Le Premier ministre, Noureddine Bedoui, a affirmé, jeudi à Alger, que la solution à la crise politique que vit le pays, marqué par une succession de manifestations contre le système en place, passe par la «conférence nationale inclusive» inscrite dans l’offre politique du chef de l’Etat aussi bien dans sa lettre de candidature à la magistrature que dans la décision portant report du scrutin et son renoncement à un 5e mandat.

Mais avant d’arriver à cette étape, M. Bedoui a défini sa première priorité : la constitution d’une nouvelle équipe gouvernementale. Ce nouvel Exécutif, attendu dans les tout prochains jours, aura pour tâche principale de tracer les mécanismes nécessaires et le format approprié pour la tenue de la «conférence nationale inclusive» autour de laquelle est articulée toute l’offre politique de sortie de crise proposée par les pouvoirs publics. Animant une conférence de presse conjointement avec son vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, M. Bedoui, s’il n’a pas été très explicite sur l’organisation technique de cette conférence, ni sur les objectifs politiques à atteindre en relation directe avec les préoccupations exprimées dans la rue, il a plaidé certaines valeurs qui devraient être, selon lui, le socle de ce rendez-vous. Ces valeurs, maintes fois réitérées par le Premier ministre sont : le dialogue, l’ouverture, l’écoute, la confiance… Sollicitant ainsi l’adhésion des populations et celle des courants de l’opposition politique, à laquelle il a tendu la main pour la concertation, M. Bedoui a indiqué, par la même occasion, que le gouvernement qu’il dirige «va nouer le dialogue avec toutes les composantes de la société sans la moindre exclusion afin de pouvoir concrétiser toutes les aspirations exprimées par le peuple algérien». «Nous lançons un appel à tous les partenaires politiques, notamment ceux qui sont dans l’opposition, au dialogue et à nous écouter les uns les autres afin de pouvoir dépasser la conjoncture difficile que traverse notre pays», a-t-il déclaré. Pour le successeur d’Ahmed Ouyahia à la tête de l’Exécutif, «le principe du dialogue et de la concertation entre les différentes parties est à même de nous permettre de dépasser cette conjoncture difficile».

«Un moment historique et sensible»
Le Premier ministre, qui a qualifié la conjoncture que vit le pays de «moment historique», n’a pas caché sa «confiance» quant à l’adhésion des courants politiques à l’offre du pouvoir, bien que cette offre peine à gagner les faveurs de l’opinion, notamment sur les réseaux sociaux, le véritable moteur de la mobilisation populaire. Pour M. Bedoui, la dynamique enclenchée le 22 février a «impressionné le monde de par son caractère pacifique, qui illustre le civisme et la maturité du peuple algérien» et à laquelle le président de la République a répondu «immédiatement» en appelant à la «nécessité de travailler ensemble, de manière sérieuse et honnête, et unir les efforts des enfants du pays pour répondre aux préoccupations du peuple». Mettant en garde contre les rumeurs distillées en pareille conjoncture de tension, M. Bedoui a invité les Algériens, notamment les jeunes, à «faire preuve de sagesse et de lucidité afin de préserver la confiance entre les Algériens» et faire face à «ceux qui veulent semer le doute dans le pays».

Le président «a répondu à la demande de la rue»
Interrogé sur l’assise juridique qui fait défaut à la décision du chef de l’Etat portant report de l’élection présidentielle initialement prévue pour le 18 avril prochain, le Premier ministre n’a pas trouvé meilleur argument que la… rue. Il a estimé, dans ce sens, que le président Bouteflika «a vite répondu à la demande et aux aspirations des manifestants» en reportant le vote et en renonçant à sa candidature, ajoutant qu’il «n’y a pas plus noble que le peuple». Sur la rue, incontestablement le véritable acteur politique du pays durant ces dernières semaines, le conférencier n’a pas tari d’éloges sur le comportement des marcheurs et sur le caractère pacifique des manifestations, soutenant que «la volonté populaire est au-dessus de toute autre considération». M. Bedoui n’a d’ailleurs pas hésité à dire qu’il «sera tenu compte, dans le choix de la composante du staff gouvernemental, des messages adressés par le peuple lors des manifestations». «Nous avons bien entendu les messages forts lancés par notre jeunesse et c’est la force du message du mouvement populaire qui guidera le travail du futur gouvernement», a-t-il indiqué. Et d’ajouter que «le sens de la responsabilité qui a prévalu dans les manifestations nous met très à l’aise pour le dialogue». Pour ce qui est des acteurs devant représenter les manifestants à l’occasion de la prochaine conférence nationale inclusive, M. Bedoui a indiqué que cette désignation (ou délégation) ne peut pas être une prérogative du gouvernement. Il a ajouté que le gouvernement, une fois nommé, commencera sans délai la préparation de la conférence nationale inclusive, précisant que ses modalités seront définies en tenant compte des avis et des propositions de tous afin d’établir les «priorités ». Réaffirmant que l’Algérie demeure «au-dessus de tous», M. Bedoui a indiqué que «les défis à relever dans l’immédiat sont plus grands et plus importants, contrairement à ce que prétendent certaines parties qui font croire qu’elles peuvent à elles seules relever ces défis».