Omar Meziani, artiste et professeur à l’Ecole des beaux-arts d’Alger, commissaire
de l’exposition intitulée «Emergence», qui réunit le travail de douze étudiants des beaux-arts jusqu’au 30 mars prochain, au Palais des Rais-Bastion 23, est revenu, dans cet entretien, sur l’organisation de l’exposition au concept peu commun : présenter le travail d’étudiants en art ; des peintres, des plasticiens, des sculpteurs, des calligraphes et des designers à la place d’artistes « confirmés ». Le commissaire précise que le paysage artistique actuel faisait « erreur » en qualifiant d’artistes
des personnes, certes prometteuses, mais encore en phase d’évolution.

Reporters : L’exposition « Emergence » a été ouverte au public le 2 mars dernier. Comment est née cette idée de mettre en avant le travail d’étudiants en arts plutôt que des artistes « confirmés » ?
Omar Meziani : Cette exposition est à mon sens une suite logique du travail que j’avais fait en tant que commissaire d’exposition et scénographe, où avec d’autres artistes, nous avions notamment mis en place le festival de photographie ainsi que celui de l’art contemporain, le FIAC. Et aujourd’hui, alors que l’organisation des festivals est de plus en plus difficile – par manque de moyens financiers principalement – j’ai insisté pour que l’on s’intéresse à l’Ecole supérieurs des Beaux-Arts. En tant que professeur, j’avais eu d’excellentes promotions d’artistes prometteurs. Il fallait réunir ces étudiants, la majorité sont en fin de cursus et ont aussi exposé leur travail notamment à la galerie Espaco, lors d’un événement autour de la thématique de la porte qu’avait organisée Zoubih Hallal.

Comment s’est organisée la collaboration avec le Bastion 23 et les étudiants ?
C’est grâce à l’exposante Celia Messaoud-Nacer, qui avait notamment fait un très bon travail au niveau de l’Espaco, où elle avait présenté des œuvres vraiment intéressantes. C’est à elle que j’ai demandé de réunir des étudiants en art qui ont des choses à dire. En fait, je suis volontairement resté en retrait, je ne me suis, par exemple, que très peu impliqué dans la conception du catalogue d’exposition. Je n’ai d’ailleurs pas voulu porter de regard critique sur des œuvres en train de naître.
En fait, nous avons laissé plus de liberté aux exposants. L’organisation a nécessité plus de six mois de travail, bien que nous avons été contraints de reporter le lancement à cause du programme du Bastion 23, ainsi que pour la préparation du catalogue. J’estime qu’un artiste, ou même un étudiant en art, a le droit de conserver des traces écrites des expositions auxquelles il prend part. Et pour la réalisation de ce catalogue nous avons eu le soutien du Bastion 23, en plus de nous avoir accordé l’espace d’exposition et d’assurer le transport des œuvres.

Cette exposition apparaît aussi comme un regard sur les potentialités des étudiants de l’Ecole des Beaux-Arts d’Alger. Quel est l’état des lieux de la formation au sein de cet établissement ?
Il y a énormément de potentialités à l’Ecole des Beaux-Arts d’Alger. Malheureusement, c’est aussi un établissement qui traverse une période de « passage à vide ». Un grand nombre d’enseignants, qui s’impliquaient réellement dans la formation des jeunes, ont quitté l’Ecole ou ont pris leur retraite durant la décennie 1990. Certains d’entre eux étaitent de grands noms du paysage culturel algérien, Denis Martinez, Choukri Mesli ou encore Zoubir Hallal. Ce sont tous des enseignants très libres dans leurs démarches, très impliqués dans leur travail, et qui ont largement contribué à l’évolution des arts plastiques.

Le concept de cette exposition n’est pas commun, puisqu’on y découvre le travail d’étudiants artistes ?

Je ne sais pas s’il faut, ou même si l’on peut appliquer le qualificatif d’artistes à tous les jeunes. Pour notre part, quand nous étions à l’Ecole des Beaux-Arts, nous nous considérerions comme des étudiants et non comme des artistes. C’est une nouvelle mode de designer tous ceux qui exposent comme artistes. C’est aussi la faute des critiques, des médias. C’est même à mon sens une erreur qui n’aide pas ces personnes qui pourraient être les artistes de demain. Cela crée de la confusion et donne une illusion de notoriété qui peut nuire sur le travail lui-même. Notamment, sur l’effort d’évolution de celui qui pratique l’art.

Comment devient-on artiste dans un contexte où les critiques sont rares et où les revues spécialisées sont quasi inexistantes ?

J’estime que c’est une question de personnalité, voir s’il arrive à donner une critique objective ou subjective de la société à travers son style d’expression, que ce soit l’écriture, les arts plastiques, la photo… Mais aussi, si la société arrive à s’y refléter. Quand une œuvre est honnête, qu’elle vienne des profondeurs de l’âme, celui à qui elle est destinée se sentira impliqué. Quant à la question des critiques, oui, cela est un problème, d’autant plus que ceux qui existent ne sont pas forcément objectifs.