, qui a été accompagné, avant même son lancement, par de nombreuses interrogations sur fond de sérieuses inquiétudes. Mais c’est l’expression de la rue, plus visible depuis le 22 février, qui a pesé sur la balance politique jusqu’à rendre salvatrice cette décision présidentielle de reporter la joute électorale prévue le 18 avril prochain. Salvatrice dans le sens où un climat de tension s’est installé dans le pays à mesure que le processus électoral avance, d’un côté, mais aussi au vu des manifestations de rue qui gagnaient en adhésion, de l’autre. Avec, du moins depuis la semaine en cours, des signes de « dérapage», conséquences d’appels anonymes pour des actions de protestations mal préparées et en déficit de structuration idoine.
C’est le cas de l’idée d’une grève générale et celle d’une désobéissance civile, qui se sont avérées contre-productives pour le mouvement de protestation. Ces signes de dérapage, aux conséquences incommensurables, étaient visibles notamment au niveau des établissements scolaires où la confusion a pris place.
En définitive, il était pratiquement impossible d’organiser, dans la sérénité et le calme, une élection présidentielle en dépit du lancement du processus avec notamment la convocation, d’abord, du corps électoral et, ensuite, le dépôt des dossiers de candidatures à la magistrature suprême auprès du Conseil constitutionnel.
Ils étaient, en effet, 21 prétendants au poste de président de la République pour la mandature 2019-2024, et l’institution présidée par Tayeb Belaïz devait annoncer demain la liste des candidatures validées. Ce rendez-vous a constitué, lui aussi, une source d’affrontement, mais surtout une pression sur la délibération du Conseil constitutionnel particulièrement en ce qui concerne la candidature du président Bouteflika. C’est dire combien le contexte électoral tel qu’il a été engagé donnait lieu à de multiples espaces de tension qui faisaient craindre le pire et le basculement du pays vers l’irréparable.
Désormais, le report décidé par le chef de l’Etat en réponse à l’appel du peuple devrait abaisser les tensions et réinstaurer un climat de sérénité dans le pays, car ces mesures ont vocation de provoquer un effet d’apaisement qui sera scruté et observé dans les prochains jours.

Fin aux fonctions pour Abdelwahab Derbal
Le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, a signé lundi un décret présidentiel mettant fin aux fonctions du président de la Haute instance indépendante de surveillance des élections (HIISE), Abdelwahab Derbal, et des membres désignés de cette instance, indique un communiqué de la présidence de la République.