Le massacre de centaines de personnes dans des violences communautaires qui ont embrasé mi-décembre des villages de l’ouest de la RDC pourrait «constituer des crimes contre l’humanité», a estimé mardi l’ONU, dénonçant une violence «facilitée par l’absence de l’Etat» et des tueries «planifiées». «Les actes de violences commis au cours des quatre attaques documentées dans ce rapport pourraient constituer des crimes contre l’humanité si certains éléments constitutifs sont établis», écrit le bureau conjoint de l’ONU pour les droits de l’Homme dans un document publié mardi. Une mission des Nations unies a enquêté du 17 au 26 janvier 2019 dans la région de Yumbi, où des tueries de civils ont eu lieu les dimanche 16 et lundi 17 décembre 2018. Ces violences ont opposé deux communautés, les Batende et les Banunu. Des membres de la communauté Batende ont massacré des personnes appartenant à celle des Banunu en représailles après l’enterrement d’un chef coutumier Banunu dans un terrain contesté par les Batende. «Les attaques contre des populations Banunu dans les localités de Yumbi, Bongende et Nkolo II ont fait au moins 535 morts et 111 blessés», soulignent les enquêteurs de l’ONU. «De plus, au moins 967 bâtiments, principalement des habitations, mais aussi 14 églises, 17 écoles et cinq centres de santé ont été pillés et/ou détruits». Les tueries ont été marquées par des actes de barbarie : «Des mutilations d’organes génitaux des hommes, des femmes et des enfants ont été systématiques lors de l’attaque de Bongende et ont été commises à grande échelle à Yumbi».

Femmes violées  avec des flèches
«L’équipe a aussi documenté le cas de deux femmes violées par insertion de flèches dans les parties génitales (…) plusieurs enfants en bas âge auraient été noyés dans la rivière. Dans au moins un cas, un bébé de 4 ou 5 mois aurait été violemment frappé contre une pirogue. En outre, une fille de deux ans aurait été jetée dans une fosse septique», détaille l’ONU. «La nature systématique des mutilations sexuelles commises à l’encontre des hommes, femmes et enfants de la communauté Banunu, bien qu’opérées post mortem dans la plupart des cas, pourrait être constitutive de crimes contre l’humanité par violence sexuelle», ajoutent les enquêteurs onusiens. «Les meurtres, mutilations et destructions d’habitations» (…) commis de manière délibérée et systématique à l’encontre de membres de la communauté Banunu» peuvent également être des éléments constituant un crime contre l’humanité. «Les éléments documentés au cours de l’enquête permettent d’établir que les attaques ont été perpétrées de manière planifiée et organisée», ajoute l’ONU, ce que l’AFP avait constaté mi-février lors d’un reportage à Yumbi. «Le mode opératoire des attaques contre les localités de Yumbi, Nkolo II et Bongende était similaire : plusieurs centaines, voire des milliers de personnes ont envahi les localités, équipées d’armes à feu de type calibre 12, d’armes blanches (notamment des machettes, des arcs, des lances) et d’essence», détaille l’ONU.
A qui la faute ? Des policiers membres de la communauté Batende ont participé aux massacres, relève l’ONU. «L’enquête n’a pu établir l’existence d’un groupe armé, ni confirmer les allégations de l’existence d’une force de réserve Batende et l’implication d’autorités. Il semble que les agents de la PNC (police) ayant participé aux attaques auraient agi en vertu de leur appartenance communautaire», lit-on dans le rapport.
Faillite de l’Etat
L’enquête n’a pas permis d’établir «une responsabilité étatique» : «Néanmoins, la responsabilité de l’Etat peut être engagée dans la mesure où l’enquête a permis d’établir que les autorités nationales et provinciales avaient été informées du risque élevé de violences, mais n’ont pris aucune mesure préventive», accusent les Nations unies. Les Banunu sont-ils les seules victimes ? «Certaines sources ont mentionné la mort d’environ 100 membres de la communauté Batende à Yumbi, mais l’’équipe n’a pas collecté d’éléments attestant cette information», selon l’ONU. cette dernière n’a pas été en mesure de confirmer le nombre de personnes toujours portées disparues à la suite de ces violences. Les enquêteurs estiment à 19 000 le nombre de personnes déplacées en raison de ce conflit intercommunautaire, dont 16 000 ayant traversé le fleuve Congo pour se rendre en République du Congo.