La conférence de presse, animée conjointement par le Premier-ministre Noureddine Bedoui et le vice-Premier ministre, Ramtane Lamamra, jeudi dernier, n’a pas eu l’effet escompté auprès des partis d’opposition dans le pays.

La rue est restée sourde à leurs appels d’apaisement et les manifestations d’hier ont drainé davantage de monde que les trois précédents vendredis. Les quelques partis politiques qui se sont prononcés, après la sortie du duo Bedoui-Lamamra, renouvellent leur rejet des solutions proposées et contestent même la nomination de ces deux personnalités. Aussi bien la société civile que la classe politique estiment que ces deux personnages incarnent le système décrié et ne représentent pas l’amorce d’un changement auquel ils appellent.
C’est le cas de Ramdane Taâzibt, député et cadre dirigeant au Parti des travailleurs (PT), qui estime que «démettre Ouyahia de son poste de Premier ministre pour le remplacer par Noureddine Bedoui, qui était ministre de l’Intérieur, traduit un recyclage des mêmes personnes du pouvoir». Mais l’autre point encore plus important, et qui ne fait plus consensus, selon lui, ce sont les annonces de ces derniers jours qui parlent d’une conférence nationale inclusive et indépendante, présentée comme celle qui répondra aux revendications citoyennes et assoira la souveraineté populaire. Cette conférence nationale, poursuit le cadre dirigeant du PT, censée se pencher sur tous les dysfonctionnements du système n’est «plus appropriée» maintenant. «Au PT, nous avons appelé à une conférence nationale à plusieurs reprises, et elle aurait pu se tenir il y a plusieurs mois, mais il semble que le pouvoir n’avait pas saisi l’occasion qui lui était offerte car, aujourd’hui, les revendications du peuple sont montées de plusieurs crans.
Aujourd’hui, le peuple demande bien plus : il veut être un acteur actif et non passif dans la gestion des affaires de la nation. Il veut avoir la possibilité de décider de son avenir. Il veut le départ de tout le système. De ce fait, aujourd’hui, il est trop tard pour la tenue d’une conférence nationale». L’alternative pour préserver la nation, selon Taâzibt, serait alors de permettre, pour la première fois depuis 1962, au peuple algérien de choisir les hommes et la nature du système qui le gouvernera. Ce qui ne peut se traduire, pour le parti de Louisa Hanoune, que par «la mise sur pied d’une Assemblée constituante dont les membres seront élus démocratiquement par les millions d’Algériens qui sont sortis dans la rue». Taâzibt insiste qu’il est trop tard pour organiser une conférence nationale, car «ce qui caractérise la situation actuelle du pays, c’est la précipitation des événements, notamment depuis la déclaration du Président qu’il ne briguerait pas un cinquième mandat et qu’il prolonge de facto le quatrième et le report de la prochaine élection présidentielle à une échéance qui n’a pas été fixée».
Pour sa part, Ali Benflis, qui a refusé de déposer sa candidature pour la présidentielle, n’a pas été tendre envers le Premier ministre et ses déclarations. Il ne le voit pas du tout comme étant à sa place en tant que Premier ministre et l’accuse carrément d’être à l’origine de la fraude lors des dernières élections législatives et locales. «C’est sous Bedoui, dit-il, que la dernière loi électorale a été confectionnée, alors que le pays en a eu plusieurs autres depuis l’indépendance. Une loi faite sur mesure pour permettre la fraude». Benflis va plus loin et accuse même Bedoui d’être à la solde du Président. Il déclare, à cet effet, que celui-ci, lors de ses dernières sorties au niveau de plusieurs wilayas, n’arrêtait pas de dire à la population que «le Président est la solution à vos problèmes. Le cinquième mandat aussi », etc. Ce qui prouve, affirme Benflis, que «le Premier ministre est un homme du système dont le peuple ne veut pas».
D’autres politiciens rejettent également les solutions proposées, à l’instar de Soufiane Djilali qui dit, à propos de Ramtane Lamamra, qu’il «a été un demi-ministre des Affaires étrangères et maintenant un demi-Premier ministre…».
C’est dire que le duo Bedoui-Lamamra ne fait pas le consensus auprès de l’opinion publique et de la classe politique. Pour les observateurs de la scène politique nationale, le pouvoir en place est en train de gérer les événements de façon linéaire, alors que les développements de la rue actuellement ne le sont pas du tout. Une réactivité plus accélérée par rapport aux revendications citoyennes est recommandée.<