Les mesures d’apaisement prises, avant-hier, par le président Bouteflika ne semblent pas absorber définitivement la colère des citoyens qui s’opposent au 5e mandat pour le chef de l’Etat. C’est ainsi que la rue algérienne a eu à s’exprimer en se positionnant contre les annonces présidentielles. Pratiquement dans toutes les wilayas du pays plusieurs catégories professionnelles sont descendues dans la rue. Les étudiants en vacances anticipées, suite à une décision du ministre de l’Enseignement supérieur Tahar Hadjar, ont été nombreux à prendre part aux manifestations. A Alger, les étudiants de toutes les universités étaient partie prenante du mouvement de rue, médecine, pharmacie, vétérinaires, sociologie, traduction, sciences humaines, technologie, histoire, psychologie, les sciences politiques… Drapés de l’emblème national pour beaucoup d’entre eux, et très remontés contre la décision de Hadjar, ils expriment aussi des positions politiques. «Non à la prolongation du 4e mandat», «Oui au départ du régime», ont-ils scandé. «L’université est sinistrée du fait du règne du régime depuis l’Indépendance. Il faut qu’ils partent pour que le pays soit réellement libéré », lance un étudiant de sciences technologiques de Bab Ezzouar ayant pris part à la manifestation à la Grande-Poste d’Alger. Des enseignants ont également participé aux manifestations aux côtés de leurs étudiants. C’est ainsi qu’une professeure en cardiologie a manifesté avec ses étudiants à Alger. « Il faut prendre part aux manifestations pour que les choses changent. Nous avons ras-le-bol de cette situation précaire du pays», a-t-elle déclaré à Reporters. Des avocats, des politiques, des femmes, des lycéens, des chefs d’entreprises privées, des syndicalistes et des anonymes se sont rencontrés dans les manifestations de rue dans une ambiance de fête pour dire non aux annonces présidentielles. A Tizi Ouzou, des magistrats issus de quelques juridictions, des avocats, des huissiers et des greffiers se sont joints à cette action de protestation qui s’est tenue dans l’enceinte de la Cour de justice de cette wilaya. «Notre rassemblement est notre manière d’exprimer notre attachement au respect et à la défense du principe de la séparation des pouvoirs, conformément aux dispositions de la Constitution», indiquera un magistrat. Maître Brahimi, Bâtonnier de Tizi Ouzou, a critiqué les décisions annoncées par Bouteflika qui constituent, selon lui, une violation à la souveraineté populaire. Un jugement similaire exprimé par M. Bouchachi du Barreau d’Alger, venu spécialement pour soutenir l’action des magistrats. Béjaïa a enregistré trois marches pacifiques organisées par la communauté universitaire, les paramédicaux et les travailleurs du secteur énergétique, Sonatrach, Naftal, Sonelgaz et STH. Bien qu’ils soient en rangs dispersés, les manifestants qui ont investi, hier, la rue à Béjaïa ont mis en avant des slogans hostiles au pouvoir en place. La première manifestation de rue a été celle des employés du secteur de l’Energie qui étaient des milliers à battre le pavé à travers les principales artères de la capitale des Hammadites. Ils seront suivis par les paramédicaux relevant du secteur de la santé publique, lesquels ont également exprimé haut et fort leur rejet catégorique des décisions prises par le président de la République. Vers 11h, une immense procession composée d’étudiants et d’enseignants de l’université Abderrahmane-Mira de Béjaïa s’est ébranlée depuis le campus de Targa Ouzemour vers le siège de la wilaya. La foule qui scandait les slogans habituels voit ses rangs grossir au fur et à mesure qu’elle avance sur son itinéraire, long de plus de trois kilomètres. A 13h30, les organisateurs de cette énième action, menée par la communauté universitaire de Béjaïa depuis le 22 février dernier, ont invité les manifestants à se disperser dans le calme et rejoindre leurs campus universitaires. Par ailleurs, la grève a été largement suivie pour son troisième jour consécutif. A Mascara, les avocats continuent de manifester en scandant des slogans contre le pouvoir. A Constantine, les manifestations se sont amplifiées tout au long de la journée. Dans une ambiance de fête, les citoyens ont appelé «au départ du régime» et se sont positionnés contre ce qu’ils considèrent comme «la prolongation du 4e mandat». A Sidi Bel Abbès, les étudiants sont sortis nombreux pour dénoncer les annonces faites, hier, par la Présidence. Les manifestants réclament une transition démocratique «réelle et le départ du régime». Il est utile de noter le caractère pacifique des manifestations et l’ambiance bon enfant dans laquelle se sont déroulées les manifestations de rue.