L’UE ne se fait pas beaucoup d’illusions avant le vote du Parlement britannique, mardi, sur l’accord de Brexit, car les ultimes concessions accordées la veille à Theresa May ont été jugées insuffisantes par le conseiller juridique du gouvernement. Ces concessions n’ont rien changé au «risque juridique» que le Royaume-Uni reste bloqué dans une union douanière après le Brexit, a tranché, mardi, l’attorney général Geoffrey Cox, dont l’avis risque d’être déterminant pour le vote.

Par Christian SPILLMANN
La livre sterling a brusquement décroché après la publication de l’avis de Geoffrey Cox, qui conseille juridiquement le gouvernement. «Si cela ne fonctionne pas aujourd’hui, ce sera très compliqué», a prévenu un diplomate européen. «C’est la dernière cartouche qui a été tirée», a-t-il prévenu.
Malgré les nouvelles garanties offertes lundi soir par les Européens à Theresa May, «il y a 30% de chances que l’accord soit approuvé» par le Parlement britannique, a estimé mardi un haut responsable européen impliqué dans les négociations avec Londres. «ça va se jouer sur le fil», a prédit de son côté le représentant d’un Etat membre, mais «le rapport des forces ne joue pas en faveur d’une approbation». La Première ministre britannique «sait qu’elle va perdre les suffrages des “Brexiters” de son parti, mais elle assure qu’elle va pouvoir les regagner ailleurs», a expliqué ce diplomate.
De leur côté, «les 27 sont méfiants, car ils ont déjà entendu de telles assurances et ont été à chaque fois déçus». L’avis du conseiller juridique du gouvernement britannique pourrait être décisif. Partisan du Brexit, sa position a donné les arguments pour le premier rejet de l’accord de divorce par les élus britanniques le 15 janvier. Geoffrey Cox a été associé aux pourparlers sur les garanties obtenues lundi, mais il n’était pas présent à Strasbourg (est de la France). «Beaucoup de députés attendent un prétexte pour pouvoir dire oui à l’accord. Mais il y a d’autres qui seront de toute manière toujours contre», a confié à l’AFP un autre responsable impliqué dans les négociations avec Londres.
Négociations terminées
Jeremy Corbyn, le chef du Labour, premier parti d’opposition, a appelé lundi soir les élus travaillistes à voter contre l’accord malgré les assurances obtenues lundi soir par Mme May. «L’accord annoncé ce soir avec la Commission européenne ne contient rien qui ressemble aux changements promis au Parlement par Theresa May», a-t-il affirmé dans un communiqué. Les partenaires du Royaume-Uni ne cachent plus leur irritation. «Il n’y aura pas de troisième chance», a averti lundi soir le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker après sa réunion à Strasbourg avec la dirigeante britannique. «Il n’y aura pas d’interprétation de l’interprétation, pas d’assurance sur l’assurance si le vote échoue», a averti M. Juncker.
«Il n’y aura pas de nouvelle négociation. Nous avons eu assez de difficultés», a-t-il insisté, se faisant le porte-parole de la fermeté des dirigeants des 27 pays de l’UE. «Il n’y aura pas de négociations durant le sommet européen des 21 et 22 mars», ont mis en garde des représentants de plusieurs Etats membres, interrogés par l’AFP. «J’espère que la Chambre des communes va approuver l’accord. Il n’y a pas d’alternative», a insisté mardi le Premier ministre des Pays-Bas, Mark Rutte.
Son homologue danois Lars Lokke Rasmussen est plus dur. «Il est difficile de donner un coup de main à des gens qui gardent les deux mains dans les poches», a-t-il déploré sur son compte Twitter.
Les mises en garde vont se multiplier pour «exercer une forte pression» sur les élus britanniques. «Il n’y a plus de marge pour négocier. Réfléchissez bien. C’est le message» des Européens à ces députés, a expliqué un diplomate européen.n