La contestation citoyenne pacifique se poursuit. Les propositions du chef de l’Etat, contenues dans sa lettre du lundi 11 mars, continuent d’être un sujet de discorde entre partisans et opposants. Face à cette situation, toutes les propositions pouvant aboutir au dénouement de la crise dans laquelle se débat le pays sont à étudier.

PAR INES DALI
Dans ce sens, des universitaires et politologues, sollicités par Reporters, ont émis des scénarios de sortie de crise qu’ils décrivent comme susceptibles d’apaiser l’opinion publique. Le professeur universitaire Saïd Kacimi estime, qu’à l’aune des derniers développements qu’a connus le pays et afin d’éviter que les choses n’empirent, «la meilleure solution est d’abord d’éviter de nommer dans le gouvernement des personnes dont le nom est associé au pouvoir actuel». Car, dans ce cas, «il faudra s’attendre au rejet de la société des personnes qui sont devenues aujourd’hui persona non grata», précise-t-il, en s’appuyant sur la réaction de la rue après les dernières nominations. Ce qui pourrait calmer les esprits, selon lui, «c’est la mise en place d’un gouvernement technocrate avant le 28 avril, date d’expiration du mandat présidentiel, car l’opinion publique a besoin de personnalités crédibles pour être rassurée». Par la suite, selon la proposition émise par M. Kacimi, c’est ce gouvernement technocrate qui «veillera à l’organisation de la conférence nationale inclusive et à la préparation de la prochaine élection présidentielle». Pour sa part, Louisa Aït Hamadouche, maître de conférences à la Faculté des sciences politiques et des relations internationales à l’université Alger 3, tient d’abord à noter que c’est demain, vendredi, qu’on saura vraiment ce que dit la rue. Pour l’heure, poursuit-elle, «le Président a fait une offre politique. Un enjeu pour lequel il va mobiliser tous ses relais (partis, organisations, associations, etc.) pour convaincre que sa proposition est la bonne. Maintenant, on attend que la partie adverse propose un contre-projet, une alternative de sortie de crise à la rue». Elle explique un peu plus son idée, affirmant que «nous devons rentrer dans une phase où il doit y avoir deux projets parallèles et complémentaires». Bref, pour elle, «le Président a fait des propositions et c’est l’heure des propositions alternatives. Nous ne pouvons pas démarrer à zéro. Il faut démarrer avec ce qu’il y a». Elle souligne, également, qu’il faut que les partis de l’opposition se mettent en synergie avec les manifestations, car la place d’un parti politique n’est pas d’être derrière le peuple, mais à l’avant-garde». Pour le politologue et enseignant universitaire Belkacem Kacem, la mise en place d’une «Constituante» serait une démarche plus appropriée qu’une conférence nationale inclusive. Il explique que «vu le problème de confiance qui se pose, le peuple peut supposer que des parasites ou des personnes d’allégeance soient nommés comme membres de la conférence nationale. En revanche, une Constituante serait considérée comme plus clean car elle compterait parmi ses membres des gens qui seront choisis par le peuple». Mais comment cela pourrait-il être concrétisé sur le terrain ? Par exemple, répond M. Kacem, «chaque wilaya choisit des personnes qui la représenteront. Des personnes dont les gens, à l’échelle locale, connaissent l’intégrité, la compétence, etc. Les personnalités choisies devront également être issues de la révolte populaire, être crédibles et non classées dans le registre des opportunistes». M. Kacem est convaincu que c’est de cette façon, c’est-à-dire quand les citoyens auront choisi eux-mêmes des gens qui les représenteront, que «le pays ira vers une transition en douceur qui débouchera sur une passation de pouvoir sans heurts et sans cassures». Mais c’est un son de cloche différent qu’on entend du côté de Mohamed Laïchoubi, diplomate et ancien ministre. Il estime que le mouvement de contestation qui vient de se créer s’est posé en acteur politique «majeur et incontournable» et que «les promesses formulées par le Président sont une garantie qu’il n’y aura pas de nouveau mandat et que la conférence nationale permettra l’organisation d’élections sincères». Le diplomate a tenu à noter que «si du côté de la contestation on estime que le système n’a que trop duré et que l’on revendique donc une gouvernance plus transparente, en face il y a un Président qui vient avec une préoccupation majeure, celle d’éviter au pays un vide total au plan institutionnel».<