Les milliers d’étudiants, encadrés de leurs professeurs, ainsi que les blouses blanches du CHU de Constantine, ne sont pas descendus dans la rue, mardi, pour demander un visa. Ils n’avaient pas l’air non plus de se préparer pour prendre un boat pour aller tenter leur «chance» en France. Ils manifestaient tous pour une vie meilleure, comme le font les gilets jaunes en France, mais avec un degré de maturité, de civisme et de modération jamais enregistré dans aucune manifestation dans le monde.

Ce monde qui nous envie cette jeunesse aux manifestations joyeuses. Sur les plateaux télés en France, la suspicion et l’ébahissement ont fait place à une admiration non dissimulée. Les superlatifs ne manquaient pas pour qualifier les expressions des marcheurs et l’humour qui s’en dégageait. Même Marine Le Pen n’a pas manqué de souligner les faits et de «soutenir les manifestants», mais… «Il faut que le gouvernement français bloque les visas pour les Algériens, sinon il va y avoir plus de dix millions qui vont débarquer en France», a déclaré la Marine, très sérieusement, à l’émission Direct Bourdin, de l’animateur éponyme. L’étonnement de Bourdin fera face à une assurance de la présidente du Rassemblement National, fils illégitime du sinistre Front National. Le chiffre avancé par la représentante de l’extrême droite avait de quoi faire sourire tout le monde de tant de ridicule assurance des Le Pen, fille et père, car son géniteur avait avancé le même chiffre des «envahisseurs». Ce même père, suppôt de la torture pendant la guerre d’Algérie, ayant subi un parricide de la part de sa fille, s’est retrouvé face à la statue de Jeanne d’Arc, lui criant «au secours». On appelle ça une démence sénile. Démence, tout autant, la digne fille de son père en est atteinte, car l’histoire des migrations, qu’elles soient économique, politique ou autres, n’a jamais enregistré un flux migratoire d’une telle ampleur. Même les boats people des vietnamiens dans les années 1970 n’ont pas atteint un tel ratio. La référence de madame la députée européenne prenait comme exemple les années 1990, où, effectivement il y a eu plusieurs Algériens partis en France, et ailleurs fuyant l’hydre terroriste. Il y en avait à peine 10 000…
«On restera
en Algérie»
Aujourd’hui, la situation n’est plus la même, et si les jeunes sont sortis dans les rues d’Algérie, c’est pour y rester. En Algérie. Pas pour traverser la mer. D’ailleurs, depuis le début des manifestations, le 22 février dernier, il n’y a eu que très peu de tentatives d’émigration illégale à partir des plages algériennes. Cela est amplement révélateur de l’espoir retrouvé des jeunes Algériens. Le Pen a aussi argumenté ses dires par les Accords d’Evian qui prévoyaient un accueil préférentiel des Algériens en cas de crise. Des accords qui furent tellement amendés qu’ils ne placent plus les Algériens parmi «les populations préférées» des autorités françaises.
Le nombre de visas, toujours à la baisse, est révélateur de la «générosité» du gouvernement français, nos compatriotes sont très loin derrière les Chinois, les Russes, les Marocains. Deux cent-quatre-vingt-dix mille visas ont été délivrés pour les Algériens en 2018, une baisse de 28 % par rapport à 2017. Benjamin Stora, qui a été contacté par les journalistes pour commenter les dires de «la fille de son père», en a rigolé, affirmant qu’un tel chiffre est irréaliste et que l’émigration des Algériens vers la France ne cesse de décroitre, ces derniers préférant maintenant le Canada et les Etats-Unis, «mais pas dix millions quand même», a-t-il tenu à souligner. Le Pen soutiendra, mordicus, que le chiffre est réel et qu’il a été donné par le «spécialiste» du terrorisme islamique, le journaliste et écrivain, le «spécialiste» de l’islamisme, Mohamed Sifaoui. Ce dernier avait, en effet, avancé ce chiffre il y a quelques jours, se rétractant très vite devant l’animateur télé qui s’amusait d’une telle déclaration. Ce même Sifaoui, qui était parmi les 10 000 algériens qui avaient fui l’Algérie pendant les années 1990, pendant que ses confrères sont restés pour combattre les radicalisés islamistes, la plume à la main seulement. Ne voyant son pays d’origine qu’en noir et blanc, ce dernier, utilisé comme «référence» sur les plateaux télé de l’Hexagone, comme d’autres, avec une feuille de route bien remplie, a récemment écrit un ouvrage intitulé toute honte bue « Où va l’Algérie ? », phrase emblématique d’un déclencheur de la révolution et président de l’Algérie, l’illustrissime Mohamed Boudiaf. Un titre qui n’a pas, bien sûr, la même consonance, prononcé par un véritable patriote, et écrit par un plumitif à la solde de…
«Où va l’Algérie ?», un pamphlet réducteur des efforts titanesques consentis par les Algériens pour bâtir une nation digne de ce nom, qui n’aura d’égal que la forfaiture d’une extrême droite qui n’a pas digéré l’indépendance de l’Algérie. Alors «Où va l’Algérie ? ». Des spécialistes pourront y répondre, mais ça ne sera sûrement pas vers la France !<