La décision du report de l’élection présidentielle et de l’entame d’une période de transition
politique intervient dans un contexte d’une sensibilité extrême.

La crise politique algérienne semble avoir déjà atteint un degré de complication qui requiert perspicacité et sang-froid pour y faire face. Dans une première réaction, Ramtane Lamamra avait promis l’organisation d’une élection présidentielle «absolument libre» dans le prolongement d’une conférence nationale inclusive et indépendante. Cette dernière aura pour but «d’adopter la Constitution, qui fixera souverainement la date de l’élection présidentielle». Il est évident que le temps presse pour s’installer dans un processus politique qui se substituera à des actions de protestations éparses dont la finalité reste indéfinie. Pour M. Lamamra, «ce sera l’affaire de tout le monde, ce ne sera pas du tout l’affaire du gouvernement». La création d’un gouvernement de compétences nationales, bénéficiant de la confiance des participants à la conférence, s’annonce délicate. «Ce gouvernement de compétences sera créé pour mettre dans le processus d’organisation de l’élection présidentielle la nécessaire dose d’impartialité et de technicité en soutien à la commission électorale nationale indépendante», avait indiqué le vice-Premier ministre pour qui, la transition politique serait «le tournant le plus important de l’Algérie depuis l’Indépendance». Pour Lamamra, «il appartient maintenant aux femmes, aux hommes et surtout aux jeunes de ce pays de se hisser au diapason de cette responsabilité historique, nous n’avons pas le droit à l’erreur». «L’Algérie traverse une étape particulière de son histoire et les Algériens sont dans l’attente de la concrétisation de leurs aspirations, exprimées ces derniers jours et ces dernières semaines», a déclaré de son côté Noureddine Bedoui, pour qui «le temps et la confiance sont nécessaires pour la concrétisation de toutes les aspirations exprimées par le peuple algérien».
Vers des nominations
de rupture ?
Le président de la République ayant ouvert la voie à une période de transition jusqu’à, au moins, la fin de l’année – clôture des travaux de la conférence nationale, et jusqu’à l’élection qui viendra ponctuer cette période de transition. La «Conférence nationale inclusive et indépendante» aurait ainsi tous les pouvoirs nécessaires à la conception de la base institutionnelle du nouveau système politique national. Quid de la démarche prévue pour la mise en place des conditions de «rupture avec le système», comme revendiqué par les manifestants ? Si l’on se réfère à la première décision concernant le changement de gouvernement, le remplacement d’Ouyahia pourrait ne pas être considéré comme un acte de rupture. La désignation de Bedoui aux commandes d’un processus, qui intervient dans un contexte de haute tension, serait-elle la meilleure des choses ? Les jeunes sont en attente de signes confirmant la propension à l’ouverture. Il devient impératif que la composition du gouvernement de transition constitue la première traduction concrète du message-programme du président Bouteflika. Les nominations de rupture sont particulièrement attendues.
Les Algériens sortis dans la rue pour manifester réclament de nouvelles têtes complètement distinctes et qui n’ont aucun lien avec le système actuel. Arrive ensuite la question des modalités de sélection des membres de la conférence nationale et, au bout de l’opération, la composition de ladite Conférence. La grosse question, qui sous-tendra longtemps la proposition politique mise sur la table par le pouvoir, restera indéniablement le degré d’autonomie pour conduire les travaux de réformes politiques et leur mise en œuvre en toute indépendance. Les questions de la nature, de la forme et de la composition politique de la conférence détermineront irrémédiablement le climat politique national pour les prochains jours et les prochaines semaines. Plus que jamais, l’Algérie n’a pas le droit à l’erreur. n