La petite histoire retiendra que ce sont deux vétérans de la diplomatie algérienne, Lakhdar Brahimi et Ramtane Lamamra, qui ont pris la parole hier pour la première fois depuis l’annulation de l’élection présidentielle pour expliquer aux Algériens ce que le chef de l’Etat a annoncé dans sa déclaration du 11 mars dernier, à savoir son renoncement à un nouveau mandat et l’amorce d’un processus de transition devant conduire à une élection présidentielle après la tenue d’une conférence nationale.

L’histoire, tout court, nous dira dans les jours prochains si ces deux personnalités nationales, l’une présumée conduire la «conférence nationale» annoncée par M. Bouteflika dans sa feuille de route devant conduire l’Algérie à un processus de transition, l’autre qui occupe déjà le poste de vice-Premier ministre chargé notamment des relations extérieures, ont été entendues. Et si leur message d’apaisement – une idée qui domine largement leurs interventions respectives- est passé auprès d’une opinion nationale qui reste, singulièrement, caractérisée par le scepticisme et la crainte de développements improductifs et à rebours des appels à la rupture pacifique par rapport au système politique en vigueur et au passif accumulé depuis des décennies au-delà même de l’arrivée du président Bouteflika à la tête du pays, il y a maintenant vingt ans. Pour ce faire, la journée-test, peut-être la plus déterminante de la dynamique en cours depuis le 22 février dernier, sera sans conteste celle de demain, quatrième vendredi de contestation populaire d’ampleur, dont les marches du 8 mars dernier ont été le point d’orgue. Il s’agira alors de savoir s’il y aura dans les rues algériennes davantage ou moins de monde qu’observé durant cette fête mondiale de la femme. Il s’agira également de surveiller plus qu’avant le contenu et la nature des slogans qui seront brandis durant ce prochain épisode de mobilisation. D’ici là, et en attendant ce que le
Premier ministre, Noureddine Bedoui, dira aujourd’hui au cours de sa conférence de presse, prévue ce matin au Centre international des conférences (CIC), au Club-des-Pins, Lakhdar Brahimi et Ramtane Lamamra, le premier à la télévision publique, le second à la chaîne III de la Radio nationale, ont semblé s’être lancés – et c’est le moins qu’on puisse dire au vu de la conjoncture – dans une action de communication destinée à rassurer sur les intentions du chef de l’Etat, après sa décision d’invalider l’agenda électoral devant aboutir au scrutin du 18 avril, qu’il n’est pas là pour garder son fauteuil, mais pour initier une transition en douceur en veillant à «la garantie du fonctionnement normal des institutions», (dixit Lamamra à la chaîne III). Le vice-Premier ministre chargé des relations extérieures a même glissé quelques indications sur la manière dont le chef de l’Etat entend conduire la phase de pré-transition ou, de manière plus prosaïque, celle par laquelle il opérera sa sortie. Ramtane Lamamra a signalé que le schéma d’action envisagé par le président de la République «n’est pas préétabli» et que sa configuration devrait être parfaite au fur et à mesure et durant les jours et les semaines qui viennent.
Ce renseignement peut être doublement compris comme un signe d’ouverture ou comme celui d’une précipitation de la part du pouvoir après avoir raté l’anticipation de l’ébullition populaire contestataire depuis fin février dernier. Mais il semble moins important face à la comparaison que M. Lamamra a faite entre la future Conférence nationale promise par le chef de l’Etat et la Charte nationale organisée par le président Boumediene, il a quarante-trois ans.
Le vice-Premier ministre, en faisant allusion à la Charte, semble avoir en tête l’idée d’un débat public ouvert «à tous». Il considère surtout, dans ce qui paraît être un excès d’interprétation, que cette conférence serait en partie une réponse aux courants politiques réclamant une Constituante. Entre les deux, a affirmé M. Lamamra, «j’y vois une analogie, à la différence qu’à la Constituante, ce sont des délégués élus, qui y siègent pour une période donnée, tandis qu’à la conférence ce seront des délégués non élus» qui auront accepté de souscrire à la feuille de route du chef de l’Etat, «un plan de travail», a tenu à préciser M. Lamamra.
Dans son commentaire sur l’illégitimité des initiatives prises par
Abdelaziz Bouteflika, à savoir annuler l’élection présidentielle et accompagner la préparation de la transition, jusqu’à la programmation d’un nouveau scrutin, le vice-Premier ministre estime que «l’esprit des textes» n’est pas altéré et que le contexte politique que connaît le pays permet au Président de prendre des mesures qui consistent, à la fois, à ne pas perturber le «fonctionnement normal» de l’Etat et du gouvernement et à répondre favorablement aux «aspirations au changement», exprimées par la contestation populaire.
L’important, a souligné M. Lamamra, est que le processus ne s’étende en longueur et qu’il demeure «purement algérien». A propos de la Conférence nationale, il dira qu’il «ne faut pas qu’elle s’éternise» et qu’il faut faire vite. A l’heure où la mobilisation s’annonce importante pour demain vendredi et où l’intérêt international pour l’Algérie se manifeste de plus en plus, cela s’appelle une communication de crise !<