Les avocats rejettent l’offre du président de la République, Abdelaziz Bouteflika, formulée dans son message adressé au peuple algérien. S’appuyant sur des arguments juridiques, l’Union nationale des ordres des avocats (Unoa) dénonce le caractère «inconstitutionnel» de la décision d’annuler l’élection présidentielle. L’Unoa plaide, en contrepartie, pour la constitution d’un gouvernement de transition «avec des prérogatives exécutives» dont la principale mission est de «veiller à la préparation de l’élection présidentielle», fait-elle savoir dans un communiqué rendu public hier. Autant l’abandon du projet d’un cinquième mandat pouvait provoquer une grande satisfaction des robes noires, autant l’ajournement du scrutin du 18 avril a fait monter d’un cran l’ire chez ces derniers qui ont multiplié, depuis plusieurs jours, les sorties dans la rue pour revendiquer le changement. Cette décision est «inacceptable vu qu’elle ne répond pas aux revendications portées par le peuple sur trois semaines consécutives, réclamant solennellement le changement du système et non sa prolongation», estime l’Union, ajoutant que cette offre «transgresse et viole» la loi suprême du pays. «Il n’est pas légitime de transgresser la Constitution», rappelle-t-elle.
L’Unoa a invité les autorités du pays à ouvrir «en toute urgence un dialogue avec le mouvement populaire et l’opposition, afin de trouver des issues constitutionnelles et politiques pour composer un gouvernement neutre et consensuel, chargé de gérer la période de transition». Un gouvernement de transition «doit être souverain, avec des prérogatives exécutives», dont les missions sont, entre autres, de «veiller à la préparation de l’élection présidentielle », explique l’organisation, qui se dit favorable à une «période de transition de courte durée». Celle-ci est «nécessaire» pour l’organisation des échéances électorales transparentes et démocratiques, «qui se dérouleront dans un climat serein», considèrent-on dans la corporation des avocats.
Pour rappel, dès les premiers jours du mouvement de contestation qui traverse le pays, les avocats se sont manifestés par plusieurs actions inscrites dans le projet populaire d’un changement.
Ainsi, nombreux parmi eux ont décidé de geler leurs activités dans plusieurs wilayas du pays. Jeudi dernier, les avocats du Barreau d’Alger ont organisé un rassemblement devant le siège du Conseil constitutionnel, à Alger, pour réclamer des changements politiques profonds et un «Etat de droit».