Le gouvernement a laissé transparaître, à travers l’oral d’avant-hier du duo Bedoui-Lamamra, respectivement Premier ministre et vice-Premier ministre, des signes de difficulté à convaincre de la recevabilité et l’adéquation de son offre de sortie de crise imposée par la pression de la rue. Cette offre de solution a été bâtie sur l’annonce du report de l’élection présidentielle, assortie notamment du renoncement du chef de l’Etat sortant à sa candidature pour un 5e mandat et l’organisation d’une conférence nationale inclusive. Il se trouve manifestement que le personnel politique, appelé à chapeauter cette conférence et, par ricochet, la période de transition, ne bénéficie pas de la confiance des populations. Cette donne met ainsi le pouvoir dans une bien mauvaise posture jusqu’à donner l’air d’être pris de court par une contestation qui ne fléchit pas, comme ce fut le cas hier, où les manifestations ont drainé des foules impressionnantes. Des observateurs de la scène politique regrettent, à cet égard, que le gouvernement offre des propositions qui ne correspondent pas aux aspirations exprimées par les citoyens. Ce qui attise la grogne alors que l’urgence était d’œuvrer à l’apaisement. Cette situation peut être expliquée, notent les mêmes observateurs, par la rupture de confiance entre les deux parties. Car, il a été loisible de constater la suspicion qu’éprouvent l’ensemble des manifestants aux solutions proposée par les autorités publiques.
M. Bedoui a, en effet, fait savoir, avant-hier, qu’un gouvernement de «technocrates» sera formé la semaine prochaine, au sein duquel les jeunes et les femmes seront représentés. Le nouveau chef du gouvernement a, également, appelé au dialogue avec tous les partis de l’opposition, sans exception, durant la période transitoire que traverse le pays. Visiblement le traitement fait à cette mobilisation renseigne sur un gouvernement pris de court, peinant à formuler des propositions en adéquation avec les aspirations et attentes des manifestants, même en faisant des concessions face à la pression de la rue. Mal avisé, le gouvernement entend réaliser les promesses du Président dans le court terme au moment où les manifestants réclament un changement radical dans l’immédiat. Résultat. Le gouvernement s’est retrouvé engagé dans une course contre la montre face à une population qui n’en démord pas et dont la mobilisation ne fléchit point, comme l’atteste l’expression de la rue enregistrée hier dans la capitale et aux quatre coins du pays avec le maintien du niveau de mobilisation des trois précédents vendredis. La difficulté que rencontrent les pouvoirs publics dans la promotion de leur offre de sortie de crise est, par ailleurs, accentuée par le rejet qu’elle trouve auprès des courants politiques de l’opposition. Ces partis ont ainsi appelé à la tenue d’une rencontre nationale ouverte à l’ensemble des représentants du front opposé à la voie de sortie de crise que propose le pouvoir en place.
Pour ces derniers, l’offre du pouvoir constitue «un danger à la stabilité du pays et à l’unité nationale », plaidant, dès lors, pour l’ouverture d’un « dialogue sérieux pour l’élaboration d’une feuille de route d’une véritable transition démocratique». Autre élément qui rend plus complexe l’équation, la radicalité pacifique qu’exprime la rue aussi bien à l’égard du pouvoir que de l’opposition.
La population refuse, en effet, que son destin soit décidé par le régime en place ni par une opposition qui aura fait preuve de multiples contradictions, notamment depuis que la rue s’est imposée comme acteur politique majeur de la scène nationale. Cette rue semble visiblement imposer aux autorités un rythme et un pressing auxquels elles n’étaient pas préparées. M. K.