Les désormais anciens candidats à la magistrature suprême sont incontestablement contrariés par la décision du chef de l’Etat portant sur le report de la présidentielle dans laquelle ils s’étaient engagés, en déposant notamment leurs dossiers de candidature auprès du Conseil constitutionnel. Les plus en vue, Abdelaziz Belaïd et Ali Ghediri, s’ils ruminent depuis lundi un spleen politique pour le moins inattendu, l’expriment diversement.

Le président du Front El Moustakbel Abdelaziz Belaïd a estimé, hier, lors d’un point de presse animé au siège du parti, que la décision du report du scrutin présidentiel est « anticonstitutionnelle », réclamant un retour « à la légitimité populaire et à la légitimité de la Constitution». Exigeant un respect de l’opération électorale, M. Belaïd, candidat pour rappel à la présidentielle de 2014 avec des résultats plus qu’honorables, se déclare toujours candidat à la présidence de la République et « en attente de la délibération du Conseil constitutionnel ». Le chef du Front El Moustakbel n’a pas caché sa désapprobation quant au contenu du message adressé avant-hier par le président de la République, estimant que son contenu « ouvre la voie à une situation de non-Constitution », ajoutant que « nous sommes devant l’interruption d’un processus électoral ». Abdelaziz Belaïd était, pour rappel, le premier leader politique à faire part de son intention de postuler à la présidentielle.
Après avoir déposé son dossier de candidature, il n’avait pas écarté la possibilité de se retirer de la course si la candidature du président en exercice venait à être validée par le Conseil constitutionnel. Pour sa part, le candidat indépendant Ali Ghediri a estimé que « la réponse du système est une défiance pour toutes les générations, en particulier pour la génération post Indépendance ».
M. Ghediri a appelé, dans un communiqué qu’il a rendu public sur les réseaux sociaux, les Algériens à faire preuve de « vigilance » devant les promesses annoncées par le chef de l’Etat, estimant que « le système tente de se régénérer de nouveau». Pour l’ancien officier de l’ANP, le pouvoir « œuvre à obstruer la seule voie légale pour une sortie de crise qui est celle de l’élection ». Pour lui, il est « inutile d’attendre un changement positif de la part d’un système qui préserve les mêmes acteurs responsables dans la mauvaise gestion des affaires du pays ». Ajoutant que la logique qui domine au sein des détenteurs du pouvoir « est celle des intérêts étroits, personnels et celle des intérêts de castes ». M. Ghediri a souligné, dans sa déclaration, la revendication exprimée lors des marches populaires organisées depuis le 22 février dernier dans lesquelles était réclamé « le départ du système », estimant avoir décelé, à travers le dernier message du chef de l’Etat, l’intention du pouvoir en place de « se jouer des sentiments des Algériens ». Il a souligné, à cet effet, que les pouvoirs publics « n’avaient pas respecté leurs engagements pour des réformes constitutionnelles », expliquant que « ce qui l’empêche, c’est le fait qu’on ne croit pas à la démocratie ».<