Intervenant au moment où des interrogations se posent sur la suite que devrait prendre le mouvement populaire en cours depuis fin février, l’ancien président du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) Saïd Sadi a estimé, hier, que les transitions «sont plus faciles à engager qu’à conduire à leur terme».
Invité du Forum du quotidien Liberté, il dira que «chacun a pu noter que les transitions sont plus faciles à engager qu’à conduire à leur terme, et il est important que le peuple algérien sache que dans cette phase historique, il sera seul face à son destin».
Saïd Sadi, qui recommande un «devoir de vigilance et d’écoute», pointe du doigt des «manœuvres souterraines» qui risqueraient de détourner le mouvement de ses objectifs. «Il ne faut pas sous-évaluer les manœuvres souterraines d’acteurs ou d’organes parallèles ayant tissé leurs réseaux, construit leur force et amassé leurs fortunes dans les entrailles du système ou à sa périphérie et qui n’ont, aujourd’hui, d’autres recours que de se fondre dans la dynamique citoyenne pour tenter d’en infléchir le cours et, pourquoi pas, en faire avorter les objectifs», a averti l’ex-leader du RCD. Sur la suite que doit prendre le mouvement, il a plaidé pour la poursuite des actions de protestation. «Sur un plan pratique, et c’est peut-être là que notre appoint peut être décisif, les actions de protestation de masse doivent se poursuivre», a-t-il soutenu.
Il a expliqué que cette poursuite va se faire «par des marches mais aussi par des grèves dont il faut savoir étudier les modalités les plus appropriées». Saïd Sadi n’a pas manqué l’occasion d’aborder le dernier message du chef de l’Etat, qui a annoncé le report de l’élection présidentielle et le renoncement à sa candidature pour un 5e mandat. Selon lui, le président Bouteflika, «pour des raisons subjectives et objectives, ne partira pas sans un rapport de force qui le contraindrait à l’abdication», estimant qu’il «vient lui-même de faire, une fois de plus, la démonstration de son addiction au pouvoir». «C’est pour cela que la pression doit, non seulement être maintenue, mais renforcée jusqu’à son départ», a-t-il ajouté, estimant que le pays vit «un élan salvateur appelant à la refondation nationale vers laquelle il faut se tourner avec disponibilité, modestie et loyauté, car nous sommes face à une opportunité historique qui relève du miracle». Le conférencier a souligné, dans ce sens, que «des choses merveilleuses peuvent s’accomplir en un rien de temps, mais, du jour au lendemain, tout peut s’évanouir si des réponses adaptées ne sont pas apportées aux circonstances offertes par le destin». Il a posé, également l’équation, en termes de générations. Pour lui «l’ancienne génération doit s’effacer», estimant que même la sienne «doit savoir se rendre utile sans avoir de prétentions à l’exercice du pouvoir». «Notre rôle est d’aider, quand cela est possible et nécessaire, à passer le gué mais non à postuler à des responsabilités organiques ou exécutives», a-t-il dit.
S’agissant du rôle de l’armée dans la conjoncture actuelle, M. Sadi a estimé qu’une «nouvelle société est en marche et accouchera d’une nouvelle Algérie. Cette marche consacre la fin de l’armée politique et de son emprise sur la nation. Celui qui n’a pas compris cet appel est condamné à rester sur le bas-côté de l’Histoire».
Pour Saïd Sadi, «l’armée algérienne, comme tout ce qu’interpelle ce mouvement, est, elle aussi, appelée à se réinventer. Elle doit être le reflet d’un peuple jeune, moderne et, maintenant, sûr de ses droits».n