Toutes les 57 minutes, un Algérien tente de mettre fin à sa vie. C’est ce qui ressort d’un rapport émis au terme de l’année 2018 par la Ligue nationale des droits de l’Homme. Ce sont donc près de  9 000 tentatives de suicide qui sont répertoriées annuellement.

Des chiffres alarmistes, mais  qui, malheureusement ne peuvent être comparés aux gestes tragiques des années précédentes, les méthodes de collecte de données et de chiffres probants ayant connu des améliorations qualitatives, et une absence remarquée de données fiables des bilans précédents. Le rapport révèle que sur les 9 000 tentatives de suicides, 1 100 personnes avaient abrégées leur vie en passant au geste fatal. On peut, néanmoins, extrapoler et faire des recoupements pour déclarer, et selon des sources de la Protection civile, «que le phénomène de suicide tend à augmenter, pire, à se banaliser». Le suicide touche, depuis peu, particulièrement la frange de la jeunesse de moins de trente ans, aussi bien la gent féminine que masculine, et, fait nouveau, les pré adolescents ont fait leur irruption dans ce décompte funèbre.
Car les moins de 15 ans ont fait parler d’eux depuis plusieurs mois en enregistrant une vingtaine d’actes fatals. Plusieurs wilayas, en effet, ont eu à se « mesurer » avec le jeu morbide de « la baleine bleue » dont l’issue est le suicide, comme dernier chapitre des défis relevés.  Constantine,  ses ponts,  ses suicides …
« L’enfant ne se suicide pas, nous avait déclaré sur ces mêmes colonnes la professeure psychiatre, Ouafia Benelmouloud, qualifiant la fin tragique des prétendants au jeu, « comme une distraction ».
L’addiction et la consommation excessive de drogues, sous toutes ses formes, ont été aussi derrière plusieurs tentatives de suicide, réussies ou non.
Pour sa part, Constantine, une ville connue par ses sites grandioses en altitude et bien sûr ses fameux ponts, dont le plus haut culmine à plus de 175 mètres, celui de Sidi M’cid, a toujours fait un appel d’air, malgré elle, envers les « candidats » au saut de l’ange. La ville enregistre chaque année des « essais » de la part de plusieurs personnes, dont beaucoup viennent de wilayas limitrophes, et même de plus loin. Comme ce jeune venu de Biskra en bus, pour emprunter les 420 mètres linéaires du pont de Sidi Rached, un cornet de glace à la main, pour passer à l’acte, à plus de 300 km de sa ville natale.
La direction de la Protection civile de Constantine a eu le mérite de recenser tous les passages à l’acte, comme elle le fait pour les accidents liés aux gaz brûlés, en compagnie de Sonelgaz, qui apprécie la ville des ponts sur la première place du podium quant aux tentatives de suicides, et l’attirance qu’exerce le vide de la cité et ses sites sur les «candidats» au suicide. Pour 2018, donc, 55 tentatives de passer de vie à trépas ont été consignées par la Protection civile de la wilaya. Et étonnement, les sauts de l’ange sont classés pratiquement à la même position que les strangulations ou pendaisons. Sur les 55 tentatives, près de la moitié des personnes avaient employé une des deux méthodes citées plus haut. 13 ont été conclues par une fin tragique. Toutes les autres tentatives ont vu d’autres moyens utilisés, comme les overdoses médicamenteuses, les sauts du haut des immeubles, et, à une faible proportion, l’immolation. Les contrariétés familiales, et les maladies psychiques et /ou psychiatriques se placent tout en haut du podium des raisons des passages à l’acte fatal.