Plus que jamais investis dans le mouvement de protestation populaire, les représentants de l’enseignement supérieur ont été unanimes à rejeter les propositions de sortie de crise de l’Etat, les qualifiant d’«anticonstitutionnelles» et contraires à «la volonté du peuple».

Par Wafia Sifouane
Après les étudiants, qui ont été les premiers à investir la rue pour dire non au 5e mandat et qui ont redoublé de mobilisation après que Tahar Hadjar, ministre de l’Enseignement supérieur, ait décidé de les envoyer en vacances anticipées, ce sont les enseignants qui se sont joints en force au mouvement de protestation pacifique. En effet, le Conseil national des enseignants du supérieur (Cnes), qui a demandé aux représentants du cycle universitaire de participer en force aux marches populaires, s’est réuni jeudi dernier en session extraordinaire à Alger pour décider d’une série de mesures pour garantir le respect de la volonté du peuple et participer activement à la mise en place d’un gouvernement de transition. Rejetant en bloc les propositions du gouvernement, ainsi que le report de l’élection présidentielle, le Cnes a demandé à ce dernier de se référer à «la seule volonté du peuple qui est maître de son destin», rapporte le communiqué du Cnes. «Le peuple est l’unique décideur en ce qui concerne la redistribution et réorganisation du pouvoir, le peuple a le droit de s’exprimer via un référendum populaire comme le stipule l’article 8 de la Constitution. C’est au peuple de décider de la composition du gouvernement de transition et des réformes à entreprendre pour construire une Algérie meilleure», peut-on lire sur le même communiqué. Dans ce sens, le syndicat a annoncé qu’il rejettera toute décision politique contraire aux valeurs du mouvement du 22 février et qui ira en contre sens de la volonté des citoyens algériens. Tout en réitérant son appel au profit des enseignants universitaires, pour une participation massive au mouvement populaire, le Cnes a incité les différents corps de métiers, avec lesquels il partage le même point de vue, pour la création d’un front national. «Il est aujourd’hui impératif de réunir toutes les forces de cette société, étudiants, avocats, médecins, enseignants et membres de la société civile, qui doivent aller vers la création d’un front national pour empêcher la confiscation de ce mouvement », a indiqué Abdelhafid Milat, coordinateur national du Cnes. Il a tenu à souligner l’engagement du Cnes envers la société, en indiquant qu’il est prêt « à adopter toute proposition constitutionnelle émise par le peuple ».
Les enseignants-chercheurs aussi…
De son côté, le Syndicat national des enseignants-chercheurs universitaires (Snechu), qui a déjà fait part de son « soutien indéfectible » au mouvement populaire, s’est dit fortement opposé aux décisions du gouvernement qu’il a qualifiées de «scandaleuses » et de «duperie». «Le Snechu s’oppose à la décision de prolongation d’un quatrième mandat et de l’organisation d’une conférence pour un consensus national sous son haut patronage, déjà bien évoqué par la presse nationale et proposé bien avant la mise en place des élections par des partis de l’Alliance présidentielle. Nous dénonçons cette décision scandaleuse, cette duperie du pouvoir, dont le but est de vouloir perdurer, en confisquant encore une fois la liberté du pays et l’instauration des bases d’une nouvelle Algérie », indique le communiqué du syndicat. Ce dernier, qui s’est réuni jeudi, n’a pas manqué de faire part de quelques propositions pour une éventuelle sortie de crise qui vont dans le sens de la volonté du peuple. Dans son communiqué, dévoilé hier, le Snechu a indiqué que le changement réel du système doit passer par deux phases-clés, qui sont le respect de la Constitution par le Président sortant et la mise en place d’un gouvernement provisoire et d’une assemblée constituante émanant de personnalités répondant aux aspirations du peuple par leur crédibilité, notoriété et leurs valeurs éthiques», rapporte le document. Le syndicat a conclu son communiqué en appelant l’ensemble des enseignants-chercheurs et hospitalo-universitaires à tenir un sit-in de protestation au courant de la semaine, en indiquant que la date et le lieu seront communiqués prochainement. Il a aussi appelé ses adhérents à rester vigilants et à préserver le caractère pacifique du mouvement du 22 février.
De plus en plus présents sur l’espace public, les étudiants, aujourd’hui, qui ont dit non aux vacances anticipées de Hadjar, sont épaulés par leurs enseignants, créant ainsi un véritable front de résistance pacifique aux côtés du peuple. Alors que tous les regards sont actuellement tournés vers l’Algérie, c’est son université, longuement malmenée, qui est en train de proposer des solutions pour garantir au mieux une sortie de crise sans fracas.n