Pour les partis de l’opposition, les annonces du président de la République, Abdelaziz Bouteflika ne peuvent en aucun cas constituer des réponses au mouvement populaire qui s’est déclenché depuis le 22 février. Toutes les réactions plaident pour « la poursuite » de la mobilisation pour le départ du système en place.

Le Parti des travailleurs (PT) n’a pas été avec le dos de la cuillère parlant de «prolongation du 4e mandat», qui «traduit une volonté de travestir la volonté de l’écrasante majorité du peuple de se libérer du système ». Les décisions annoncées par M. Bouteflika « constituent une simple anticipation de sa lettre d’engagement comme candidat pour un 5e mandat, sans élection présidentielle remplacée par une prolongation de fait du 4e mandat », estime le parti de Louisa Hanoune, indiquant que cette démarche «pouvait être acceptable il y a un an». Mais qu’elle « se trouve totalement dépassée », car « depuis le 22 février, la majorité veut le départ du système maintenant ».
« Pour le PT, seule la poursuite de la mobilisation pacifique est à même d’empêcher toute manœuvre visant à contourner la souveraineté du peuple, à imposer la réalisation de tous ses objectifs démocratiques, économiques et sociales ».
« Abdelaziz Bouteflika vient de s’octroyer une prolongation illégale et indéterminée au poste de chef de l’Etat», a déclaré pour sa part, le RCD, allant jusqu’à douter de la volonté de Bouteflika à tenir ses promesses. «Qui peut croire aujourd’hui qu’un homme qui déclare ne pas avoir présenté sa candidature à l’élection présidentielle qu’il vient de reporter d’un coup de plume, peut se porter garant de quoi que ce soit ? ». Considérant que les manifestations qui se sont déroulées au lendemain de ces annonces et les appels pour une mobilisation plus forte le vendredi 15 mars «ne trompent pas», le RCD pense que «cette nouvelle manœuvre du clan est vouée à l’échec». Dénonçant enfin une décision « irresponsable» qui «peut préparer l’escalade», le parti a appelé les acteurs politiques et sociaux «à une riposte en mesure de l’affront infligé à la nation», avant de réitérer son appel à Bouteflika de « démissionner ».
Le MSP explique, de son côté, que les annonces du président Abdelaziz Bouteflika « ne répondent pas aux aspirations du peuple algérien qui est sorti par millions à travers toutes les wilayas réclamant le changement ». Pour le parti d’Abderrezak Makri, il s’agit d’« un détournement de la volonté des Algériens ». Lui, qui a pourtant défendu l’idée du report du scrutin présidentiel en 2018, refuse de se reconnaître dans les annonces faites par Bouteflika. Il y a «un contournement du contenu de l’initiative du consensus», dénonce le MSP, relevant plusieurs points de divergence. Ce que propose le chef de l’Etat «n’est pas basé sur le principe du consensus et consacre la vision unique», «n’a aucune assise juridique et constitutionnelle» et «ne détermine pas les mécanismes des réformes». Le MSP relève également que la feuille de route «n’est pas limitée dans le temps». Tout en appelant le pouvoir «à écouter la voix du peuple», le MSP invite les acteurs « à faire prévaloir la voix du dialogue sans exclusion des partis et des jeunes du mouvement populaire pour arriver à une transition démocratique comme élaborée dans la plateforme de Mazafran ». De son côté, le président de Talaïe El Hourriyet, Ali Benflis soutient que le prolongement du 4e mandat constitue « une violation par la force de la Constitution ».
« Ce qui a été prévu pour le 5e mandat est consacré avec ce prolongement sans autorisation, ni accord ni même plébiscite du peuple », dénonce M. Benflis accusant le système de « s’être octroyé de façon autoritaire le centre de décision pour un président absent, dont les prérogatives lui ont été confisquées par des forces extraconstitutionnelles». Pour sa part, Abdallah Djaballah, président du FJD, a indiqué que dans le message de M. Bouteflika «il n’y a rien de nouveau». Djaballah a critiqué «un prolongement de mandat via une décision sans aucune base juridique ni accord populaire, au lieu d’un prolongement à travers des élections truquées». Pour le chef du parti islamiste, El Adala, cette lettre est venue «non en fidélité aux revendications et aspirations du peuple, mais pour consacrer un contournement des revendications du peuple». Le président de Jil Jadidi, Djilali Soufiane, évoquant «la surprise» des Algériens, s’est douté de l’intention du pouvoir. « Des experts dans la faillite qui ont ruiné le pays nous promettent des réformes », a-t-il déclaré, rappelant les tenants du pouvoir que le peuple avait revendiqué « le départ de tout le système». Le vendredi prochain, «les Algériens doivent sortir pour leur dire : partez», a lancé Djilali Soufiane estimant que « la victoire est entre nos mains» maintenant que «le peuple a brisé le mur de la peur». Karim Tabbou, porte-parole de l’UDS-non agréé, a assimilé les annonces du chef de l’Etat à une «supercherie», appelant à son tour «le peuple à maintenir la mobilisation».<