La confusion qui règne toujours au marché Boumezou, au centre-ville de Constantine, n’en finit pas de provoquer l’ire des commerçants et des clients qui fréquentent le plus grand marché couvert de la ville.

Les branchements anarchiques des fils électriques rappellent l’incendie qui a dévasté les souterrains voisins il y a cinq ans. Les rapports des services de la Protection civile ont été ignorés tout comme l’ont été ceux relatifs aux souterrains dont la remise en l’état tarde à voir le jour. Le marché devait voir une sérieuse réhabilitation prendre effet dès 2014. Puis la mode des reports à la constantinoise a prévalu, et commerçants et clients attendent toujours. L’opération devait être salutaire et non de façade, puisque le plus vieux marché couvert de Constantine, qui date des années 30 du siècle dernier, s’est détérioré à une vitesse grand « V », depuis les années 1990, la maintenance étant une notion étrangère à l’APC de Constantine. « Tout doit être revu, nous dira un architecte de l’APC. La consolidation des murs, une reprise des plafonds, le revêtement des sols, la peinture, toute la plomberie et bien sûr l’électricité ». La réhabilitation de Boumezou devait se faire il y a deux ans, et ne devait durer que trois mois, mais ceux-là même qui demandaient une nouvelle fraîcheur de leur lieu de travail, les commerçants, ont opposé un niet catégorique aux services de l’APC. L’argument brandi a été la lenteur des travaux qui caractérise toutes les opérations de réhabilitation ou de reconstruction initiées par la même APC. « C’est notre seule gagne-pain, nous dira un boucher sur place. Laisser fermer le marché, même si c’est pour notre bien, est une chose que l’on ne peut pas se permettre, car la réhabilitation de l’autre marché couvert, celui des frères Bettou a pris presque une année, alors qu’il ne s’agissait que de peinture. Rester fermer pendant des mois sera une mort certaine pour tous les commerces du marché Boumezou».
Mais «La condition du marché ayant évolué vers l’intolérable, les saletés devant et derrière les étals, les infiltrations des eaux, l’évacuation douteuse des eaux usées, les toiles d’araignées qui pendouillent des plafonds, les murs dégoûtant et les odeurs de cloaques, font que la réhabilitation du marché ne pourra pas être reportée indéfiniment et que sa fermeture devient de plus en plus pressante », nous confiera un élu de l’APC, chargé du patrimoine. Et comme tous les marchés qui se « respectent », les vendeurs informels rendent la circulation à l’intérieur du marché infernal, faisant le bonheur des pickpockets qui pullulent sur place, rendant un peu plus le marché infréquentable.
Pour rappel, le marché Boumezou devait être reconverti en parking souterrain, puis en un regroupement de magasins de luxe, puis… restera en l’état décrit plus haut. Le standing voulu pour l’endroit est né suite à l’implantation, à un jet de pierre, des hôtels Novotel et Ibis, mais le diktat des marchands a fait que les choses restent en l’état et n’évoluent pas d’un iota. Les décharges éparses, les odeurs fétides et les vendeurs à la criée, dès 5 h du matin, resteront les « curiosités touristiques » les plus proches des hôtels français. Pour un bon bout de temps encore.