L’Opep a réduit sa prévision de la demande pour ses bruts cette année en raison de la forte hausse de la production de la concurrence, ce qui justifierait a priori d’étendre au-delà de juin, l’accord d’encadrement de la production en vigueur depuis le début de l’année.

Dans son rapport mensuel publié jeudi, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) estime que la demande de ses bruts sera de 30,46 millions de barils par jour (bpj) en moyenne, 130 000 barils de moins que sa projection de février et moins que sa production actuelle.
L’Opep, qui regroupe l’organisation et ses alliés, en particulier la Russie, s’emploie à réduire sa production
de 1,2 million de bpj depuis le
1er janvier et pour une période de six mois. «Même si la demande pétrolière doit augmenter à un rythme modéré en 2019, elle reste bien en deçà de la forte croissance attendue dans la prévision de l’offre hors-Opep de cette année», écrit l’Opep. «Cela souligne la responsabilité partagée par tous les pays producteurs participant (à l’accord de réduction de la production) d’éviter une rechute du déséquilibre et de continuer à préserver la stabilité du marché pétrolier en 2019». Selon des sources de l’Opep, la prolongation du pacte est l’hypothèse la plus vraisemblable et la question sera évoquée en avril mais l’Arabie saoudite a dit qu’une décision définitive n’interviendrait sans doute pas avant une nouvelle réunion en juin.
La production globale de l’Opep a diminué de 221 000 bpj en février par rapport à janvier, à 30,55 millions de bpj, conséquence de la chute de la production du Venezuela, exempté de l’encadrement mais objet de sanctions américaines, et d’une nouvelle réduction volontaire de la part de l’Arabie saoudite. Les 11 pays de l’Opep qui sont parties prenantes à l’accord d’encadrement l’ont respecté à hauteur de 105% en février, selon des calculs de Reuters, ce qui est plus qu’en janvier. Compte tenu de la prévision de la demande annuelle, le rapport laisse penser que le marché se retrouvera avec un léger excédent de l’offre cette année si l’organisation pétrolière continue ses extractions au rythme de février, face à une concurrence, en particulier américaine, qui ne cesse d’augmenter sa production. L’Opep prévoit ainsi que les producteurs non membres augmenteront leur production de 2,24 millions de bpj cette année, soit 60 000 de plus qu’anticipé précédemment.
L’AIE s’inquiète de la baisse de production au Venezuela
Pour sa part, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a estimé hier que la baisse de la production pétrolière au Venezuela, causée par la panne géante d’électricité, pourrait représenter un problème pour l’approvisionnement du marché et nécessiter d’utiliser des capacités supplémentaires de l’Arabie saoudite.
«La semaine dernière, les opérations du secteur (pétrolier vénézuélien) ont été sérieusement perturbées et les pertes actuelles à grande échelle pourraient représenter une difficulté pour le marché», note l’AIE dans son rapport mensuel sur le pétrole.
«Bien qu’il y ait des signes montrant que la situation est en train de s’améliorer, la dégradation du système électrique est telle que nous ne pouvons pas être certains que les réparations soient durables», estime l’agence basée à Paris.
La production du Venezuela s’était jusqu’à récemment stabilisée autour de 1,2 million de barils par jour (mbj).
Cela correspond aussi au volume de réduction volontaire de la production fixé par l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et son partenaire russe afin de soutenir les cours, observe-t-elle. Au total, les membres de l’Opep (hors Iran et Venezuela) disposent de 2,8 mbj de capacité de production supplémentaire potentielle, dont les deux tiers en Arabie saoudite, calcule l’AIE.
«En cas de perte majeure de la production en provenance du Venezuela, les moyens potentiels d’éviter une grave perturbation du marché pétrolier sont à portée de main», rassure ainsi l’Agence.
Côté demande de brut, l’estimation de l’AIE est pour sa part restée inchangée, avec une croissance de 1,3 million de barils par jour (mbj) en 2018 puis de 1,4 mbj attendue cette année. Dans un autre rapport publié lundi, l’AIE soulignait que les Etats-Unis allaient continuer à pomper toujours plus d’or noir, jusqu’à devenir exportateurs nets de pétrole dès 2021.
«Cela améliore la sécurité d’approvisionnement surtout quand, comme à l’heure actuelle, les inquiétudes géopolitiques sont plus fortes», se félicite l’AIE vendredi.