La décision de reporter l’élection présidentielle afin de désamorcer une situation qui commençait à devenir, au fil du temps, périlleuse pour la stabilité du pays, intervient dans un contexte de tension exacerbée. Les manifestations de rue des Algériens demandant des réformes politiques et refusant un cinquième mandat du président de la République étaient en attente impérative d’une réponse. La question du report de l’élection présidentielle était déjà dans l’air avant même la convocation du corps électoral le 18 janvier dernier.
Cette option est restée en suspens depuis et revenait à la surface à chaque pic de tension. Le scénario d’un report avait, en effet, été évoqué comme possibilité. Il faut convenir que c’est le président du MSP Abderrazak Makri qui en avait évoqué l’éventualité. Ce dernier avait prôné l’idée de reporter le scrutin présidentiel d’au moins une année, dans l’objectif de contourner la crise que vit le pays. Le patron du MSP expliquait alors que la situation de tension nécessite une trêve électorale. Il avait estimé en son temps que seule une période de transition négociée entre le pouvoir et l’opposition serait à même d’éviter l’impasse dans laquelle se trouvait l’Algérie. L’intrusion massive de la rue dans l’équation avec ses revendications politiques liées à l’élection présidentielle prévue initialement le 18 avril prochain semble avoir complètement changé les conditions.
L’amorce du processus électoral aura particulièrement compliqué le retour à cette « sortie » qui semblait au départ pourtant évidente. Le chef du MSP avait parlé alors d’une rencontre, courant octobre, avec la Présidence durant laquelle la question avait été évoquée. « Tout le monde était favorable à l’initiative. Pour moi, il était clair que le Président voulait organiser sa sortie. Nous sommes face à une autre réalité qui est différente de celle qui prévalait lors des élections de 2014 où il y avait une volonté d’un maintien éternel au pouvoir », avait alors répondu Makri aux questions des journalistes. La période de transition permettrait la mise en place de réformes politico-économiques à mener dans l’objectif de favoriser les conditions d’une élection transparente garantissant une alternance devenue inévitable. A l’époque où elle a été mise sur la table, l’initiative a été particulièrement ignorée. Le FLN l’a qualifiée de «putsch » contre le président élu, tandis que l’armée, par le biais de son chef d’état-major, le général Ahmed Gaïd-Salah, s’est limité en ce temps à botter en touche en réaffirmant que l’ANP «connaît ses prérogatives constitutionnelles». Amar Ghoul, président de TAJ, membre de la coalition présidentielle en avait également un temps évoqué l’idée avant de se raviser. Aujourd’hui, la décision, inédite dans l’histoire du pays, de reporter l’élection présidentielle intervient dans un contexte pour le moins sensible. Mais qui ouvre des possibilités inédites pour l’avenir des Algériens décidément arrivés à une maturité politique évidente. Il est un fait, l’Algérie se retrouve désormais dans une configuration nouvelle.n